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 Chez les bandits [Pv : Sophs]

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Nuit d'Automne

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Date d'inscription : 08/05/2012
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MessageSujet: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Lun 21 Mai - 19:52

La nuit se lève dans le Comté de Mortelune. L’ambiance est glauque lorsque le soleil disparait derrière l’horizon sur ces terres grises dont la morosité n’a d’égale que celle qui règne dans le coeur de Nuit. La journée est à classer dans celle des désastres suprêmes comme rarement s’en sont produits.

Tout avait pourtant bien débuté dans cette petite ville. La demoiselle était dans une forme éblouissante, se permettant en conséquence des prouesses supérieures encore à son habitude. Tous ses muscles étaient sollicités à chaque instant afin d’assurer son équilibre précaire mais jamais vacillant. Elle avait entendu les souffles se suspendre tous dans un même instant, elle avait vibré sous les exclamations de surprise ou d’incrédulité. Pourtant plus que toute cette foule, c’était l’excitation pure qui courait dans ses veines qui réveillait chacune de ses fibres et lui donnait l’impression d’être plus vivante que jamais.

Elle avait senti le défaut dans le sol au moment où elle y posait sa main. Instantanément, son bassin s’était déplacé pour compenser l’équilibre, mais la dalle s’avérait en réalité plus bancale encore qu’elle ne l’avait cru. Ce soudain changement de position avait fait basculer la pierre taillée, emportant avec elle tout le corps de la saltimbanque. Surprise, et probablement un peu trop confiante, elle n’avait pas eu le temps de se préparer au choc. Son épaule avait violemment percuté le sol, envahissant immédiatement la demoiselle d’une douleur lancinante. Déboitée peut être, probablement pas cassée.

Elle en était à ce point de ses réflexions sur la question quand un petit être plus méchant que les autres lui lança une pierre. La plaisanterie aurait pu s’arrêter là, n’eut été l’humeur exécrable des habitants de ce lieu lorsque les conditions n’allaient pas en leur sens. Dans les instants qui suivirent, les sifflets de haine s’élevèrent, suivis immédiatement de nouveaux projectiles, lesquels n’atteignaient heureusement pas souvent leur cible. Le mécontentement pourtant enflait.

Nuit rassembla d’un geste rapide ses maigres affaires avant de se glisser dans une ruelle qu’elle avait laissé comme échappatoire derrière elle. Elle se méfiait des foules et prenait garde de toujours pouvoir en fuir aisément. Sa course désordonnée lui permit de gagner les limites de la bourgade. Personne n’avait pris la peine de la poursuivre, l’incident déjà oublié dans les mémoires des badauds, ce qui lui sauva probablement la mise tant la douleur qui broyait son épaule anéantissait sa grâce et son agilité habituelles.

Ralentissant pour reprendre un souffle qui jamais habituellement ne lui aurait manqué, elle prit un pas cadencé pour s’éloigner au plus vite de ce lieu d’infamie. Le soleil achevait sa course et bientôt elle serait dans l’obscurité, ce qui lui convenait d’autant mieux qu’elle avait peur qu’un curieux ne tente de s’approcher d’elle. Ce n’est qu’en se tournant vers Pims qu’elle s’aperçut que sa vue était brouillée d’une substance poisseuse, laquelle s’écoulait de son front. Un lanceur un peu plus adroit que ses compatriotes probablement. Prenant le temps d’une inspection rapide, elle avisa alors que son corps était constellé de taches bleues, lesquelles suintaient parfois légèrement.

Une bien mauvaise journée en définitive. Nuit soupire profondément. Elle n’a pas encore pris le temps de s’arrêter pour nettoyer ses plaies, elle veut mettre d’abord le plus de distance possible entre cette ville et elle. Pims la porte de son affection, lui transmettant calme et sérénité, sans parvenir pourtant à cacher l’inquiétude qui ronge la petite bête. Il a tenté un peu plus tôt de s’approcher de l’épaule blessée, arrachant un cri de souffrance à la demoiselle. Depuis, il s’est logé sur l’autre, enroulant sa queue autour de sa taille ainsi qu’il aime à le faire. Sa tête de petit reptile repose contre la gorge de la demoiselle, l’apaisant un peu, mais la haine bout toujours dans ses veines. Elle aurait pu en tuer plusieurs avant de fuir. Aucun n’aurait su lui résister parmi ces imbéciles, pourtant, elle n’aimait pas ôter la vie pour la simple bêtise. La méchanceté, peut être, en valait la peine, mais les effets pervers d’une foule ne lui aurait pas permis de déterminer les vrais fautifs. Alors elle avait fui. Maigre consolation.

