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 Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -

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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Mer 22 Fév - 20:00

Ambre était arrivée à Desdéris à la tombée de la nuit. Elle espérait y rester le moins longtemps possible, le climat volcanique de l’île ne lui plaisait pas particulièrement et la rendait irritable. Il ne lui fut pas difficile de trouver un lit pour la nuit. Elle avait de quoi payer, sans être suffisamment parée pour attirer les voleurs (de toutes manières elle doutait qu’il y en ait beaucoup sur l’île). Son choix s’était arrêté sur une petite auberge, en bordure du village le plus proche de l’Ecole, non loin de ce qu’elle cherchait donc.

Elle était encore sur la piste d’une carte plus ou moins douteuse, dont elle avait retracée l’histoire jusqu’à tomber sur les noms de plusieurs mages de Desdéris. Elle espérait la trouver dans la partie réservée aux archives de l’école, malheureusement c’était aussi une des ailes les plus fréquentées, puisque les salles de conférences se trouvaient juste à côté (elle avait avec elle des plans de l’école qu’elle avait étudié minutieusement jusqu’à connaître chaque sortie possible et chaque pièce qui pourrait lui servir à se cacher). Tandis qu’elle réfléchissait à la manière d’entrer dans l’école, assise devant un repas chaud dans la grande salle de l’auberge, une conversation attira son attention.


- La démonstration est prévue pour demain matin, j’espère vous y voir, ce sera une expérience unique !
- Mais je comptais bien être présent, tout le monde ne parle que de ce petit prodige de magie instinctive…
- Oh vous savez, ce n’est pas tant lui qui nous importe, mais plutôt son potentiel ! Vous vous rendez compte ?! Tant de magie à portée de la main humaine !

…Ainsi donc il y aurait une démonstration demain matin ? Mais c’était une très bonne chose ! Cela attirerait la plupart des membres de l’Ecole et lui laisserait le champ libre pour se promener plus tranquillement. Tendant l’oreille pour entendre la suite, elle fut un peu déçue de voir les deux hommes se lever, se serrer la main et quitter la pièce. Malgré son mépris pour une telle école, sa curiosité était piquée à vif et elle aurait bien aimé avoir plus de renseignements. Frustrée, elle s’empressa de finir son assiette et remonta dans la petite chambre qu’on lui avait attribuée.
Elle s’endormit en moins d’une dizaine de minute. Elle ne s’inquiétait pas de son réveil, elle ouvrait presque toujours instinctivement les yeux à l’heure qu’il fallait.
Ce jour-là ne dérogea pas à la règle, elle fut debout et prête à partir dès les premiers rayons de soleil. Vérifiant qu’elle avait tout ce qu’il fallait dans sa sacoche, elle se mit en route. L’édifice était impressionnant, ses multiples tours carrées le faisaient ressembler à un château des anciens temps. Une gargouille surplombait la grande porte, qu’elle put observer de loin. Elle passerait par un autre chemin.

Longeant le mur jusqu’à avoir contourné environ un quart de l’école, elle finit par atteindre une petite porte, comme elle l’espérait. Jusqu’ici, tout se passait comme prévu. Il fut aisé de trafiquer la serrure grâce à un fil de fer rendu incassable par magie. Cela l’inquiéta un peu, elle n’imaginait pas que ce serait aussi facile. Oh et puis après tout, c’était une école, pas un coffre-fort. Elle avait trop l’habitude d’infiltrer des lieux mieux gardés, c’était tout.
Le problème majeur, maintenant qu’elle était à l’intérieur, c’était de retrouver UNE carte parmi tous les parchemins qui se trouvaient aux archives…

Elle se repéra facilement, les plans qu’elle avait étaient justes. Si elle ne se trompait pas, il lui suffisait de traverser ce couloir, et les archives étaient au bout. Elle jeta un coup d’œil discret sur les alentours… Personne…
Elle s’approcha silencieusement du bâtiment et entra, laissant le jardin derrière elle. Tout était vide, c’en était effrayant. Elle traversa le couloir sur la pointe des pieds… Malheureusement il y avait deux portes et non une seule au bout de celui lui. Elle cessa de respirer, essayant d’entendre le moindre son qui pourrait provenir d’une des deux pièces. Rien, le silence absolu. Lentement elle posa sa main sur la poignée…

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Dernière édition par Ambre Bellamy le Dim 14 Juil - 12:32, édité 1 fois
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Zéphyr Pendragon

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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Lun 12 Mar - 20:18

Zéphyr ouvrit lentement les yeux. Il sentait le sol tanguer au-dessous de lui. Au contraire de le bercer, cela le perturbait, l’angoissait. Il avait l’habitude des sols terreux, stables et hasardeux des forêts, et non de ces fins planchers lisses qui se ballotaient doucement au rythme des vagues.

Zéphyr en effet, se trouvait dans la calle d’un bateau, en provenance d’il ne savait quelle destination. Le choc et la peur l’avaient plongé dans le mutisme et l’immobilité, recroquevillé en boule, le visage au creux des genoux. Il se décida à relever sa tête engourdie pour observer les alentours. Les larmes lui montèrent aux yeux lorsqu’il découvrit qu’il se trouvait dans une cage, une cage carrée aux larges barreaux de fer. Il pouvait tout juste se tenir debout.
Mais où était Salomon ? Il fut secoué de quelques légers sanglots en repensant au vieux magicien. Qui étaient ces hommes qui s’étaient attaqué à eux ? Pourquoi l’avaient-il enfermé? La confusion l’envahissait tellement qu’il en avait des vertiges. La scène lui revint alors en mémoire, sous forme de flashs qui crispaient soudainement tous ses muscles.



Salomon et lui venaient seulement d’atteindre le port. Le vieux sage paraissait très préoccupé, nerveux, ailleurs. Le petit fé ne cessait de lui poser des questions, auxquelles son maître ne répondait pas, ou vaguement. Son front déjà sculpté par les années était encore plus creusé de rides, tout son visage exprimait une réflexion profonde doublé de crainte.
- Je ne sais pas comment faire, finit-il par lâcher alors qu’ils déambulaient dans les rues de la ville portuaire. Je ne connais personne pour nous aider. Le mieux serait de faire demi-tour.
- De quoi tu parles ? s’enquit Zéphyr, encouragé par les paroles de son maître.
- Je ne sais comment te rendre ton nom. Aucune magie n’est en de telles dispositions ici. Il nous faut l’aide de la forêt.
- Mais alors, tu as changé d’avis ? Tu n’as plus besoin de moi ?
- Je pense que j’ai acquis un grain de moral avec l’âge, et ça m’empêche d’aller plus loin. J’ignore ce qu’on va faire de toi, et cela m’inquiète. Cela m’inquiète trop. Veux-tu boire un verre, Zéphyr ?

Ils pénétrèrent dans la première auberge venue et s’installèrent à une table. Zéphyr était fatigué de cette marche continuelle et il ne cessait de bailler, la tête nonchalamment posée sur son coude. Salomon demanda une chambre pour la nuit. Ils prirent un maigre repas au cours duquel Salomon expliqua à son protégé la suite des évènements. A cet instant, Zéphyr ne se doutait pas qu’il s’agissait alors de son dernier repas en compagnie du vieux magicien.
- Demain matin, à l’aube, je dépenserai ce qui nous reste d’argent pour nous faire partir en bateau jusqu’au Pays d’Or . Arrivés là-bas, on sera déjà plus en sécurité. Par la suite, on voyagera comme on peut jusqu’aux abords de la forêt, où les créatures de la magie intuitive pourront, je l’espère, nous venir en aide. Puis tu seras libre.
- Et toi ?
- Moi, Zéphyr, je te rendrai ta liberté.
- Oui mais après ?
- Après… Qui sait où le vent me mènera. Vers la tranquillité, j’ose l’espérer. Si tu le permets, je te rendrai parfois de petites visites. Si j’arrive à te trouver bien sûr !
- Oui Salomon, j’expliquerai juste aux loups que tu as changé.

Zéphyr eut une série de bâillements et ses paupières papillonnèrent. Il luttait pour garder les yeux ouverts, mais la fatigue le submergeait. Les fés n’étaient pas habituer à résister au sommeil, ils n’en avaient aucune raison dans leur milieu naturel. Salomon vint se placer à côté de lui et mit la tête du fé sur son épaule en lui caressant les cheveux.
- Pourvu que ça marche, dit-il, les yeux humides. Par toute la magie de l’univers, faites que ça marche.
Et alors que le vieux magicien fixait le visage endormi de Zéphyr Pendragon, il ne vit pas une silhouette encapuchonnée traverser silencieusement la pièce pour quitter l’auberge, se hâtant en direction du port à la recherche d’une petite assemblée de chercheurs renommés dirigée par Firmin Lafigue.


~~~~



Salomon souleva le petit fé et monta les escaliers qui menaientt aux chambres. N’ayant pu obtenir une chambre double, il avait demandé un grand lit. Il ôta délicatement les habits de Zéphyr, ne lui laissant que sa chemise, le coucha et le borda. Les gestes lourds, il se déshabilla à son tour et se mit au lit. Il réfléchit un moment à la journée prochaine, priant les étoiles de l’univers de veiller sur eux. Il pressentait un danger. Il sentait quelque chose planer sur eux, comme une menace qui se rapprochait. Assailli par l’épuisement lui aussi, il finit tout de même par souffler la bougie à côté de lui et par sombrer dans le sommeil.

Quatre heures plus tard, un fracas épouvantable les réveilla en sursaut tous les deux. Zéphyr s’agrippa à Salomon en hurlant d’effroi. Des individus massifs munis de torches s’engouffrèrent dans la chambre dont ils venaient de défoncer la porte et s’avancèrent vers le lit à grands pas. Des gardes.
- Que faites-vous ici ? Que voulez-vous ? interrogea Salomon, tachant de dissimuler la panique dans sa voix.
- Monsieur, nous avons reçu l’ordre de prendre à notre charge la créature qui vous accompagne.
- Ordre de qui ? répliqua sèchement Salomon en serrant le bras du fé.
- Ordre de l’Empire.
- L’Empire ? Vous voulez dire Lafigue ?
- Monsieur, je ne suis pas habilité à vous répondre. Je vous conseille de vous montrer coopératif, ainsi l’opération pourra se dérouler sans violence.
- L’opération ?? vous croyez qu’il s’agit d’un transfert d’argent ?
- C’est la créature ? s’enquit le garde en désignant Zéphyr de l’index, ignorant délibérément la remarque du magicien.

Zéphyr s’accrocha un peu plus à son maître, qui le serra contre lui.
- Dites-lui de mettre un pantalon et de nous suivre.
- Il comprend ce que vous dites ! Ce n’est pas un animal ! Et de toutes façons il ne vous suivra pas. Il reste avec moi. Laissez-moi parler à Lafigue.
- J’ai ici les termes du contrat que vous avez signé, répondit le garde en sortant un parchemin. l’accord stipule que vous vous êtes engagés à nous livrer la créature en l’échange de la réouverture d’un institut d’études magiques.
- Les termes du contrat ont changés !
- Tu ne peux pas faire ça Salomon, lança une voix suave de l’extérieur de la chambre.

Une silhouette pénétra dans la pièce et s’approcha de la torche que tenait un autre garde. Salomon serra les dents en reconnaissant le visage arrogant de Firmin Lafigue. Celui-ci le gratifia d’un sourire suffisant puis se tourna vers Zéphyr. Ses yeux brillèrent.
- Fascinant… Réellement fascinant…
Il s’approcha et dit :
- Bien, ne nous embête pas avec tes états d’âmes, Salomon, nous avons un programme chargé. Alors comme ça on veut se faire la belle hm ? Tu pensais vraiment que tu réussirais à me berner ? J’ai des espions partout, une telle imprudence m’étonne de toi. Si tu ne nous donnes pas le fé, nous le prendrons par la force.
- Jamais ! s’écria Salomon.
Il saisit Zéphyr et se mit debout, de l’autre côté du lit.
- Gardes ! lança Lafigue, impitoyable.

Les hommes se ruèrent sur le magicien. Zéphyr, dont le visage était enfoui dans les épaules de ce qui était devenu en quelques mois sa famille, fut arraché aux bras de Salomon. Ce dernier, écrasé par l’impuissance et la douleur, hurlait de rage. Pendant quelques minutes, la chambre fut envahie de cris, de gestes désordonnés, de larmes… Deux gardes maintenaient Salomon par les épaules , un autre en face s’éloignait lentement à reculons en tenant le petit fé dans ses bras, qui se débattait comme un diable en s’époumonant, le visage baigné de larmes. Firmin tentait vainement de couvrir ses cris en ordonnant des « faites-le taire ! » « allez, qu’on en finisse ! ».
Salomon, assommé par sa détresse, ne se débattait plus. Il eut juste le temps d’apercevoir une fenêtre minuscule au coin du mur, sur sa droite. Seul un enfant pourrait s’y glisser. C’était le seul espoir. Il ferma les yeux, se concentra, récita imperceptiblement une formule compliquée… Puis il rouvrit brutalement les yeux et lança une série de mots incompréhensibles en faisant un grand geste, ce qui surprit tout le monde. Une fumée violette parsemé d’étincelles crépitantes envahit la pièce, ce qui sema la confusion dans l’assemblée. La fumée leur piquait les yeux, le nez, la peau, des exclamations de fureur fusaient un peu partout. Le garde lâcha Zéphyr qui rampa jusqu’à Salomon. Ce dernier, sans un mot, le prit dans ses bras et courut jusqu’à la fenêtre. Il l’y percha, lui fit signe de s’enfuir, et juste avant de le quitter, il lui embrassa le front.
La fumée se dissipait et déjà, les gardes et leur patron reprenaient leurs esprits. Ils s’emparèrent de Salomon, qui se laissa faire, sans quitter des yeux son protégé, toujours perché sur le rebord de la fenêtre, à la manière d’un oiseau. Celui-ci, des larmes ruisselant toujours sur ses joues, plongea son regard dans celui de son maître. Ils ne s’étaient jamais autant dit de choses qu’en cet instant où leurs bouches étaient closes. Puis il sauta. Salomon, soulagé et affaibli, ferma les yeux et s’effondra sur le sol.

La peur donne des ailes. Zéphyr filait à la vitesse de la lumières sur les toits de la ville, il sautait, glissait, grimpait, courait, sans s’arrêter, presque sans respirer. Il sauterait dans le premier bateau en vue. Et il reviendra avec ses loups sauver Salomon. Il s’en faisait la promesse.
Pendant qu’il gambadait dans les hauteurs, une troupe de gardes suivait sa trace dans la rue, à cheval. Zéphyr ne connaissait pas la ville, il allait au hasard. Il se retrouvait parfois dans des impasses, ou au bord d’une rue qu’il ne pouvait sauter. Il entendait derrière lui, au-dessous des toits, le bruit des sabots en cavale. C’est alors qu’il aperçut un mat. Il accéléra la cadence et fonça de plus belle, en direction du mat qui ne pouvait qu’appartenir à un bateau, son bateau, le bateau qui lui sauverait la vie. Il sauta sur le dernier toit avant le port.
Il sentit alors un vif picotement dans sa cheville, ce qui lui arracha un petit cri de douleur. Sans cesser de courir, il jeta un œil et découvrit une minuscule fléchette planté dans sa jambe. Son pied se fit bientôt lourd, ankylosé, puis ce fut sa jambe entière, ses deux jambes, il n’arrivait plus à courir, il boitait, ses bras à présent étaient parcourus de fourmis, il se sentait lourd, fébrile, son esprit s’embrumait, il était pris de vertiges, il tombait, il tombait, il tombait…

Et il se réveillait là, dans une cage, sur un bateau inconnu, certainement pas son bateau. Il ne voulait plus bouger, plus voir, plus entendre. Il voulait mourir. Il se rendormit et fut habité de cauchemars, causés aussi bien par le poison qu’il avait reçu quelques heures auparavant que par la scène qu’il avait vécue avant cela.
Lorsqu’il se réveilla, il était toujours dans la cage, mais elle était transportée par deux gardes impériaux. Il était balloté d’un côté et d’un autre car aucun ne se montrait particulièrement délicat, et il était obligé de s’agripper aux barreaux pour ne pas se cogner. On l’amena jusqu’à une salle qui ressemblait à un laboratoire. Là des hommes à l’air sérieux, vêtus de blouses blanches, lui ôtèrent sa chemise et l’examinèrent en silence, sans même lui adresser un regard. Zéphyr, toujours sous le choc et effrayé, tremblotait en sanglotant faiblement. Ils le passèrent sous un puissant jet d’eau (ou autre produit désinfectant) ce qui le glaça et le fit grelotter, puis on le sécha et on lui donna un sous vêtement blanc.
Toujours sans lui donner aucune explication, on l’amena à un appareil qui ressemblait à une chaise en longueur, qui semblait être faite pour qu’on s’allonge dessus. Des fils et des appareils étaient reliées à elle. Sans un mot on installé le fé dessus, en le sanglant aux chevilles, au ventre, aux bras et au front avec d’épaisses lanières de cuir. On plaça ensuite au-dessus de sa tête une sorte de grand casque rond aux multiples boutons, lui aussi relié à la chaise. Un petit tableau de bord se trouvait à la droite de Zéphyr.

Un scientifique actionna une manivelle accrochée au mur et Zéphyr se sentit monter. Le plafond au-dessus de lui s’ouvrit, il fut ébloui l’espace d’un instant, puis se retrouva dans une vaste pièce ronde. C’était un amphithéâtre, et une assemblée de chercheurs et autres hommes de science lui faisaient face. Certains étaient vieux, d’autres avaient l’âge d’être étudiants. Mais cela Zéphyr ne le savait pas. Il ne savait pas où il était, pourquoi il subissait ça, et qui étaient ses gens. Il savait juste qu’il était très malheureux.
Un groupe de scientifiques s’approcha de lui et la machine et Zéphyr reconnut Lafigue parmi eux. La peur laissa place à la rage et il essayé de se débattre. Lafigue le remarqua et, faisant face à la foule, il s’exclama :
- Comme vous le constaterez, messiers, le fé n’est pas à considérer comme un être doté de conscience et de sentiment. Il s’agit, malgré les apparences, d’une créature plus proche de l’état animal que de l’humain. Le spécimen que nous avons ici, après avoir passé des mois au cœur de la civilisation, demeure, somme toute… un sauvage.
Ses yeux se posèrent sur Zéphyr en prononçant ses derniers mots. Ce dernier écumait de rage, de la salive sortait de sa bouche et il respirait fort, les poings serrés.
- Voyez plutôt, repris Lafigue.
Il ordonna qu’on détache le fé et recula de quelques pas, un air narquois étalé sur son visage rouge. Zéphyr s’assit sur la chaise en fixant d’un air mauvais le scientifique sans cœur qui lui faisait face. Il ne bougeait pas.

- Tiens donc, poursuivit à nouveau Lafigue. Ce vieux fou aura donc réussi à te dresser ?
Une telle humiliation doublée de l’insulte à Salomon fit perdre tous ses moyens au petit fé, qui dans un cri de rage se rua sur l’homme. Il n’eut pas le temps de l’atteindre que trois gardes accouraient, l’un protégeant Lafigue et les deux autres attrapant le fé pour l’immobiliser. Ils lui plaquèrent les bras derrière le dos, ce qui lui provoqua une douleur lancinante. Il ne quittait pas le chercheur des yeux, et ce dernier ne fuyait pas son regard. Au contraire, une lueur moqueuse y brillait. Son entreprise avait réussi. Le faire passer pour une bête sauvage, un jeune loup dangereux et dépourvu de sentiment, afin de lui faire subir tout ce qui était possible sans émouvoir l’assistance. Zéphyr, dont l’esprit insouciant était bien loin de toute cette malfaisance, n’avait pas pu prévoir une manigance aussi macabre.

Puisque le petit fé ne se laissait pas faire, Lafigue ordonna qu’on le fouette et qu’on l’attache solidement, ce qui fut fait sans objection. Zéphyr ne comprenait plus rien. Sa docilité n’était due qu’à son épuisement physique et moral. Personne autour ne voyait que l’être qu’ils avaient devant les yeux était plus proche de la mort que de la vie. Personne, non plus, ne s’opposa à ce qu’il fut attaché comme un dément sur cette chaise de torture afin d’y subir une expérience qui achèverait sûrement ses souffrances à jamais. Ladite chaise était relié à des câbles épais qui menaient à une autre machine, une sorte de gros rectangle surmonté d’un dôme translucide où brûlait une boule d’énergie, manifestement faible puisque son éclat était assez pâle.
- L’objet que vous voyez ici est le fruit de décennies de recherche par l’élite scientifique de l’Empire. L’expérience d’aujourd’hui a pour but de transférer l’énergie magique de nature intuitive contenue dans cet objet –il désigna du doigt le fé – vers celui-là –il désigna le dôme. Ainsi nous pourrons capturer une dose de magie intuitive et l’intégrer à des instruments, des armes, de la technologie et même des humains, ce qui nous offrirait un avantage énorme sur toutes les autres espèces de notre monde. Ainsi qu’un profit économique considérable.

Lafigue marqua une pause afin que son discours imprègne bien l’assemblée qui lui faisait face. Zéphyr, terrassé par la peur, regardait les visages des hommes qui l’encerclaient, assis tranquillement sur leurs gradins, l’air vaguement intrigué. Pourquoi aucun d’entre eux ne venait à son secours ? Pourquoi !! Il avait tellement peur qu’il mouilla un peu son dessous, bien que personne ne le remarqua. Son dos, brulé par les coups de fouet, lui faisait atrocement mal, ainsi plaqué contre le dossier. Il n’était plus que peur et douleur.

- Nous allons maintenant procéder au transfert ! annonça fièrement Lafigue.

Il s’avança vers le tableau de bord près de la chaise, jeta un dernier regard goguenard à sa petite victime dont les yeux, eux, étaient embués de larmes, lui banda la bouche d’un tissu blanc, lui caressa le front doucement, ce qui troubla beaucoup Zéphyr… et il actionna le transfert.

Il serait difficile d’expliquer ce que Zéphyr ressentit en cet instant. Il eut l’impression qu’on arrachait littéralement la vie de son petit corps. On l’ouvrait et on prenait son énergie, tout ce qui le composait, on lui ôtait. C’était une souffrance insoutenable, il la ressentait dans son corps, son esprit, son âme, il le ressentait dans chaque petite partie de lui. Il criait, secoué de spasmes violents, il transpirait, ses yeux se révulsaient.
Pendant ce temps le dôme se remplissait d’une boule d’énergie plus opaque, plus vive, comme une concentration électrique aux couleurs violettes, bleues, rouges, jaunes…

- Ca marche ! Ca marche !!! s’écria Lafique, extatique, tandis que le fé, à quelques mètres de lui, de plus en plus pâle, s’éteignait de minute en minute.

Ce fut à ce moment qu’une des portes latérales de la salle s’ouvrit, faisant apparaître une personne qui, de toutes évidences, n’avait rien à faire là.


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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Sam 24 Mar - 19:17

Dès que la poignée fut enclenchée et la porte entrouverte, la cacophonie que la pièce renfermait éclata dans toute sa splendeur. Ses grésillements, des pétarades et ... Qu’était-ce ? Des cris ? Ambre poussa totalement la porte, surprise par le son d’une voix humaine aussi désespérée. Elle ne s’attendait pas à une telle assemblée. On aurait cru que tous les membres de l’école, élèves et professeurs, s’étaient rassemblés pour assister au spectacle. Et quel spectacle !