Le paysage gris n’arrange pas son humeur. Elle décide finalement de s’arrêter près d’un bosquet de chênes. Il est temps de jeter un oeil à son état. Un tissu quelconque imbibé de l’eau de sa gourde s'appose sur ses plaies, lui tirant des gémissements plaintifs qu’elle sait pourtant nécessaire.

L’heure n’est sans nul doute pas à l’apitoiement.
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Sophs Crotale

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Mar 22 Mai - 12:50

Un collier de perles. Maigre. Pas très long, tellement peu qu’on pourrait croire qu’il s’agissait d’un bracelet. La flamme d’une torche ondulait dans ses blancheurs bombées, alors que la pointe d’une lame la maintenait en l’air.
L’œil sceptique du Crotale restait planté sur l’objet. Assis par terre, le dos contre le tronc d’un arbre, une jambe grossièrement dépliée, l’autre soutenant son bras qui tenait l’épée, le visage se penchant sur le côté dans un signe de définitif questionnement, l’homme restait muet comme a son habitude.
Ce collier, c’était globalement la seule chose que la troupe de bandit avait réussit à dénicher ce jour ci. Sophs, aucunement présent lors de l’attaque qui leur valut ce bijoux (il était probablement étendu sur l’herbe en train de mâchouiller un bout de saucisson) n’en avait vu que ses hommes, revenir au camps, émerveillés, brandissant l’objet comme un trophée. Il s’était relevé alors, légèrement, et leur avait demandé, avec ses sourcils, pourquoi ils faisaient un boucan pareil pour un malheureux bout de ficelle. Ses hommes s’étaient exclamés qu’ils auraient pu le vendre cher.
Malgré cela, Sophs restait éperdu de doutes en cette soirée. Mieux valait, selon lui, viser les carrioles d’agriculteurs, transportant des vivres, que de se perdre dans des considérations de valeur stupides. En cela, l’avis du chef de la troupe différait de l’avis de son prédécesseur, Gelden, et c’était bien une des seules choses qui l’opposait à lui.
Pour Sophs, la priorité se concentrait dans la nourriture et la boisson. Rien d’autre ne l’intéressait. Tout bonnement parce que, sans en avoir vraiment conscience, le Crotale ne trouvait aucune richesse dans l’or.
Certes, beaucoup de ses guerriers argumentaient qu’ils auraient pu acheter énormément d’aliments avec ces choses de « valeur ». Mais cela ne convainquait pas Sophs, pour lui, un vrai brigand n’est pas un marchand, même si bien des marchands le sont, réciproquement. Lorsque l’on fait du tord à la société, selon sa logique, il ne faut pas chercher à lui mentir en troquant les tords qu’on lui fait contre des biens. Assumons-nous, dit-il parfois, ils veulent qu’on crève et ils ont raison vu ce qu’on leur fait, alors exprimons la vérité sur nous, pour qu’ils puissent nous tuer, c’est lâche de faire le contraire.
Mais ses hommes ne comprenaient jamais vraiment où il voulait en venir. Après tout, eux étaient bandits pour l’or.

D’un geste du poignet, Sophs envoya valser le collier au milieu du trésor, caché dans un trou creusé derrière de larges racines, et soupira. Voilà quelques jours qu’ils s’étaient postés à côté de ce sentier. Pas beaucoup de gens à détrousser, aucun convoi, presque rien. De plus, des gardes passaient souvent, et leur campement ne s’avérait pas être tellement à l’abris des regards, près de ce bosquet.
Pas génial comme endroit, songeait le brigand, il faudrait en changer bientôt.
Suite à cela, le chef de la troupe ferma les yeux, et se laissa transporter dans unes de ses musiques imaginaires, profitant du silence de la nuit qui venait de tomber. Les notes se dessinaient peu à peu dans un rythme structuré. De l’index, Sophs battait discrètement la pulsation contre sa cuisse. Il sourit.

- Crotale !

Les yeux tueurs s’ouvrirent brutalement.

- Et merde, putain.

Soupira-t-il. Ses dents se crispèrent, il ne prit pas la peine de chercher à se souvenir du thème musical. Sifflant de rage, il hissa lourdement son corps pour finir debout, rengaina brutalement son arme, et marcha vers le bruit qui venait de l’appeler. S’il y a bien une chose sur laquelle Sophs ne pourra jamais se tromper, c’est précisément la nature et l’origine d’une sonorité dérangeante. Dès qu’un bruit perturbait le monde, il savait avec précision d’où il venait. Ainsi, il marcha à travers le bosquet, sans hésiter.

- Crotale ! Viens y’a un problème !

Comme a son habitude, Sophs ne montra pas qu’il avait entendu l’appel, ne répondant pas, il se contenta de continuer à avancer silencieusement, d’une humeur relativement destructrice. D’une main crasseuse, il déplaça une branche gênante, et fut enfin arrivé.
Trois de ses hommes : Rassen, Beg et Sang-blanc, encadraient une curieuse jeune femme à la chevelure rousse, portant un mystérieux serpent-lézard sur l’épaule. Rassen s’apprêtait visiblement à lancer un nouvel appel lorsqu’il aperçut Sophs, il se rattrapa alors :

- Oh ! Crotale te voilà ! Cette fille est un souci !

Sans bouger ni parler, l’air profondément meurtrier alors qu’il se tenait non loin d’eux, le chef attendit qu’on lui donne davantage d’explications. C’est Beg qui intervint, un humain massif, muni d’une voix puissante.

- Elle ne coopère pas, et elle était déjà blessée quand nous l’avons trouvé. On peut pas frapper un blessé.

- Moi je ne vois pas vraiment le problème.


Grinça Sang-blanc de son air malfaisant. Il pointait la lame de sa dague vers la gorge de la jeune femme, et la faisait tourner, menaçant. La lueur dans ses yeux de hyène, connotait d’une évidente pulsion sexuelle et criminelle. Il continua :

- Une femelle ne sait pas se défendre de toutes façons, autant profiter des richesses qu’elle peut nous apporter.

Rassen, qui connaissait bien Sophs, considéra à tour de rôle le chef et Sang-blanc, comme si ce qui venait d’être dit mettait en péril la sérénité des lieux, et la vie de celui qui avait parlé ainsi. Sang-blanc, nouveau venu dans la troupe depuis quelques semaines, ne vivait pas encore selon les mêmes règles qu’eux.

Mais le Crotale, en partie dissimulé dans la nuit, ne réagit pas. Il laissa la discussion continuer, ses yeux noirs dans ceux de la femme de feu.
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Nuit d'Automne

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Ven 25 Mai - 12:08

La douleur l’empêche de se concentrer pleinement sur ses plaies. Son épaule la lance terriblement, et elle sait qu’il lui faut des soins qu’elle n’est pas en mesure de se procurer pour l’instant. Plus tard peut être, quand elle aura nettoyé le reste, elle tentera de faire quelque chose, mais pour l’heure, elle n’en a pas le cran.

Elle en est à cet instant de ses réflexions lorsque Pims lui transmet une alerte qui peine à traverser les couches de souffrance qui embrume son esprit. Alors qu’elle réagit enfin, elle sent les trois présences qui l’ont rejointe dans son maigre abri. Tentant de se retourner avec vivacité vers eux, elle ne parvient qu’à difficilement leur faire face en étouffant un grognement blessé. Sa main valide s’est rapproché de ses piques à cheveux, armes véritables, mais arrête sa course en dévisageant les solides carcasses qui lui font face. Elle n’aurait aucune chance.

Certes le petit teigneux à la face de rat ne lui poserait guère de souci, mais le géant armé d’une masse probablement plus lourde qu’elle est à lui seul dissuasif. Quant au troisième, banal par ses traits et son allure, il dégage pourtant une force tranquille qui ne lui donne aucune envie de lancer le combat. Pas dans son état qui plus est. Alors elle attend, afin de savoir ce qu’ils lui veulent.

C’est le rat qui prend la parole, semblant s’être intronisé chef du petit rassemblement. D’une voix qui suinte l’envie et la méchanceté, il s’exclame :

« Donne nous tout ce que t’as et on te laissera peut être la vie sauve. »

Nuit jette un regard dédaigneux à son interlocuteur jetant un oeil aux deux autres qui ne semblent pas esquisser un geste pour confirmer ni infirmer ses dires. Ils la détaillent sans dire un mot, le regard du géant s’attardant sur l’épaule qu’elle tient particulièrement basse. Elle n’aime pas avoir à s’exprimer, mais ne voit pas vraiment ce qu’elle pourrait faire d’autres dans telle situation. Elle se sait capable d’esquiver une attaque de cet imbécile, mais n’aimerait en rien se voir les deux autres sur le dos. Sa voix s’élève alors, éraillée. Les mots qu’elle prononce sont simples, on sent qu’elle manque d’habitude, comme si elle ne parlait plus. Plus depuis longtemps.