Des éclairs de lumières brillaient partout au-dessus des têtes. L’ensemble était si lumineux qu’il lui fallut quelques secondes pour recouvrer la vue, et constater que tous les regards des derniers rangs s’étaient braqués vers elle. Néanmoins, elle ne bougeait pas. S’enfuir en courant revenait à se déclarer suspecte sans même dire un mot. Elle gardait la mâchoire serrée, sondant la pièce des yeux. Alors que finalement elle se décidait à repartir, elle aperçut le petit être assis là, en dessous de la machine, qui se convulsait pitoyablement, probablement sous l’effet des chocs. Son cœur se serra et il lui fallut plusieurs secondes avant de se remettre en mouvement. Trop tard …

Un bruit de pas venait du couloir, dans son dos. Il fallait trouver une autre issue. D’un geste rapide, elle entra dans la pièce, claquant violemment la porte pour signifier sa présence à ceux qui ne l’avaient pas encore remarquée. Elle croisa les yeux d’un mage sévère. Elle crut y percevoir un éclat brillant, plutôt bienveillant. En le voyant jeter un coup d’œil discret à « la démonstration », elle comprit qu’il ne devait pas être enchanté d’y assister. Pourtant, d’autres visages se montraient bien plus enthousiastes, certains souriaient même d’un air malsain. Un frisson de dégoût mêlé au mépris parcourut son échine avant qu’elle n’aperçoive l’autre issue : une petite porte presque cachée, à l’autre bout de la salle, derrière la monstrueuse machine.

Elle se mit à descendre lentement les marches de la salle construite en amphithéâtre, tandis qu’on lui criait se s’arrêter. Quelqu’un l’attrapa par l’épaule mais elle se dégagea sans même y jeter un coup d’œil : elle ne parvenait plus à détacher son regard de l’enfant attaché au dispositif. Visiblement il n’était pas volontaire pour cette expérience.

Alors qu’elle continuait d’avancer, un homme se dressa devant elle, probablement le mage qui dirigeait l’opération. Il lui bloquait tout accès vers cette voie, mais elle ne voulait pas le regarder dans les yeux, elle ne voulait pas savoir à quoi ressemblaient les hommes, pourtant si bien vus, qui organisaient cela. Elle tenta tant bien que mal de l’écarter de son passage, évidemment sans succès. On commençait à s’agiter derrière elle, elle vit du coin de l’œil des silhouettes se lever et s’avancer vers elle. Si elle n’agissait pas vite, elle se retrouverait encerclée, et quoiqu’ils aient la réputation d’être respectables, elles commençaient à en douter sérieusement et ne voulait pas finir comme cobaye.

Tandis que le mage qui lui bloquait le passage essayait apparemment de la raisonner d’un ton de plus en plus agressif, elle le poussa sur le côté d’un geste brusque, s’élançant vers la sortie et donc vers la machine. On crut sans doute qu’elle allait s’y attaquer car elle entendit un glapissement pathétique dans son dos. Elle continua sans se retourner, s’arrêtant deux secondes devant le cobaye, hésitante. Finalement elle sortit son poignard et s’en approcha…
Alors qu’elle sentait le souffle de ses « poursuivants » derrière elle, elle dit d’une voix claire et intelligible.


« Si vous ne vous arrêtez pas, je le tue sur le champ »

On se figea. Elle avait vu juste : ce gamin était visiblement important pour la « science ». Se penchant au-dessus de lui, elle coupa d’un coup sec les lanières de cuir qui l’entravaient, provoquant involontairement sa chute à terre. Elle lui plaça le poignard sous la gorge en le relevant, afin d’appuyer sa menace, et recula doucement vers la porte. Il ne tenait plus ou difficilement sur ses jambes, aussi le souleva-t-elle du mieux qu’elle put dès qu’elle fut sortie. Elle se doutait qu’on ne tarderait pas à les rattraper.

Ils se retrouvèrent dans un long couloir, donnant sur de nombreuses portes. Après avoir prié silencieusement pour que la pièce derrière soit vide, elle en poussa une de la main, soutenant toujours le garçon de l’autre.
C’était une sorte de laboratoire. La moitié de la pièce était occupée par un établi recouvert d’instruments surprenants, comme de gros globes de verre contenant des bulles aux couleurs étranges ou encore des tubes de métal attachés ensemble dans un ordre apparemment totalement illogique. A l’opposé, une petite bibliothèque était aménagée, près d’une cheminée où les restes d’un feu se consumaient. Elle frissonna, l’atmosphère était glaciale.

Remarquant un fauteuil non loin des étagères, elle y amena le garçon, le posant plus ou moins gentiment dessus.
Comme il n’avait pas l’air très réveillé, elle lui tapota la joue jusqu’à ce qu’il ouvre un œil.


« Eh ! Eh gamin ! Réveille-toi ! »

Soudain, une horrible idée la traversa… Et si ce qu’il subissait n’était absolument pas dangereux ? Si cela visait en fait à l’aider pour quoi que ce soit ? Dans ce cas elle venait non seulement de tout faire rater, mais elle se trouvait avec un gêneur dans les pattes… Cependant il n’avait vraiment pas l’air bien…
Elle sortit une pomme verte et lisse de son sac.


« Ça va ? Tu as faim ? Tu sais où tu es ? »

Il lui avait d’abord fait pitié, tout seul face à cette grande assemblée, mais pour le moment, elle se contentait de se montrer aimable pour ne pas l’effrayer et ne pas traîner un fardeau encore plus grand. S’il venait à tourner à l’hystérie, on l’entendrait facilement à travers la fine cloison que formait la porte…

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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Ven 17 Aoû - 14:26

Zéphyr ne gardait que des souvenirs confus et désordonnés de ce qui s'était passé à la suite du "transfert". Il avait entendu le son d'une porte, qui lui était parvenu beaucoup plus fort et résonnant qu'il ne l'avait été en réalité, car sous l'effet de la monstrueuse machine, ses sens étaient détraqués. Les voix des hommes qui l'encerclaient n'étaient plus qu'un brouhaha étouffé alors que les sons extérieurs sonnaient dans sa tête comme s'il eut été tout proche.

Un jeune homme, grand et élancé, avait déboulé dans la pièce. Zéphyr avait senti, malgré son état au bord de l'inconscience, l'incroyable potentiel magique de l'individu. Ce n'était certainement pas un humain. C'est peut-être la raison pour laquelle il sut d’instinct que cet homme-là ne faisait pas partie de l'assemblée. Les yeux entrouverts, il perçut l'agitation grandissante au sein des mages et il vit qu'un attroupement se formait autour du jeune homme.
Il y eut des cris, des tentatives. Manifestement, le nouveau venu n'avait rien à faire ici. Peut-être était-il venu le sauver ? Peut-être que c'était une créature victime, comme lui, de la barbarie des humains ? Soudain, l'homme le fixa et Zéphyr écarquilla les yeux en apercevant cette pupille rougeoyante. Ce regard captivant lui fit oublier l'espace d'une seconde la torture dont il était victime, mais la douleur et les crispations de son corps tout entier le ramenèrent bien vite à la réalité.

Il ne parvenait maintenant qu'à grand peine à garder les yeux ouverts. L'homme s'approcha encore, jetant toujours des regards furtifs mais intenses au petit fé. Zéphyr le vit se diriger non vers lui spécialement mais vers quelque chose plus loin, sûrement une sortie. Une déception proche du désespoir l'envahit, ce qui l'affaiblit encore davantage. Il ne serait peut-être pas sauvé, finalement. Alors qu'il s'approchait de Zéphyr et la machine à laquelle il était relié, les mages émirent un cri d'effroi. L'intrus, surpris de cette réaction, sembla réfléchir très vite.

Zéphyr vit l'éclat d'un poignard, son cœur épuisé s'emballa, il entendit l'homme proférer ce qui ressemblait à une menace. Zéphyr se moquait d'être tué. Encore mieux, il n'attendait que cela. Le silence envahit la salle, on entendait plus que le crépitement de la machine toujours en marche. L'homme se pencha au-dessus de lui. Il avait des cheveux argentés. Zéphyr plissa les yeux, attendant le coup fatal. Au lieu de cela, il se sentit tomber soudainement et s'écrasa contre le sol dur de l'estrade. Le mystérieux visiteur venait de le délivrer. La machine se tut et la boule d'énergie lumineuse se mit à faiblir jusqu'à s'éteindre complètement.
La lame du poignard vint se glisser sous sa gorge et il se releva à grand peine, les yeux quasi-clos mais ruisselants de larmes et la bouche tremblotante. Cela ne ressemblait pas à un sauvetage. Peut-être que que cet homme voulait simplement l'utiliser à ses propres fins, ou bien simplement le tuer. Ce dernier recula doucement de quelques pas, entraînant Zéphyr avec lui. Les yeux toujours fermés, Zéphyr entendit le son d'une porte qui se referme. Il se sentit à moitié soulevé sous les aisselles d'un seul bras et il n'entendit plus que le bruit des pas de l'intrus et le souffle de sa respiration saccadée.

Il se sentait tellement vide. Il avait l'impression que le sang avaient quitté son corps. Il était incapable de bouger. Il pouvait à peine réfléchir. L'inconscience le gagnait pour de bon et, profitant de ce soutien, son corps se laissa trainer sans résistance.


- Eh ! Eh gamin ! Réveille-toi !

Zéphyr parvint à ouvrir les yeux. Il était toujours en sous-vêtement. Chaque partie de son corps était terriblement douloureuse, comme si l'on avait fouetté ses nerfs-mêmes. Il transpirait beaucoup et pourtant, il grelottait.
L'homme qui l'avait arraché à ses ravisseurs le regardait attentivement. Zéphyr fut de nouveau captivé par ses yeux rouges. Il y avait quelque chose d'absolument spécial chez cet homme, dans son allure, son regard, même sa voix. Zéphyr avait envie de lui faire confiance, de se jeter dans ses bras, de le suivre partout. Il voulait rester dans son regard écarlate.

L'homme sortit une pomme verte et dit :
- Ça va ? Tu as faim ? Tu sais où tu es ?
Zéphyr fixa la pomme puis reporta lentement son regard sur le visage singulier du personnage. Celui-ci était penché sur lui. Il attendait une réponse.
- Non...
L'homme s'accroupit en soupirant.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? interrogea-t-il.
- Je ne sais pas... Je voudrais voir Salomon...
- Je ne connais pas Salomon. Écoute je dois chercher quelque chose d'important. Je ne peux pas t'aider.

L'homme sortit une gourde et fit boire Zéphyr lentement. Le fé trouva la sensation de l'eau dans sa bouche très agréable et cela le revigora un petit peu. Il sentit un élancement dans son dos et les traits de son visage se crispèrent soudainement.
- Qu'est-ce que tu as ? s'inquiéta l'autre, de plus en plus alerte.
- J'ai très mal...

Zéphyr se tourna sur le fauteuil et présenta son dos à l'homme. Ce dernier regarda les marques profondes du fouet. Il avait vu pire. Il semblait qu'on avait surtout voulu soumettre le fé plutôt que lui faire véritablement du mal. Cela étant, les fadets n'étaient pas accoutumés à de tels traitements et la douleur physique égalait bien la douleur morale qu'on venait de lui infliger. Zéphyr tourna la tête sur le côté pour observer le visage de son sauveur. L'homme semblait fixer autre chose que les marques à présent. Peut-être d'autres traces, des cicatrices plus anciennes, derniers vestiges de ce qu'il avait été autrefois, lorsqu'il était simplement fé. Lorsqu'il était libre et ailé. Le mystérieux personnage comprendrait-il ce qu'il était vraiment ? Discernerait-il la trace légère mais formelle de ses anciens atributs fériques, à savoir ses ailes? Une crainte terrible assaillit brutalement le petit être. Peut-être que l'homme l'avait sauvé en pensant qu'il n'était qu'un enfant humain que l'on torturait. Peut-être que s'il avait su qu'il s'agissait d'un fadet, il n'aurait rien fait. Déjà ses yeux s'embuaient et sa bouche tressaillait de peur qu'une révélation germe dans l'esprit de l'individu qui l'avait secouru, et qu'il décide finalement de le remettre à ses bourreaux.

Et ses oreilles? Ses oreilles si longues et démesurément pointues ? Les voyait-il? Il fallait qu'il les cache, qu'il rabatte ses cheveux dessus. Mais il était comme paralysé. Et ses yeux, aux iris si larges et caractéristiques. Pourraient-ils le trahir ? Les fés n'étaient pas des créatures très connues, peut-être cet homme n'y croyait-il même pas. Epuisé et en proie à une angoisse grandissante, Zéphyr craqua. Il se mit à pleurer très fort en sanglotant bruyamment.

Les yeux de l'homme s'agrandirent de surprise - et peut-être un peu de panique - puis il plaqua sa paume contre la bouche de Zéphyr. Mais trop tard. Ses geignements n'étaient pas passé inaperçus. L'homme eut une grimace et une expression de rage et Zéphyr se tut soudainement. Son compagnon avait quelque chose de très impressionnant, une sorte de charisme, une aura. Ce n'était pas quelque chose d'ordinaire.

Il fit signe à Zéphyr de se cacher derrière le fauteuil. Ce dernier eut tout juste le temps de s'exécuter avant que la porte ne s'ouvre brutalement et qu'un groupe de personnes ne déboule dans la pièce. Manifestement, certains étaient armés.
- Saisissez-le ! s'écria le scientifique qui était à l'origine de l'opération.
Des hommes chargés se dirigèrent vers le fugitif à grands pas tandis que Zéphyr se recroquevillait sur lui-même.
- Où est la créature ? beugla le même scientifique. OU EST LE FE ??
L'homme aux yeux rouges ne dit rien. Il ne semblait pas savoir quoi faire, pourtant il n'eut aucune réaction. Contrairement à Zéphyr, il faisait preuve d'un sang-froid implacable. Deux hommes munis de lances se saisirent de lui et l'entrainèrent vers la porte. D'autres commençaient à fouiller la pièce. Zéphyr bondit hors du fauteuil et s'écria :
- Mais utilise ton pouvoir !

La scène parut se figer l'espace de quelques secondes. On aurait dit que Zéphyr venait de dire quelque chose d'insensé. Le prisonnier le regarda en fronçant les sourcils. Lafigue porta son regard alternativement sur l'un et l'autre, rouge de colère et en pleine confusion.
- Attrapez le fé !!! rugit-il enfin.
D'autres gardes s'élancèrent dans la pièce. Il n'y avait aucune nature dans cet endroit. Aucun arbre, aucun animal ne pouvait lui venir en aide. Même le vent, son plus vieil ami, était absent. Zéphyr fit un bond extraordinaire qui le propulsa au dessus des épaules d'un garde, il sauta ensuite sur la tête d'un autre et tel une grenouille, un nouveau bond l'expédia directement sur une étagère pleine de livres. Lafige cracha un ordre et Zéphyr entendit le son vif de fléchettes qu'on lançait à sa poursuite, certainement les mêmes que celles qui l'avaient anesthésié avant qu'il ne soit capturé. Mais cette fois il était trop rapide et il ne laissait pas au garde le temps de viser correctement. Il grimpait d'étagères en étagères, faisant tomber des cascades de livres. Il s'agrippa ensuite à de grands rideaux de velours à la manière d'un chat et tandis qu'il y demeurait suspendu, le prisonnier profita de la confusion générale pour se dégager et dégainer un sabre. Il ne lui fallut pas longtemps pour éloigner les gardes, alourdis par leurs uniformes et moins agiles que lui.

Tout en maniant son arme, l'homme s'éloignait à reculons, se rapprochant du rideau auquel Zéphyr était accroché. Ils n'avaient aucune échappatoire. La seule issue de la pièce était la porte où se trouvaient une dizaine de gardes et les scientifiques effarouchés qui s'y agitaient. Zéphyr sauta à terre alors que l'autre se tenait maintenant juste à côté de lui. Ils n'étaient qu'à quelques centimètres de la grande fenêtre. Zéphyr vit alors un visage, parmi l'assemblée de mages se trouvant dans l'encablure de la porte. Un mage, pourtant parmi les autres, semblait à l'écart. Il ne s'agitait pas, restait silencieux et immobile. Zéphyr ne savait pas qu'il s'agissait du mage que l'homme aux yeux rouges avait vu en descendant les marches de l'amphithéâtre. Ce mage rappela à Zéphyr les traits doux et ridés de Salomon. Le vieux sage fit alors un signe d'une discrétion absolue. Il baissa très légèrement la tête, et ses yeux semblèrent dire : "vas-y".

N'obéissant qu'à son intuition, Zéphyr se précipita devant l'homme qui brandissait toujours son sabre et dans un grand cri, il le poussa brutalement contre la fenêtre. Le verre se brisa et Zéphyr plongea à la suite de son compagnon, agrippant à lui en fermant les yeux. Il fallait que ça marche ! Si l'instinct de Zéphyr avait vu juste, ils ne risquaient rien, bien que leur chute avoisinât les cinquante mètres.

L'homme poussa un juron et pendant quelques fractions de seconde ils chutèrent comme des pierres. Zéphyr se concentra très fort, puisant dans ses ressources magiques, faisant appel à sa forme spirituelle. Tenant fermement le corps de l'homme, il tentait de lui transmettre sa puissance. Alors, peu à peu, leur corps sembla plus léger, leur descente moins raide, ils finirent même par quasiment flotter dans les airs. Une sphère venteuse parut les entourer un petit moment, puis ils se posèrent délicatement sur le sol rocheux de l'île.

Leur destin n'était peut-être pas de la quitter dès à présent, mais au moins, ils étaient tous les deux en vie.




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Zéphyr, jeune fé condamné au monde des hommes
par un sortilège ayant volé son nom...




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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Dim 23 Sep - 19:44

L’enfant semblait bouleversé, mais il était néanmoins conscient. Il répondait à mi-voix aux questions qu’elle lui posait. Comme il n’en voulait pas, elle replaça la pomme dans sa sacoche, sortant de l’eau au passage. Qu’il ait soif ou pas, boire ne lui ferait pas de mal. Il accepta l’eau, mais quelques secondes à peine après avoir bu, les traits de son visage se tendirent, comme lorsqu’il était encore sous l’effet de la douleur. Oh non il ne fallait pas qu’il crie !

Finalement il conserva son calme, se contentant de lui montrer son dos pour expliquer sa douleur. Ce n’était pas bien beau à voir mais cela guérirait vite. Elle avait déjà assisté plusieurs fois assisté à des châtiments du genre, sur les navires, le fait n’était pas rare, la Marine semblait apprécier particulièrement ce traitement lorsque les matelots se montraient trop rebelles. La moindre allusion à une mutinerie était souvent très vite écrasée de la sorte.

Il y avait pourtant quelque chose de bizarre… Certaines cicatrices, plus anciennes, ne ressemblaient pas à des marques de fouets. Elle plissa les yeux, essayant de deviner leur dessin sous les croutes encore sanguinolentes qui recouvraient le dos du pauvre garçon. On aurait dit qu’il y avait eu autrefois un appendice de chaire à cet endroit, comme une malformation ou quelque chose du genre, peut-être due à la magie ? Le gamin ne devait pas être comme les autres, elle commençait à mieux comprendre qu’il ait un intérêt pour les mages de Desdéris, même si cela ne justifiait par leurs actes. Dès qu’il s’agissait de liberté, elle perdait tout objectivité, il faudrait décidemment qu’elle s’endurcisse encore, la piraterie ne suffisait pas.

Alors qu’Ambre fixait toujours le dos du garçon, un léger spasme le secoua et un gémissement s’échappa petit à petit de sa gorge. Avant qu’elle ait eu le temps de réagir, il se mit à pleurer de manière peu discrète. Son sang ne fit qu’un tour et elle plaqua immédiatement sa main contre sa bouche pour l’empêcher de faire du bruit : trop tard. En une fraction de secondes, plusieurs mages déboulèrent dans la pièce. On lui demanda où était la créature … Quelle créature ? Est-ce ainsi qu’ils parlaient du gosse ? Un mot la fit réagir : « fé ». Elle l’avait déjà lu quelque part, il y a longtemps, sûrement lorsqu’elle étudiait encore la magie en Mortelune. Mais qu’était-ce ? Elle ne parvenait à se rappeler de ce qu’il désignait, mais le moment n’étais pas bien choisi pour fouiller dans sa mémoire.

Avant même qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche, deux mages l’encadrèrent, lui tenant les bras afin qu’elle ne se débatte pas. Comme si perdre inutilement des forces était dans ses intentions… il suffisait d’attendre le moment opportun. Alors qu’on commençait à l’emmener vers la porte, l’enfant ou le fé, elle ne savait pas si c’était compatible, s’exclama d’une voix plutôt aigue :


« Mais utilise ton pouvoir ! »

La phrase la fit hausser un sourcil. Que voulait-il dire par là ? Son seul pouvoir était de supplier l’Océan de l’aider et il était bien loin d’ici pour le moment, et de plus personne hormis elle et justement l’Océan ne connaissait l’existence de ce pacte.

La scène qui suivit se déroula très vite, si vite même qu’Ambre eut du mal à saisir ce qu’il se passait. Le gamin-fé-ou-autre bondit, semant la pagaille parmi les mages, elle profita de l’instant pour se dégager de l’emprise des deux gardiens et sortir son arme. Elle tentait de se frayer un chemin vers la sortie mais on la repoussa vers la fenêtre… Et quelques secondes plus tard, le vide.

L’impression de chute la paralysa, son cœur remonta dans sa poitrine. Tout semblait être au ralentit et elle crut réellement qu’elle allait mourir ainsi, bêtement et sur terre qui plus est. Pourtant, il se passa un fait étrange… Alors que le sol ne devait plus être très loin, elle eut l’impression de flotter vaguement et lorsqu’elle retrouva le contact avec la terre, celui-ci s’effectua en douceur, comparé à ce à quoi elle s’attendait. Elle était tellement ébahie qu’elle resta plusieurs secondes allongée par terre à vérifier mentalement qu’elle était bien entière. Une fois l’inventaire terminé (une tête, deux jambes, deux bras, un tronc et des cheveux) elle se releva lentement, au cas où une fracture imprévue se révèlerait. Mais rien.

Le gamin paraissait en vie lui aussi (ou alors il était drôlement vivant pour un mort), elle se pencha au-dessus de lui pour lui dire de se relever. Il essaya tant bien que mal, mais il retomba à terre, épuisé. Elle ne savait pas si ses propres forces lui permettraient de le porter, elle aussi se sentait lasse, mais il ne fallait pas qu’ils restent ici.

Ils étaient tombés de l’autre côté de l’école que celui par lequel elle était venue. La végétation était broussailleuse… Connaissant la réputation de l’île, elle se dit que peut-être ils trouveraient une crevasse où ils pourraient se reposer un peu avant de filer d’ici. Attrapant son compagnon de fuite sous les aisselles, elle se mit à le traîner vers les buissons. Ceux-ci, hauts d’un mètre cinquante environ, les cacheraient assez bien s’ils progressaient pliés en deux, en ce qui la concernait en tous cas. Ils avancèrent ainsi une vingtaine de minutes, mais elle n’en pouvait plus, et elle décida de s’arrêter ici pour le moment. Ils étaient certes non loin de l’école, mais la nuit tombait et la végétation était dense, elle était presque sure que rien ne viendrait les déranger. Elle se laissa tomber comme une masse à terre.


« Repose toi là, on bougera demain » dit-elle à l’adresse du fé, même si elle ne savait pas s’il était conscient ou non.


Elle eut du mal à trouver le sommeil. Toutes les questions qu’elle n’avait pas encore eu le temps de se poser apparurent à son esprit, tourmentant son sens logique. Comment avaient-ils fait pour survivre à cette chute ? Que signifiait le terme fé ? Pourquoi s’était-elle embarquée là-dedans ? Comment diable allait-elle récupérer cette carte ? Mais petit à petit, la fatigue prit le dessus et elle somnola jusqu’à l’aurore.