« Partez. Je n’ai rien pour vous. »

Sur le visage des deux plus grands une moue contrariée se dessine légèrement tandis que le petit teigneux s’emporte, réveillant instantanément tous les réflexes défensifs de la demoiselle. Ses muscles se tendent soudain, prêts à réagir à la moindre menace. Blessée peut être, mais elle ne se laisserait pas tomber si facilement. Si elle devait en arriver là, elle défendrait chèrement sa peau avant de rendre les armes. Fichue fierté.

« Je vais te saigner sale garce ! »

Il fait un pas en avant vers elle, figé par ce qui doit être son nom prononcé dans un claquement sonore par le géant. La protestation que le rat tente de prononcer meurt dans sa gorge sous le regard luisant de l’homme, à moins que ce ne soit la vue de sa masse d’arme qui le calme, ce sur quoi Nuit le rejoint volontiers.

Le troisième homme alors élève la voix, appelant un serpent. Méfiante, Nuit les observe sans mot dire. Pims sur son épaule tremble intérieurement d’une peur à laquelle elle tente de faire barrage, refusant de se laisser contaminer par cette terrible ennemie. Toute sa détermination est engagée dans cette bataille qu’elle livre désormais contre elle-même. Elle refuse de quitter longtemps des yeux le petit agité, consciente qu’il est pour l’instant sa plus grande source de danger. Pour une raison qu’elle ignore, les deux autres ne se montrent pas agressifs alors même qu’ils doivent également s’avérer être des bandits, mais ce mystère sera pour plus tard. Elle y réfléchira une fois sortie de ce pétrin.

L’homme réitère son appel, s’acharnant à désirer la venue d’un « crotale ». Nuit a entendu parler lors de sa formation de tels serpents, ce qui n’est pas pour lui donner envie de rencontrer celui-ci, impression confirmée lorsqu’un homme à la chevelure de ciel orageux fait son apparition entre deux arbres. Ce n’est pas que sa chevelure qui semble d’ailleurs soumise au maelström des éléments, ainsi qu’en témoignent les deux puits sans fond agités d’émotions qui lui donnent immédiatement envie de disparaître à des lieues de là. Les hommes soulèvent un problème qu’elle n’entend pas, prise sous le feu de cette puissante inquisition. Son visage demeure impassible tandis qu’il écoute - le fait-il vraiment ? - l’exposé de la situation dépeint par ses camarades.

La demoiselle n’en à que faire. Biche fascinée par le loup qui s’approche, elle demeure immobile figée, malgré tous les signaux d’alarme que Pims tente de déclencher en elle. Si la mort a un visage, elle pense l’avoir découvert, tant l’effroi qu’il crée pour elle est grand. Il n’a pas une attitude menaçante, du moins dans ce qui est visible hors de l’ombre dans laquelle il se pare, mais elle ne donnerait pas cher de sa façade de marbre s’il esquissait le moindre geste dans sa direction. Elle se sent au bord des larmes, tant le mal semble s’être apposé sur la scène.

Son instinct pourtant la réveille au moment où l’affreux petit rongeur agite sa lame près de sa gorge. Elle arrache avec difficulté son regard à celui du serpent pour cracher dans la direction de son agresseur d’un instinct purement reptilien. Son visage se déforme sous la grimace mauvaise qui l’anime tandis que Pims l’encourage de son agressivité latente. Dans le même geste, son bras valide agrippe sa besace, l’enlève de son épaule pour l’envoyer à la figure de l’homme avec haine et dédain.

« Tu la voulais, la voilà ! »

Immédiatement, elle s’est replacée en position défensive sans pourtant montrer aucune hostilité aux autres. C’est sur cet imbécile tout entier qu’est dirigé son courroux. Même s’il s’amuse à ouvrir la besace, il n’y trouvera que vêtements de femme, une outre d’eau et quelques objets colorés de saltimbanque. S’il a du temps à perdre...