Un rayon de soleil la réveilla. Le garçon n’avait apparemment pas bougé, même si elle se demandait s’il ne faisait pas semblant de dormir. Elle le secoua légèrement jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Il demanda où il était, ce qu’il s’était passé. Elle lui résuma la situation en quelques mots avant d’enchaîner :


« Maintenant il faut que tu te lèves, on doit retourner à l’intérieur, et j’ai des questions à te poser »

Revenir sur leurs pas n’était pas aussi fou et dangereux que l’on pourrait le croire. En effet, il était fort probable que les mages soient occupés à fouiller les villages et les auberges environnantes, personne n’aurait idée qu’ils étaient là où ils devraient être.

Après avoir mangé chacun une pomme pour le petit-déjeuner (elle en avait heureusement plusieurs dans son sac), ils se mirent en route, courbés en deux pour ne pas dépasser des buissons, comme la veille. Il leur fallut moins de temps pour atteindre l’école ; car ils étaient plus dispos. Quand les murs de celle-ci furent en vue, Ambre s’arrêta enfin. Elle avait sommé son compagnon de se taire durant tout le trajet ponctuant toutes ses tentatives d’interrogations par un « ssht » prudent.
Elle se tourna donc vers lui.


« Bon je crois qu’une mise au point s’impose. Je vais te poser mes questions, tu y répondras et ensuite si tu en as-tu les poseras, d’accord ? »

N’attendant pas spécialement de réponse, elle commença :

« Premièrement, qu’est-ce qu’un fé ? Ensuite pourquoi étais-tu là-dedans sur cette machine ? Comment as-tu fait pour que nous sortions vivant de cette chute, elle aurait dû être mortelle, n’importe qui le sait ! »

Le ton n’était pas agressif, mais posé et ferme, elle voulait des réponses certes mais elle ne voulait pas inquiéter son interlocuteur, il avait l’air d’avoir la panique facile. Elle termina en souriant.

« Ah et aussi, comment tu t’appelles ? »



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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Mer 26 Sep - 23:53

Cette fois-ci, Zéphyr était vraiment à bout de force. Tout ce qui lui restait d’énergie avait été transmis, sans même que l’autre s’en rende compte, à l’homme étrange qu’il savait maintenant être un sylphe. Car oui, seul un sylphe aurait été capable d’accomplir un tel exploit. L’homme avait l’air perplexe, comme si la situation le dépassait. Zéphyr aurait bien voulu lui expliquer que leur survie n’avait rien d’un miracle, mais il était trop épuisé. Il ne parvenait même pas à tenir sur ses jambes.

Zéphyr se sentit alors à nouveau soulevé par-dessous les bras et trainé jusqu’à d’épais amas de buissons. Le petit fé était toujours dans un état de semi-conscience, ne discernant qu’à peine le paysage qui défilait sous ses yeux. Son compagnon, courbé afin de ne pas être vu, se faufilait à travers cette végétation luxuriante, la respiration laborieuse du fait de l’effort qu’il fournissait. Il devait être vidé de ses forces, lui aussi. Après tout, il avait fait usage d’un grand pouvoir. Et manifestement, c’était la première fois.

Ils progressèrent pourtant un bon moment, sans ralentir ni même regarder en arrière. Lorsque l’homme jugea que l’endroit était sûr – ou, peut-être, lorsqu’il n’en put tout simplement plus – il laissa tomber lourdement le fadet. Il lui parla mais il n’entendit qu’un bourdonnement sourd, avant que ses yeux ne se ferment définitivement, tandis qu’il se recroquevillait sur lui-même comme un fœtus.

Zéphyr sentit dès l’aube les rayons du Soleil caresser sa peau encore meurtrie. Mais demeura en boule, le visage au creux des bras, dans un demi-sommeil. Ce fut le sylphe qui le réveilla pour de bon en le secouant doucement. Il se redressa et dit en se frottant les yeux puis en observant les alentours:

- Qu’est-ce qui s’est passé ? Où sommes-nous ?
- Nous sommes dans une sorte de forêt, à quelques centaines de mètres de l’école. Je nous ai amené ici pour notre sécurité. Il est fort probable que tout le monde nous recherche, à présent.

Zéphyr ne dit rien.

- Maintenant il faut que tu te lèves, reprit l’homme, on doit retourner à l’intérieur, et j’ai des questions à te poser.

Zéphyr pâlit à l’annonce de ce plan. Retourner là-bas ? Autant se jeter du haut d’un ravin ! Il fut presque tenté de fuir, mais Salomon lui avait appris, au fil du temps, à faire appel à sa raison. Et sa raison lui disait bien qu’il n’irait pas bien loin, sur une île inconnue grouillant d’hommes vils et dangereux qui le poursuivaient sans relâche. Cet homme, malgré ses manières brusques, était son unique lueur d’espoir dans cet endroit maudit. Avec un peu de chance, il voudrait tuer Lafigue. Comme pour alimenter l’espoir de Zéphyr, le jeune homme lui offrit une pomme, qu’il dévora prestement.

Ils se mirent en route sans attendre, et le fadet comprit vite que son compagnon n’était pas du genre à lambiner.

- Pourquoi doit-on retourner dans la prison ? interrogea-t-il.

C’était bien une prison pour notre pauvre fé, qui n’en avait découvert que l’aspect le plus morbide.

- Chht, répliqua l’autre sans ménagement.

Zéphyr se tut docilement mais, ne résistant pas à la tentation, il renchérit :

- Mais qu’est-ce que tu cherches ?
- Chhhht !
- Un trésor ?
- Chhhhhhht !

Il se tut à nouveau. Plus longtemps. Mais sa curiosité défiait sa crainte et il se risqua à une dernière question, chuchotée pourtant, mais tout aussi irritante pour le sylphe taciturne – ou prudent.

- Comment tu t’appelles ?
- CHHHHT !!!

Ils finirent par apercevoir les hauts murs de l’école Desdéris, austère bâtiment noir dessiné dans le ciel. L’homme se tourna alors soudainement vers lui et lui déclara :

- Bon je crois qu’une mise au point s’impose. Je vais te poser mes questions, tu y répondras et ensuite si tu en as-tu les poseras, d’accord ?

Zéphyr écarquilla les yeux, surpris par ce revirement d’attitude. Au moment où il s’apprêtait à répondre, le sylphe reprit :

- Premièrement, qu’est-ce qu’un fé ? Ensuite pourquoi étais-tu là-dedans sur cette machine ? Comment as-tu fait pour que nous sortions vivant de cette chute, elle aurait dû être mortelle, n’importe qui le sait !

Le fadet le fixa d’un air perplexe. Pour quelqu’un de presque absolument silencieux, le sylphe se révélait à présent très avenant. Il devait avoir remarqué le trouble de son petit compagnon car, d’un ton plus jovial, il demanda également :

- Ah et aussi, comment tu t’appelles ?

Zéphyr fit rapidement le tri dans les questions qui venaient de lui être posées, et celle-ci lui parut la plus simple. Il répondit donc simplement :

- Zéphyr Pendragon. En tous cas c’est mon nom prononçable. L’autre, le vrai, il est perdu…

Il s’aperçut que finalement, même si la question était originellement simple, la réponse était plutôt complexe. Le sylphe sembla d’ailleurs assez étonné de cette remarque farfelue.

- D’accord… dit-il d’un air presque dubitatif. Et le reste ?
- Un fé c’est moi. Tu peux aussi dire : fadet. Tu croyais que j’étais un vrai garçon n’est-ce pas ? – il rougit d’embarras en prononçant cette phrase – Je suis juste un fé. C’est pour ça qu’ils m’ont mis sur la machine. Ils ont voulu voler mon pouvoir. Salomon devait me donner mais finalement il a changé d’avis. Alors ils m’ont poursuivi. Pourtant même après que je me sois échappé, ils m’ont couru après. Sans toi, je serai mort. Tu vas me ramener là-bas ? Tu vas me donner à eux ? Tu sais j’ai de la douleur, comme les humains, et je saigne même, comme eux, regarde.

Il entreprit de se mordre le doigt mais l’homme lui retint la main.

- Arrête ! Je te crois, d’accord ? Je n’ai aucune envie de te livrer à ces hommes. Tu ne m’intéresses pas, ni toi ni ton pouvoir.

C’était dit un peu brutalement, mais le message était clair. L’homme n’en avait pas après lui. Il voulait donc pénétrer dans l’école pour une autre raison. Zéphyr fut particulièrement soulagé d’entendre cela. Plus détendu, il abaissa son bras et poursuivit :

- Et pour la chute, je n’ai rien fait.
- Vraiment ? répondit l’autre d’un ton suspicieux.
- A part te donner un peu de mon pouvoir. Je peux vaguement comprendre le vent, mais il ne m’obéit pas, à moi ! Tu comprends ?
- Non, est-ce…
- Ta ta ta ! C’est à MOI de poser les questions, tu ne te souviens pas ?

A mesure que la perplexité de l’homme se faisait de plus en plus profonde, une ride se creusait entre ses deux sourcils. Il avait l’air tellement déconcerté qu’il laissa le fé continuer :

- Pourquoi as-tu les yeux rouges ?

Cette question était si inattendue et illogique que cette fois, l’homme eut un air franchement surpris.

- Je… Je ne sais pas mais…
- Bien. Comment t’appelles-tu ?

L’homme reprit une expression neutre, vaguement tendue. Il répondit :

- Bellamy. James Bellamy.
- Bellamy James Bellamy ?
- Non, simplement James Bellamy !

Manifestement, l’homme regrettait d’avoir laissé le champ libre à ce petit être farfelu. Combien de temps ce manège allait-il durer ?

- Bien, répéta le petit fé. Que veux-tu faire dans la prison ?

Enfin une question intéressante. Ce fut certainement à cet instant qu’un plan germa dans l’esprit vif du jeune homme. Il se pencha sur Zéphyr et dit d’une voix basse :

- Ce que tu vois là-bas, ce n’est pas une prison. C’est une école où les mages se réunissent. Certains sont mauvais, comme ceux que tu as vus. D’autres sont bons, comme ton ami Salomon, si c’est bien un mage.
- Je ne sais pas.
- En tous cas, je ne fais pas partie de leur école. Mais il y a là-dedans quelque chose qui m’intéresse. Une carte.
- Une carte ?

Zéphyr était tout excité par ces airs de conspiration.

- C’est très sérieux, répondit Bellamy, comme pour justement calmer ses ardeurs. C’est un vieux document caché dans une des salles de l’école. Sûrement la bibliothèque. Tu veux m’aider à la retrouver ?

Zéphyr quitta son interlocuteur du regard pour le poser sur l’impressionnante bâtisse qui se dressait plus loin. Une expression de crainte crispa ses traits, et, le remarquant immédiatement, Bellamy posa sa main sur son épaule et dit doucement :

- Si tu m’aides à trouver ce que je cherche, je te fais quitter cet endroit. Et je t’aide à retrouver Salomon.

La perspective de retrouver son maître remplit le petit fé d’espoir. Il hésita encore quelques secondes et, serrant les poings, hocha la tête d’un air déterminé.
Bellamy avait imaginé un plan audacieux mais rusé. Inquiété par l’imprévisibilité de son compagnon, il lui avait fait répéter plusieurs fois le déroulement des évènements. Ils s’étaient ensuite faufilés jusqu’à un des murs de l’école. Le sylphe dût égorger un garde au passage à l’aide de son sabre, et bien qu’il eut cru que le fé serait très bouleversé par cette vision, il n’en fut rien et Zéphyr n’haussa même pas un sourcil. Bellamy avait manifestement bien étudié les plans du bâtiment. Ils longèrent la façade pendant un petit moment jusqu’à arriver à un point précis. Bellamy scruta les environs puis observa le mur de haut en bas.

- C’est là, dit-il en indiquant de l’index une sorte de trou dans le mur, à quelques mètres du sol. Et ensuite…

Toujours avec l’aide de son doigt, il traça une ligne imaginaire horizontale à partir du trou, ce qui mena à une large fenêtre fermée.

- Tu saurais grimper ? demanda-t-il au fé en désignant le mur de pierre.
- Je ne pense pas, c’est trop lisse.
- Nous n’avons pas le choix, il faut que tu essayes. Je vais t’aider.

Zéphyr s’approcha de Bellamy. Celui-ci lui fit la courte échelle et le fé se mit à littéralement lui marcher dessus, prenant appui sur ses bras, ses épaules et même sa tête. Le sylphe se hissa sur la pointe de pieds tout en soulevant le corps – fort heureusement léger – du fadet. Celui-ci se hissait également de toutes ses forces, tentant de s’agripper par n’importe quel moyen à la surface plane du château. A force d’effort, Zéphyr parvint à attraper les bords du trou et il put s’y engouffrer sans problème. Un adulte, en revanche, n’en aurait pas été capable. Ce trou servait peut-être à laisser tomber des messages ou des colis secrets à quelque messager posté en bas, ou bien peut-être aux essais de tir à canon. Qui sait ?

- Tu es tout petit ! s’écria-t-il en regardant Bellamy de son perchoir.
- Dépêche-toi ! s’impatienta l’homme.

Zéphyr s’exécuta et suivit le plan. Il devait sortir de cette pièce pour aller dans la pièce voisine, ouvrir la grande fenêtre, attraper la corde que Bellamy lui lancerait, l’accrocher quelque part, et attendre les prochaines instructions.
Il fit tout cela mécaniquement. Il eut quelque mal à ouvrir la large fenêtre mais, en sacrifiant la discrétion, il y parvint. Bellamy lança la corde et Zéphyr réussit à la nouer autour d’un pied de lit. Le jeune homme grimpa avec agilité jusqu’au bord de la fenêtre et sauta dans la pièce. Il regarda d’un air neutre les alentours jusqu’à avoir une inspiration de surprise en s’apercevant qu’une silhouette, manifestement une femme, était couchée dans le lit.

- Qu’est-ce que c’est que ça ? chuchota-t-il d’un air courroucé.
- Hé bien quoi ? Tu ne m’as rien dit à ce propos.

Bellamy leva les yeux au ciel et, renonçant à toute remontrance, il se dirigea vers la porte et colla son oreille dessus. Il aperçut Zéphyr en train de fouiller les armoires.

- Qu’est-ce que tu fais ? interrogea-t-il, irrité.
- Je cherche des vêtements. J’ai froid ici. Je n’aime pas les pierres. Ça, c’est très bien.

Il sortit une tunique rougeâtre de l’armoire et l’enfila directement. Elle était un peu trop grande et baillait. Il se vêtit également de bas et de mocassins en peau, un peu plus ajustés.

- Prends aussi une ceinture et essaye de trouver une cape. Nous en aurons besoin plus tard.

Balançant les tissus sans ménagement, Zéphyr trouva une ceinture et une sorte de chaperon de laine vert dont il s’orna prestement. Bellamy, à l’origine impatient et pressé, le rejoignit pourtant et fouilla à son tour parmi les parures. Il trouva des sortes de longs bracelets conçus de cuir doublé de laine, qu’il attacha aux poignets de Zéphyr. Il trouva aussi un gilet en peau de mouton et des sortes de bas à mettre aux chevilles en fourrure. L’homme fourra le tout dans son sac et, emportant au passage quelques breloques semi-précieuses, il attrapa Zéphyr par le bras et sortit de la pièce.

- Fini les futilités à présent, déclara-t-il. Nous devons trouver la bibliothèque.



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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Mer 31 Oct - 17:26

Zéphyr Pendragon ? C’était un nom bien long pour un si petit être. Non pas qu’Ambre ne respecte pas les petits êtres mais celui-ci sonnait bizarrement magique, et donnait une idée de puissance, ce qui pouvait paraître déroutant quand on regardait le garçon. Il avait l’air plus perdu que puissant. Pourtant, non seulement elle avait tendance à se baser sur ses impressions mais leur échappée extraordinaire indiquait assez clairement que ce Zéphyr n’était pas un être comme les autres. Elle ne comprenait pas bien ce qu’il voulait dire par « perdu », comment pouvait-on perdre un nom ? Mais cela n’était pas le seul point de son propos qu’elle jugeait obscur et elle décida d’attendre un peu avant de reposer une question : peut-être que la réponse viendrait d’elle-même.

Le pauvre n’avait pas l’air à l’aise lorsqu’il se mit à parler de fé. Ce n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler une définition précise, mais au moins elle était fixée : il n’était définitivement pas ce dont il avait l’air. Elle dut couper court à son monologue, elle avait peur qu’il tourne totalement paranoïaque et devienne difficile à gérer. Cela le mit visiblement en confiance puisque le reste qu’il lui coupa la parole afin qu’elle ne pose pas LA question qui lui brûlait les lèvres : est-ce qu’elle avait quelque chose à voir avec le miracle de la chute ? Néanmoins il ne l’énerva pas, elle était même contente qu’il cesse de se comporter comme un animal traqué et fasse preuve de conversation, cela était bien plus agréable.

Vu la tournure que prenait la discussion, Ambre décida d’expliquer plus clairement la situation à Zéphyr, après tout, il pourrait l’aider à rentrer, et en échange, elle l’aiderait à sortir. C’était un marché honnête, pour une fois.

Après ce marché réglé, Ambre désigna du doigt l’entrée qu’elle avait choisie pour retourner dans l’école. Zéphyr était suffisamment léger pour pouvoir l’atteindre avec un peu d’agilité, et pour ce qu’elle avait observé, il n’en manquait pas. Elle n’eut pas à insister longtemps pour que le fé se décide à obtempérer et quelques minutes plus tard, elle le rejoignait à l’intérieur. Malgré la présence d’une femme endormie dans la pièce, ils prirent le temps d’emprunter quelques habits et babioles, au moins elle ne serait pas venue pour rien. Mais il ne fallait pas tarder et Ambre entraîna rapidement le garçon hors de la pièce.

Le couloir était silencieux, l’école était soit vide, soit encore endormie, ce qui leur laissait du temps pour visiter les pièces. Elle n’avait aucune idée d’où trouver cette carte, vraisemblablement dans une bibliothèque ou dans une salle d’archives mais le bâtiment était tellement grand et les pièces tellement nombreuses qu’elle craignait soudain d’échouer… Cette pensée l’agaça et elle se mit à accélérer le pas sans s’en rendre compte. Elle avançait silencieusement sur les dalles de pierre recouvrant le sol sans même prêter garde à son compagnon. Des portes de bois plus ou moins joliment sculptées défilaient sans qu’elle n’ose les ouvrir ni même s’en approcher. Elle arrivait pourtant au bout du corridor, il faudrait se décider.
S’arrêtant dans une alcôve, elle se tourna enfin vers Zéphyr et chuchota.


« Visiblement il n’y a personne ici, je n’ai aucune idée de trouver ce dont je cherche, aurais-tu vu une bibliothèque ou quelque chose du genre quand on t’a amené ici ? »

Le fé parut réfléchir quelques instants.

« Non, je n’ai pas vu grand-chose et je ne me rappelle pas bien… »

« Hmm il va falloir chercher alors. Réfléchissons, plus vite on trouvera, plus vite on sortira d’ici, donc c’est aussi dans ton intérêt »

Zéphyr hocha la tête tandis qu’Ambre reprenait :

« Je pense que nous sommes au deuxième, peut-être troisième étage. Visiblement ici il n’y a que des bureaux et quelques chambres… Hmm les bibliothèques sont souvent en haut des tours ou elles occupent presqu’un étage entier, qu’en pense-tu ? »

Le fé n’avait pas l’air très renseigné sur l’architecture habituellement des écoles ou des manoirs, mais la question de la pirate était rhétorique, parler lui permettait d’avoir une meilleure réflexion.

« Bon, tu sais quoi ? Au lieu de perdre notre temps, demandons ! »

Elle eut un sourire narquois, elle se demandait pourquoi elle n’y songeait que maintenant, la compagnie du gamin lui faisait perdre son pragmatisme de hors-la-loi, avait-elle peur de le choquer ?

Elle retourna sur ses pas, se dirigeant vers la chambre par laquelle ils étaient entrés. La femme dormait toujours. Ambre s’approcha sans bruit du lit, paré de lourds rideaux de velours rouge sombre. Elle sortit le poignard qu’elle avait presque toujours attaché le long de ses reins d’un geste brusque. Le fadet sursauta. D’un geste de la main elle lui fit signe de se taire en plaçant son index sur sa bouche, l’opération réussirait bien mieux avec un effet de surprise. Elle plaça son poignard à proximité de la gorge de l’endormie, sans pour autant que le métal ne touche sa peau (le contact froid aurait pu la réveiller et elle ne voulait pas la blesser). Ambre posa sa main sur l’épaule de la femme et la secoua légèrement. Celle-ci entrouvrit les paupières d’un air perdu.

« Excusez-moi madame, nous cherchons la bibliothèque, pourriez-vous nous renseigner ? »

Le ton employé était très courtois et Ambre avait ponctué sa question du sourire le plus aimable qu’elle était capable d’afficher (il était très efficace quand il s’agissait de convaincre les serveuses des tavernes qu’elle fréquentait qu’elle payerait ses dettes plus tard, son déguisement devait alors beaucoup jouer, elle avait tout de même meilleure figure que la plupart des flibustiers que ces pauvres filles croisaient, alors ce n’était pas dur d’avoir l’air charmeur à côté… Cependant elle doutait que cette femme fréquente beaucoup de forbans…). L’inconnue ne parut pas s’offusquer de la question, elle n’avait pas l’air d’avoir compris qu’elle était éveillée. Elle ne vit pas l'arme que tenait son interrogatrice. Elle marmonna avant de se rendormir :

«Deuxième étage à droite de l’escalier principal …»

Sans attendre plus longtemps, Ambre entraîna Zéphyr dehors en le tirant gentiment par le col tandis qu’il gardait les yeux fixée sur la femme. Elle dit d’un air satisfait :

« Tu vois gamin, il suffit d’être poli et tout va bien ! »

A peine avaient-ils fait quelques pas dans le couloir que la porte de la pièce qu’ils venaient de quitter s’ouvrit grand. La femme les regarda avec des yeux ronds avant de glapir d’une voix suraiguë :

« Des intruuuuuuuuuuuuuuuuus ! »

En quelques pas, Ambre se trouva en face de l’hystérique, qui cessa immédiatement d’hurler pour déglutir bruyamment.

« Qui-êtes-vous que venez-vous faire ici ? »

« Comment ?! On ne vous a pas informé de notre venue ? Mais je suis Althebiald d’Isterius et voici mon jeune page hmm… Arthur. Nous devons retrouver Monseigneur Pistrelinni ce matin mais comme nous sommes arrivé tôt nous voulions avant tout nous rendre à la bibliothèque afin de patienter, pardonnez mon intrusion grossière dans votre chambre »

C’était évidemment une histoire inventée de toute part qu’Ambre venait d’improviser, elle la termina par une révérence pour appuyer ses excuses.

« J’espère que je ne vous ai pas trop effrayée »

Visiblement, la femme était partagée, l’allure de ses interlocuteurs était étrange mais les originaux étaient courants parmi les mages et elle ne savait quoi penser. Heureusement, personne ne semblait avoir entendu ses cris. Elle reprit timidement :

« Veuillez excusez mon comportement, mais certains événements récents m’ont rendu nerveuse et votre brusque apparition dans ma chambre m’a alerté… »

« Ce n’est rien » dit la pirate en ajoutant un nouveau sourire. « Si vous le permettez, nous ne vous dérangerons pas plus longtemps… »



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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Jeu 22 Nov - 22:45

- Je pense que nous sommes au deuxième, peut-être troisième étage. Visiblement ici il n’y a que des bureaux et quelques chambres… Hmm les bibliothèques sont souvent en haut des tours ou elles occupent presqu’un étage entier, qu’en pense-tu ?