Son épaule la lance terriblement. Elle a mal, mais serre les dents, attendant les représailles qui ne sauraient tarder.
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Sophs Crotale

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Jeu 7 Juin - 12:09

La jeune femme émit un bruit étrange, semblable à un cri de reptile, face à Sang-blanc. Se dernier, surpris et sans doute intimidé, recula brusquement, pour se recevoir le sac de la demoiselle en pleine figure. Il en tomba, fesses au sol.
Rassen sourit, il semblait s’en amuser, ou bien se dire que cela n’était que justice. Sophs, quant à lui, ne changea pas d’expression, il considéra du coin de l’œil le bandit à terre, un mélange de mépris et de haine dans les pupilles : Comme toujours.
Furieux, Sang-blanc se releva d’un bond, la colère lui déformait davantage le visage, le colorant de rouge. Le rendant réellement hideux. Il sortait de ses gonds, parce qu’il avait honte, songea le Crotale : Seuls les gens dont la fierté est un peu trop grande peuvent s’énerver aussi ridiculement. Gardant sa dague pointée vers la femme, le colérique se mit à hurler :

- Chienne ! Salope !

Les yeux fixés sur celle qu’il insultait, la voix prononçant davantage de jurons, il envoya valser la besace d’un seul geste. Cette dernière roula, répandant un peu de son contenu dans l’herbe humide. Et ce furent les mains de Rassen qui, respectueusement, la soulevèrent, rassemblant les affaire éparpillées. Pendant ce temps, Sang-blanc se rapprochait dangereusement de la femme.

- Sale garce ! Je vais t’éventrer ! Moi qui voulait m’assouvir en toi, je crois plutôt que tes putains d’entrailles ne vont servir que de repas pour les piafs, pétasse !

Il souleva son bras, prêt à porter un coup de poignard. C’est à ce moment que Beg intervint. Le colosse s’interposa entre les deux adversaires, et, sans prendre la peine de retenir le bras de Sang-blanc, se contenta de tonner d’une voix calme :

- Ça suffit. Comporte toi en homme.

Le concerné changea d’expression en quelques secondes. Cela débuta par une colère encore plus profonde, d’incompréhension et de déception, sans doute, qui le tenta à porter le coup au géant, s’en suivit la réflexion, la compréhension, puis la résignation, abaissant son arme, et soufflant une insulte de plus entre ses dents.
Au même moment, Rassen, accroupit pour fouiller la besace, se releva. Il se tourna vers la silhouette inquiétante de Sophs, et lui révéla :

- Elle n’a aucun objet de valeur, pas de nourriture, juste un peu d’eau. Rien d’intéressant.

- C’est une pute.

Affirma Sang-blanc en se retournant, comme s’il boudait. Effectivement, à cet instant le brigand avait tout d’un môme gâté dont les parents lui refusaient de jouer pour la première fois. Le Crotale, épuisé de tout ce bruit, semblait secoué de pulsions meurtrières, encore davantage. L’on voyait en ses yeux, à quel point il était exténué. Et c’est par un soupir qu’il émit, que tout le monde se retourna vers lui, remarquant sa lassitude, et faisant aussitôt silence, et déglutissant, pris de peur.
La main serrant son fourreau, Sophs s’approcha à pas lents de la femme de feu. La lumière des torches creusaient ses cernes, et faisait luire son regard tueur, alors qu’il ouvrit enfin la bouche.
C’est une voix grave, cassée, détruite, qui sortit de sa gorge, en une poignée d’instants.

- Jusqu’à nouvel ordre, elle est notre prisonnière. Amenez la au camp.

Le commandement était donné, personne parmi les bandits ne le remit en cause. Sang-blanc commença à pouffer, puis à ricaner, pour au final éclater d’un rire malsain, alors que Sophs se retournait pour marcher vers le campement. Le petit bonhomme à la dague, encore plus excité qu’avant, semblait ravi de la décision du meneur, annonçant tout haut que la jeune femme « allait prendre ce qu’elle méritait » durant son séjour, qu’elle allait « regretter ce qu’elle avait fait » mais aussi « regretter d’être venue ici » voir « regretter d’être née ». Rassen porta, sans mot dire, les affaires de la femme, alors que Beg soutint et escorta cette dernière, demandant d’une voix forte à celui qui s’éloignait :

- Crotale ? Dans quelle tente on la loge ?

Un ange passa, le silence, pesant, se renforça du hurlement des brises, le long des landes. Par dessus son épaule, Sophs répondit :

- La mienne.

D’une voix claire, sans doute possible, alors que le vent aurait du emporter ses mots. Tout le monde les avaient entendus, et c’est Sang-blanc qui s’en amusait encore, davantage :

- Tu veux la garder pour toi c’est ça ? Ha ha ha ! Sophs tu es un malin toi ! Ha ha ha !


Pas de réponse. Ils marchèrent, longeant le bosquet, sans en dire plus.
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Nuit d'Automne

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 17 Juin - 22:56

La haine suinte désormais chaque pore de sa peau d’une animosité accentuée plus encore par la chute qu’il a effectué. Nuit a désormais définitivement froissé son égo, et la surprise, voire la peur qu’il a laissé échapper dans sa chute, le regard perdu qu’elle a saisi n’est qu’une raison de plus pour lui de la vouer aux gémonies alors même qu’il est le seul pourtant à mériter tout le mépris. Il est lâche et perfide, la salamandre le hait déjà de toute la force de son petit coeur, bien décidée à la moindre occasion propice à lui planter une lame dans la gorge jusqu’à sentir son souffle mourir sur ses doigts. Elle n’est pas belliqueuse au fond, mais ses rancunes sont aisées et tenaces.

Pour l’heure, elle le défie de toute la force de son regard. Les menaces glissent sur elles, creuses et bien ridicules. Qu’il tente de la tuer, elle l’emportera avec elle dans les tréfonds de la souffrance, jusqu’aux affres maudites de la folie et de l’inconscience. Des instincts immémoriaux se sont réveillés, qui pulsent violemment dans chaque fibre de son être. La haine à l’état pur...

Douchée immédiatement par le rappel soudain de l’existence du Crotale. Le géant a arrêté l’imbécile en s’interposant, donnant l’occasion au troisième compère de faire état des maigres possessions de la demoiselle au chef. Nuit s’est figée, de nouveau biche, de nouveau effarée. Immobile en attendant qu’on décide de son sort, incapable de prononcer le moindre mot, elle a reporté son regard de feu sur l’homme à la chevelure d’orage.

Le soupir qu’il lâche la fait sursauter. Elle est pendue à ses lèvres, accrochée à ses yeux dans lesquels les prémices de la tempête qu’elle redoute se dessinent. Il s’avance soudain, elle tente de reculer. Aucun de ses membres ne lui répond. Prise au piège. L’impression de se liquéfier sur place sous un regard révélé dans toute sa profondeur par l’éclat des torches. L’ordre qui suit claque dans la fraicheur de la soirée. Le temps qu’il parvienne à atteindre les tréfonds de l’esprit de Nuit, jusqu’à sa compréhension, au travers des couches de terreur pure, il a déjà fait demi-tour. Il s’éloigne sans mot dire.

Aux limites de sa perception, elle entend un rire malsain, mais peu lui importe. Prisonnière de ces êtres. Prisonnière de cet être. Peut être aurait-elle mieux fait de mourir sur la lame du rat teigneux. Elle ignore la raison de cette terreur qu’il lui inspire, mais pourtant tous ses sens se sont accordés sur cette semonce. Pims lui même, inquiet, s’est réfugié sous la cape de sa compagne autour de sa taille, cachant sa tête dans les replis de tissu comme si cette attitude lui permettait d’être sauf.

Ses jambes la soutiennent difficilement vers le lieu inconnu où on l’emmène. Le géant à ses côtés la porte autant qu’elle le fait par ses propres moyens, vacillante. Elle n’a même plus la force de sursauter lorsque sa voix se fait entendre soudain, demandant où il faut l’emmener. Son épaule la lance. Sa peau écorchée la fait grincer des dents. Le couperet tombe, cinglant. Elle résidera dans la tente de celui-là même qui la révulse au plus haut point.

Un instant, elle envisage de se rebeller là de suite, de tenter de taper l’homme qui la soutient pour qu’il l’achève proprement mais elle comprend immédiatement qu’elle n’en aura pas la force. Ni physique ni mentale. Elle ne veut pas mourir. L’air pourtant lui manque, sa tête tourne, une grande inspiration ne parvient à calmer son coeur emballé. Les alentours se parent des reflets de l’inconscience alors pourtant que son esprit s’affaire à pleine vitesse. Peu importe le moyen qui lui vient à l’esprit, rien ne lui permettrait de fuir de ce guêpier. La main sur son épaule se raffermit. Elle étouffe un gémissement, s’ébroue avec difficulté, tentant de ranimer à ses yeux gourds le monde.