Il y avait un certain nombre de mots dans cette phrase qui demeuraient des notions bien vagues pour Zéphyr. Bellamy semblait parler aussi vite qu’il réfléchissait. Pourtant, c’est une réponse plutôt peu réfléchie qu’il se fit à lui-même :

- Bon, tu sais quoi ? Au lieu de perdre notre temps, demandons !

Zéphyr écarquilla les yeux devant cette proposition, inquiété par le large sourire qui s’étalait à présent sur les lèvres du jeune homme. Depuis leur rencontre, Bellamy avait l’allure d’un homme extrêmement prudent, comme s’il tentait à tous prix de faire oublier sa présence. Cette idée soudaine rompait avec son comportement jusqu’alors. Et demander à qui ?

Sur ces mots, Bellamy tourna les talons et se dirigea vers la chambre qu’ils venaient de quitter, par laquelle ils avaient pénétré dans le château. Zéphyr le regarda s’éloigner un moment avant de s’élancer vers lui sans bruit. Il était trop désemparé dans cet environnement étranger, et suivre l’homme aux yeux rouges était la seule option qui s’offrait à lui. Sa raison et son instinct, cette fois-ci, étaient tous les deux d’accord sur ce point.

Sans hésitation, Bellamy s’approcha de la couche de la femme endormie qu’ils avaient croisée en s’engouffrant dans la pièce. Zéphyr eut un sursaut d’effroi et dut retenir une exclamation lorsque brusquement, l’homme sortit un poignard aiguisé d’il ne savait quelle cachette. Allait-il vraiment l’étrangler ? Percevant son trouble, Bellamy se retourna et lui intima de demeurer silencieux, aussi Zéphyr se plaqua une main sur la bouche, les yeux rivés sur le poignard.
Pourtant Bellamy approcha l’arme de la gorge de l’endormie avec une délicatesse et une maitrise révélatrices de plusieurs années de pratique, sans même effleurer sa peau. Zéphyr ne comprit pas immédiatement que son projet n’était pas de tuer la jeune femme. Bellamy la secoua doucement et la femme entrouvrit les paupières.

- Excusez-moi madame, nous cherchons la bibliothèque, pourriez-vous nous renseigner ?

Zéphyr n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles. Comment Bellamy pouvait-il se montrer aussi calme et convenant alors qu’il dardait en ce moment-même un poignard contre la gorge de la pauvre fille ! C’était une attitude si décalée, si opposée à la logique toute naturelle du fé qu’il en restait sans voix. Bellamy espérait réellement que l’autre allait lui répondre simplement ? Zéphyr en doutait, aussi la réaction de la femme l’étonna tout autant que le comportement de son compagnon. Elle se contenta d’indiquer la direction à prendre, que Zéphyr ne comprit pas, d’un ton ensommeillé. Bellamy était resté totalement maître de lui, n’évoquant aucune menace. Il était doué, pour sûr.
Zéphyr demeurait complètement estomaqué par ce qui venait de se produire. L’homme l’entraina à l’extérieur sans un mot et lui dit en refermant la porte :

- Tu vois gamin, il suffit d’être poli et tout va bien !

Bellamy semblait à présent bien plus détendu et sûr de lui. Ce voile sombre qui durcissait les traits de son visage s’était estompé, comme s’il retrouvait une certaine aisance. Pourtant, comme pour pondérer cette assurance nouvelle, la porte qu’ils venaient de refermer s’ouvrit à la volée et la femme endormie, à présent parfaitement éveillée, alerta la garde en hurlant.
Zéphyr sentit les poils de sa nuque se hérisser sous l’effet de ce cri incroyablement strident. Il resta tétanisé, les yeux rivés sur la jeune femme qui ne cessait d’hurler, les yeux fermés et le corps raide. Bellamy pour sa part, ne se laissa pas démonter. Faisant face à la jeune femme, il la fixa sans ciller, ce qui eut pour effet de la calmer presque immédiatement.

- Qui-êtes-vous que venez-vous faire ici ? demanda-t-elle d’un air courroucé.

Cette fois, ils semblaient perdus. Néanmoins, une fois de plus Bellamy fit preuve d’une vivacité d’esprit étonnante, que Zéphyr n’aurait pu soupçonner.

- Comment ?! s’écria-t-il l’air faussement outré. On ne vous a pas informé de notre venue ? Mais je suis Althebiald d’Isterius et voici mon jeune page hmm… Arthur. Nous devons retrouver Monseigneur Pistrelinni ce matin mais comme nous sommes arrivé tôt nous voulions avant tout nous rendre à la bibliothèque afin de patienter, pardonnez mon intrusion grossière dans votre chambre.

Décidément, quel homme ce Bellamy ! Il brodait des mensonges aussi vite que Salomon jouait du violon. Où était-il allé chercher ces noms ? Et comment avait-il pu garder son sang-froid aussi adroitement sans laisser deviner le moindre embarras ? Son assurance ne laissait pas place au doute. L’espace d’un instant, Zéphyr lui-même aurait pu croire que son compagnon se nommait Althebiald d’Isterius.

Bellamy s’inclina en ajoutant :

- J’espère que je ne vous ai pas trop effrayée.

Le cœur de Zéphyr battait fort dans sa poitrine, il l’entendait même dans ses propres tympans. La femme allait-elle se laisser berner par ces balivernes ? Elle semblait perplexe, hésitante, un faible éclat de suspicion allumait encore son regard…

- Veuillez excusez mon comportement, mais certains événements récents m’ont rendu nerveuse et votre brusque apparition dans ma chambre m’a alerté…

Impossible ! Elle y croyait vraiment ?! Zéphyr faillit laisser libre court à son soulagement en s’exclamant, mais il se souvint que la retenue était privilégiée en de tels instants. Comme il était ardu pour un fadet de se contenir de la sorte ! Il vibrait à l’intérieur.

Tout en courtoisie, Bellamy prit congé de la jeune femme et encouragea Zéphyr à reprendre leur marche dans les couloirs du château. Aucun baume rouge n’empourprait les joues du jeune homme malgré son mensonge improvisé. Cela suffisait pour impressionner certainement le petit fadet. Comme s’il craignait que Zéphyr ne résiste plus à la tentation de s’exprimer, Bellamy le pressait jusqu’à la salle qu’il tentait de rejoindre, appuyant sur son dos pour le faire avancer. Un silence pesant les entourait. C’était un miracle que les hurlements de la femme n’ait alerté personne.

Ils débouchèrent finalement sur une grande porte de bois vernis que Bellamy ouvrit sans attendre. La pièce sur laquelle elle donnait était vaste et somptueuse. Mais aussi, dans leur cas, un peu décourageante. Car en effet, des milliers et des milliers d’ouvrages recouvraient les murs, entreposés sur de hautes étagères noires ou parfois entassés sur des tables ou sur le sol.

- Que cherche-t-on ? se risqua à demander Zéphyr.

- Une carte, répondit Bellamy en balayant de son regard écarlate l’ensemble de la pièce. Une carte qui mène à un trésor inestimable… Elle est sûrement d’un type ancien. Tu vas chercher de ce côté et moi de celui-là.

Zéphyr savait lire à présent, mais cela représentait toujours un effort important pour lui. L’entreprise de fouille – car il s’agissait bien de cela – s’avérait particulièrement fastidieuse. Par ailleurs, le fé n’était pas accoutumé à parcourir des livres, il repérait moins facilement que Bellamy les supports pouvant ou non dissimuler une carte au trésor. Heureusement, il avait déjà vu des cartes et il saurait en reconnaitre une s’il tombait dessus.

Ils poursuivirent leurs recherches des heures durant, dans le silence le plus complet. Soudain, Bellamy poussa un juron et balança un livre à terre. Il commençait à perdre patience. Zéphyr l’observa se masser l’arcade du bout des doigts, les traits tendus, puis porta son regard sur le livre retourné sur le plancher. Bellamy l’avait envoyé tout près d’un rayonnage discret et poussiéreux, en bas d’une étagère. Zéphyr descendit de l’échelle sur laquelle il était perché et s’approcha du petit rayonnage en désordre, se mettant à quatre pattes afin d’en être à la hauteur.

- Cela ne sert à rien, le dissuada Bellamy. Ce rayonnage ne parle que de magie, et nous cherchons une carte. Continue de chercher dans la section géographie s’il te plait.

Il avait l’air las et totalement découragé. Zéphyr le regarda un moment puis reporta son attention sur le rayonnage. De la magie… Cette chose si complexe et diverse dont le monde entier parlait. La magie ne semblait pas intéresser Bellamy. Vu l’ampleur de son pouvoir, c’était assez paradoxal…

- Tu as entendu ce que je t’ai dit ? reprit ce dernier, agacé.

Zéphyr s’apprêta à reculer jusqu’à ce qu’un parchemin en partie déroulé attire son attention. Il ne s’agissait que d’une suite de symboles très différents de l’écriture commune, pourtant ils semblaient attirer Zéphyr comme un insecte vers une lueur. C’était comme si ces symboles lui parlaient. De la magie, hein…

- James Bellamy, dit-il, il me semble que ce parche...

Mais avant qu’il n’ait pu finir sa phrase, la porte s’ouvrit brusquement et un garde, suivi par une petite troupe, se présenta dans l’encadrement.

- Pourrais-je savoir qui vous êtes ? dit-il brutalement en toisant Bellamy.

Avant qu’il ait pu répondre, une autre personne fit irruption dans la pièce. Il s’agissait de la jeune femme qui les avait surpris. Elle semblait avoir couru, d’après ses joues rosies et son souffle court.

- Messieurs, il s’agit d’une méprise, dit-elle avec un sourire nerveux. Ce monsieur n’est autre qu’Asthebiald d’Isterius et son jeune page Arthur. Ils sont tous deux des invités de marque.

Le garde regarda Bellamy en plissant les yeux. Ce dernier demeurait impassible. Zéphyr, quant à lui, hochait mécaniquement la tête en signe d’approbation.

- Très bien…. consentit le garde. Toutes mes excuses.

Il s’apprêtait à refermer la porte et Zéphyr, soulagé d’avance de leur liberté retrouvée, se tourna à nouveau en direction du rayonnage. C’est à ce moment-là, sans doute, que le garde remarqua l’oreille en pointe dépassant de son épaisse chevelure dorée. Il ne mit pas longtemps à faire le rapprochement entre la disparition du fadet et l’enfant aux oreilles fériques qu’il avait devant lui.
Bellamy avait aussitôt remarqué son regard, et il s’écria en se levant :

- Zéphyr !

Le fadet se retourna vers lui et entendit seulement de la part du garde :

- C’est eux ! Saisissez-les !

Il ajouta gravement :

- C’en est fait de toi, Prince des Pirates ! Nous t’avons découvert et nous ne te laisserons pas t’enfuir !

Bellamy regarda par une fenêtre et Zéphyr devina immédiatement son projet.

- Non ! Tu ne peux pas refaire appel à ta magie ! Tu l’as trop employé la dernière fois, tu es encore trop faible !

Le jeune homme le fixa d’un air perplexe. Puis il retourna brutalement une table qu’il lança à l’encontre des deux gardes qui s’avançaient vers lui. Ordonnant à Zéphyr de fuir par la porte du fond, il fit tomber des étagères et des chaises afin de les retarder et rejoignit le fadet en refermant la porte. Ils avaient débouché sur une sorte de salle d’étude.

- Cours, cours ! lançait Bellamy derrière lui.

Ils parcoururent ainsi des dizaines de pièces, n’empruntant que des portes qu’ils refermaient afin de retarder encore leurs poursuivants. Zéphyr était de plus en plus essoufflé. Heureusement, leur course folle prit fin, lorsque Bellamy attrapa Zéphyr d’un bras et bifurqua dans un couloir jusqu’à déboucher sur une grande salle de bain. Ils reprirent leur souffle tous les deux, le corps tordu par l’effort. Zéphyr s’effondra sur le sol, adossé contre une baignoire. Bellamy poussa un nouveau juron. Il enrageait d’avoir été interrompu lors de ses recherches. Contrairement à Zéphyr, son soulagement d’être hors de portée ne suffisait pas à le combler.