Ils sont arrivés devant une tente de taille moyenne. La sobriété semble de mise par ici, nulle excentricité de chef profiteur. Elle imagine pourtant déjà les instruments de torture qui doivent envahir les lieux, les macabres découvertes qu’elle pourrait faire dans l’antre d’un tueur sanguinaire. D’un fou. Dangereux.

Ses pieds se campent solidement au sol tandis que le géant soulève la toile pour révéler l’intérieur.

Elle s’attendait à tout.

Mais pas à l’ascétisme qui y règne.
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Sophs Crotale

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Jeu 28 Juin - 11:02

Arrivé au campement bien avant le reste du petit groupe, Sophs n'entra pas dans sa tente, continuant sa marche à travers la sombre allée. Un homme étrange, assis à une table, leva la tête lorsque passait le Crotale, une tranche de jambon attendant que son observation soit finie pour s'engouffrer dans la bouche, alors que les pas du chef ne se détournaient pas de leur objectif, virant soudainement vers la gauche une fois qu’ils eurent dépassé un arbre. Le regard noir, déterminé, de l’homme avançant, semblait teinté d’une légère lassitude, bien qu’habituelle en réalité.
Enfin, il s’arrêta.
Face à lui, éclairé par une unique torche, se tenait un vieillard, à moitié endormi sur un petit tabouret. Ce dernier portait sur le crane une touffe de cheveux blancs, suffisamment rares pour que l’on puisse voir la peau qui les soutenait. Dans ses mains, un bout de bois à moitié taillé, témoignant du travail qu’il aurait aimé fournir avant que le sommeil ne l’emporte.
Sophs regarda le vieil homme quelques temps, debout, sans bruit, avant que ce dernier n’ouvre les yeux, regarde autour de lui en reniflant, déglutisse, déglutisse, se racle la gorge, et plisse les paupières en dirigeant ses yeux vers son chef, s’exclamant soudain, avec un retard assez ridicule, provenant sûrement du temps de réaction :

- Ho ! Crotale !

Le désigné fronça légèrement les sourcils. Sachant qu’ils s’étaient croisés, deux heures auparavant, il ne voyait pas pourquoi le vieux forgeron s’étonnait de la sorte. Surtout en faisant tant de bruit, car même si sa voix trahissait le fait qu’il venait de sortir d’un assoupissement, elle fut suffisamment forte pour perturber les oreilles de Sophs, qui le laissa parler.

- Comment tu vas mon p’tit gars ? Qu’est-ce qui t’amène ?

« mon p’tit gars », il n’y avait bien qu’Adon pour le nommer comme cela. En effet, le vieillard était l’un des seuls vrais anciens du groupe, le meilleur ami de Gelden, ayant fondé la troupe de bandit avec lui, bien longtemps avant ce jour. Gelden qui fut le maître d’arme de Sophs, l’éduquant depuis son adolescence jusqu’à sa majorité. Le fait est que, par conséquent, Adon connaissait le Crotale depuis que Gelden l’avait rencontré, depuis qu’il était « haut comme ça », pas bien grand donc, ce qui pardonnait le surnom qu’il lui donnait.
Quoi qu’il en soit, l’actuel chef de la troupe, comme toujours, ne répondit qu’à la question qui l’intéressait.

- J’ai besoin d’une mauvaise chaise.

Les beaux iris, bleus-verts, du vieil homme s’illuminèrent. Il se leva et fit quelques pas en se perdant dans un joyeux monologue.

- Une chaise ! J’aime sculpter des chaises c’est bon pour mon dos, c’est pas trop physique et ça passe bien le temps, j’espère que j’aurais assez de bois. Je crois oui. Une mauvaise chaise tu dis ? Une mauvaise. Et bah mon petit je crois que tu t’es adressé à la bonne personne, je suis capable de faire les chaises les plus mauvaises que tu as jamais vu. Une fois, pour me venger d’un gars, je l’ai fait s’asseoir sur une chaise tellement mauvaise qu’il s’est tenu le cul pendant plusieurs semaines. Le pire c’est que tout le monde a cru qu’il avait fait des choses, genre sexuelles tu vois, avec un autre gars, du coup il s’est tapé une saleté de réputation, et de surnom. Genre « s’en prend plein l’fion » ou je sais p’us. Au fait c’est pour faire un tour à qui ? Enfin, c’est qui, qui va s’asseoir dessus ? Si je puis me permettre, si c’est pas indiscret.