- Nous pouvons dire adieu à cette carte, pesta sourdement Bellamy.

Zéphyr resta silencieux, il pensait à la façon dont le garde avait appelé James Bellamy. Prince des Pirates... Puis il dit simplement, dévoilant le parchemin abîmé qu’il avait pris soin d’emporter :

- Est-ce que ceci pourrait nous être utile ?

Le fadet ne savait pas ce qu’était ce papier. Il ne savait pas s’il aurait une quelconque utilité dans la quête de son compagnon. A vrai dire, sa raison en aurait bien douté. Mais son instinct, lui, lui criait de se fier à ce parchemin écorné. Son instinct lui disait que ce parchemin était bien plus que ce dont il avait l’air. Et il faut savoir que l’instinct des fés, bien plus que leur raison, est particulièrement sensible à toute forme de magie.



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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Mer 28 Nov - 21:35

Au bout de quelques moments d’errance dans les couloirs, ils parvinrent à ce que la jeune femme avait indiqué être la porte de la bibliothèque. Sans attendre plus longtemps, Ambre poussa la porte et retint un « oh ! » de surprise. C’était bel et bien la bibliothèque, mais elle était… beaucoup plus fournie qu’escomptée… Comment pourrait-elle trouver une carte précise là-dedans ?! Il devait y en avoir des milliers !! Néanmoins elle ne laissa pas son désespoir envahir son calme apparent et elle répondit simplement à Zéphyr. Au moins ils seraient deux pour chercher…

Ils se mirent à fouiller dans les étagères, Ambre commençant par le haut car elle pouvait plus facilement l’atteindre. Il n’y avait que des ouvrages de magie grotesques, remplis de formules, de recettes, et d’autres enchantements supposés fonctionner. Elle n’appréciait définitivement pas la magie civilisée. Elle trouvait extrêmement prétentieux le fait que l’homme décide de lui-même qu’il contrôlait la nature. De plus ce type de magie n’était que théorique, donc rarement vérifié et pourtant on le vénérait comme un dieu qui apporterait la réponse évidente à toute chose. Se voir dicter son destin et ses possibilités par un vieux mage débile incapable de s’occuper de lui-même était quelque peu agaçant et Ambre avait donc classé sous le terme « magie » du sens commun toute cet agacement accumulé au cours des ans. Elle n’avait jamais réellement entendu parler de l’autre type de magie, pour elle ce n’était que des légendes, qu’elle voulait bien croire avec preuves, mais dont l’importance était trop moindre pour qu’elle y prête attention. Non… La vraie magie, c’était de pouvoir faire ce qu’elle voulait, quand elle voulait.
Alors qu’elle s’apprêtait à répondre à une question de Zéphyr sur un parchemin, la porte s’ouvrit violemment. Un garde entra, et Ambre put apercevoir derrière lui la femme qu’elle avait réveillé. Elle eut vaguement l’espoir que cette dernière parvienne à l’arrêter mais non. Au dernier moment le garde eut un regard étrange… Elle n’aimait pas ça… Pas du tout ! Elle eut juste le temps de prévenir Zéphyr, au cas où il aurait l’occasion de s’échapper, mais elle ne se présenta pas, pas tout de suite en tous cas.

Ambre passait en revue l’ensemble des solutions possibles, son regard s’attarda sur la fenêtre… Elle avait pu une fois, pourquoi pas deux ? Mais le fé dut comprendre sa pensée car il lui s’empressa de lui dire que ce n’était pas possible. Dommage, mais il faudrait décidemment qu’il lui explique quelques choses sur ce sujet ! Elle ne savait même pas si c’était ce qu’on appelait de la magie, après tout elle n’avait prononcé aucune formule ! Oh bien sûr elle avait entendu parler de l’existence de créatures magiques légendaires, d’ailleurs visiblement, elle se promenait en compagnie de l’une d’elle (quoiqu’on ne pouvait évidemment pas parler réellement de « créature »), mais elle était forcément humaine, comme son père et ses frères…

Néanmoins, elle ne prit pas plus de temps pour y réfléchir sur le moment. Prince des Pirates ? Alors elle ne s’était pas trompé le vieil homme qui l’avait conduite ici l’avait bien reconnu ! Il lui avait semblé un peu bizarre vers la fin du voyage, un peu nerveux, elle comprenait mieux pourquoi maintenant ! A peine arrivé à terre, il avait dû prévenir les gardes de son arrivée. Il faudrait qu’elle apprenne à faire plus attention, elle savait pourtant pertinemment que son allure n’était pas très discrète (elle avait beau critiquer Andrew là-dessus au final, elle ne passait pas beaucoup inaperçue, mais au moins elle avait une excuse, sa couleur de cheveux était naturellement bizarre, ce n’était pas une histoire d’élégance ou quoi que ce soit…)

En tous cas c’était trop tard. Restant calme d’apparence, elle se mit à réfléchir toute vitesse, cherchant une solution. Comme d’habitude elle fit la première chose qui lui passa par la tête et poussant violemment la table qui se trouvait devant elle, elle se fraya un passage vers la porte du fond, intimant à Zéphyr de l’emprunter aussi. Une fois hors de portée, ils s’arrêtèrent, à bout de souffle, dans ce qui ressemblait à une salle d’eau. Encore raté !


« Nous pouvons dire adieu à cette carte ! »

Elle le pensait sincèrement, il était trop tard pour essayer de la retrouver, elle était venue pour rien. Le fadet lui tendit alors une carte, l’air interrogateur.
Sans trop y croire, Ambre attrapa le parchemin et se mit à le parcourir des yeux, qui s’agrandissait au fur et à mesure qu’elle lisait, ou plutôt qu’elle regardait… La suite de symbole griffonnée dessus était absolument incompréhensible à la première approche, mais certains se répétaient, ce qui signifiait qu’ils devaient former une sorte de code. Mais surtout, et c’était le plus intéressant, un lion à tête d’aigle était dessiné sur le coin droit du document… Le symbole des Alakim, elle ne s’était pas trompée ! Ou plutôt, Zéphyr ne s’était pas trompé ! Elle se tourna vers lui, un air toujours aussi stupéfait sur les traits.


« Comment as-tu fait pour trouver ça ?! … Non d’ailleurs j’ai pleins de questions, sur la chute ? Comment ça marche, tu m’as dit que je ne pouvais pas recommencer ? Et comment est-ce que j’ai fait ? »

Elle commençait à s’agiter, toutes les idées qui lui étaient venues en tête se bousculaient désormais dedans et elle ne savait pas par où commencer. Comment allait-elle déchiffrer ces symboles ?! Une autre idée…

« Dis-moi… Comprendrais-tu par hasard les symboles sur cette carte ? »

Elle s’interrompit, le fé avait l’air un peu perdu.

« Ne me regarde pas comme ça, c’est vrai que j’ai posé beaucoup de questions d’un coup, mais je te laisse le temps de répondre. Pour une réponse donnée, tu as le droit à une question si tu en as. Mais avant, laisse-moi t’en dire un peu plus sur cette carte. Je n’en sais pas grand-chose, je sais qu’elle appartenait à la famille des Alakim, une ancienne famille d’Yla au temps où les hommes y habitaient encore. Ils avaient cependant des maisons un peu partout au Pays d’Or je crois. Leur symbole était, comme tu le vois ici, un lion à tête d’aigle. Ils étaient très riches et surtout, ils possédaient beaucoup d’objets très rares, dont certains que je trouve très intéressants… A la Grande Guerre, ils ont tous été massacrés par la Adhbreith, à peine après avoir eu le temps de cacher leurs richesses, je te laisse maintenant deviner où mène la carte… »

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MessageSujet: Re: Pour une banale histoire de porte... (pv Zephyr) - Terminé -   Jeu 18 Avr - 16:49


Alakim, Adhbreith, la grande guerre… Les mots dansaient furieusement dans l’esprit de Zéphyr. Avec Salomon, c’était plus facile. Il lui expliquait chaque chose l’une après l’autre, avec des dessins et des métaphores. Ce Bellamy, il était trop échauffé. Zéphyr ne comprenait pas la raison de cette fébrilité. Un éclat singulier allumait le regard de l’homme aux yeux rouges. Toute cette agitation pour des objets rares ? Déjà que Zéphyr avait du mal à comprendre l’intérêt des objets en général…

Il reporta son attention sur la vieille carte élimée qu’il tenait entre ses mains. Tout cela était si bizarre… Il ne savait pas lire ce dialecte, pas plus qu’il ne comprenait la signification des symboles qui le composait. Pourtant il sentait que ce parchemin voulait lui dire quelque chose, lui transmettre un message. C’était comme s’il entendait un écho au loin, un cri se fondant dans la mélodie du vent. Le message lui parvenait très faiblement, presque inconsciemment. Mais comment l’interpréter ?

Par ailleurs, Zéphyr voulait comprendre. C’en était assez. Il était contraint de vivre en ce monde sans jamais rien comprendre de ce qu’il s’y passait. Ce n’était pas lui, à la fin, qui avait choisi d’être là ! Des questions, il en avait. Et c’était la première fois qu’on lui proposait de les dire. Il se releva avec détermination et se planta devant son compagnon.

- Très bien, James Bellamy. J’ai du mal à me souvenir de toutes tes questions, tu en poses trop et trop vite. Si tu veux savoir comment tu as fait, demande à quelqu'un de ton espèce ! Moi je suis un fé. Le vent est mon ami mais je ne le contrôle pas. Ta question est bien bête ! Quant à la seconde, elle est pire encore ! Utiliser autant de magie après avoir user d’une telle dose… Enfin, James Bellamy, réfléchis !

Il tapota son crâne du doigt d’un geste agacé. Son assurance férique reprenait de l’envergure. Etonnamment, Bellamy semblait si dépassé par ses paroles qu’il ne réagissait pas. Zéphyr reprit son souffle brusquement puis jeta un regard concentré à la carte.

- Et pour cette carte… Tout d’abord, ce n’est pas une carte. C’est… C’est comme une sorte de code… Je ne comprends pas ces symboles, je…

Les inscriptions qu’il ne cessait de fixer commençaient presque à l’hypnotiser. Elles semblaient non seulement l’attirer du regard mais lui parler, entrer dans sa tête et résonner contre les parois de son crâne. Il ne comprenait pas mais ressentait quelque chose d’inédit, d’incroyable, qui grandissait en lui et remplissait tout son être. Les symboles disaient sans parler, révélaient sans montrer. Ils s’adressaient non au savoir du fadet, mais à son instinct, sa magie primitive qui circulait en lui comme le sang dans les veines. Raidi par ces sensations extraordinaires, Zéphyr énonça mécaniquement ce qu’il avait l’impression de devoir dire, même sans comprendre pourquoi.

- Dans une cité d’or, jadis semblable au Soleil.
Se terre l’ultime trésor, aux mille et une merveilles.
La cité est tombée, la richesse demeure.
L’homme brave saura chercher, évitera les leurres.
Car vestiges du passé, à jamais reviendront.
Pour ceux qui ont la clé, de ce pouvoir sans nom.

Le parchemin s’échappa des doigts raides du petit fé, et tomba lentement sur le sol, comme une feuille morte. Zéphyr n’avait rien compris, ni de ce qui venait de se passer, ni de ce qu’il avait dit. Les mots étaient sortis de sa bouche sans qu’il ait le temps de les penser.

- Qu’est-ce que c’est… souffla-t-il, complètement confus.

Bellamy le regardait, un vague sourire aux lèvres, le regard enflammé.

- C’est un cap.





FIN



_________________




Zéphyr, jeune fé condamné au monde des hommes
par un sortilège ayant volé son nom...




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