Pendant qu’il parlait, Adon avait fouillé dans plusieurs malles, était parti derrière une tente, et revenu avec un tas de branches, qu’il tenait contre son ventre, en refermant un coffre d’un coup de pied. Maintenant il levait la tête vers Sophs, dans sa dernière interrogation.

- C’est moi.

Le vieux forgeron semblait d’autant plus curieux.

- Pour.. Toi ?

Il ricana. Puis se remit à marcher dans tous les sens.

- Hm ! Je vois ! Tu es devenu maso. Bah c’est pas grave, ça arrive. Mais fais gaffe tu risques d’avoir une réputation presque aussi nulle que « s’en prend plein l’fion », je sais plus si c’était ça son surnom, je crois qu’en fait y’avait le mot « anus ». Enfin bref. Oui le masochisme, j’espère que tu deviendras pas accro, y’en a qui meurent à force de se fouetter tu sais. J’en ai connu un, il est parti volontairement en prison, c’est des malades ces mecs je te le dis. Le gars il me disait « mon rêve ça serait les galères », t’as déjà entendu ça ? Sérieusement tu trouves ça naturel toi ? C’est pas du tout normal...

Sophs sourit, se détournant, et repartant dans la nuit, laissant le vieillard à ses histoires. Toujours le pas aussi ferme, il allait vers sa tente, cette fois. Beg se tenait à l’entrée, le chef des bandits se dirigea vers lui.

- Elle est à l’intérieur.

Signala le géant, avant de se retirer. Aussitôt, le Crotale souleva le tissus qui servait de porte, et trouva à l’intérieur la jeune femme de feu. Elle ne bougeait pas, immobile. Soit impressionnée, soit terrorisée, soit démunie, bien que Sophs penchait pour un alliage des trois émotions. Il fit un tour de la tente des yeux. Rien que du vide, une paillasse - la sienne - et une table sur laquelle était posée la besace de la prisonnière.
Son regard retournant sur elle, il désigna la paillasse du doigt.

- Ton lit. Je dormirai par terre.

Puis, il sortit à nouveau. S’asseyant à une table, il mangea un peu, surveillant d’un œil sévère sa propre tente, vérifiant que personne ne s’en échappe. Et, après un temps assez conséquent, il revint à l’intérieur, muni d’une large pomme rouge.
La jeune femme était déjà étendue sur la paillasse. Impossible de dire si le sommeil l’avait gagné ou non. Quelques instants, le Crotale resta figé, les pupilles sur elle, inexpressives. Puis il s’approcha, s’accroupit près d’elle, fit venir sa main près de son corps, doucement.
La main laissa la pomme sur la paillasse, juste à côté de la femme.
Puis Sophs s’écarta, étendit les jambes au sol, posa la tête contre un des pieds de table, et ferma les yeux.

Dans les ténèbres du soir, une brise se mêlait aux hululements mystérieux provenant de la forêt, mélodie étrange et inquiétante, présageant d’une mauvaise augure.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Mer 8 Aoû - 19:53

Elle est poussée à l’intérieur de la tente avant de n’avoir pu réagir. Sans violence, mais sans échappatoire. Les intentions ne paraissent pas hostiles, mais quelle autre raison pourrait pourtant les pousser à la retenir ? Elle n’en connait aucune.

Pims a enfouit sa tête contre la peau blanche de la demoiselle, mettant pour un temps en sourdine ses émotions, probablement trop éprouvé pour tenter quelconqu’autre attitude. Elle lui en est reconnaissante, elle a déjà assez de peine à faire le point sur ses propres émotions sans se voir affligée d’extérieures. Nul ne l’a suivi en ce lieu. Elle est seule, contemplant sans mot dire la maigre paillasse dans un coin de la tente, ainsi que sa besace couverte de poussière posée sur la table. Elle n’a même pas vu le géant qui l’y déposait. Hagarde.

Les sentiments de cet après-midi lui remontent soudain en masse à la gorge, la frappant de plein fouet. Pour une demoiselle habituée à la solitude, les événements se sont enchainés avec trop de précipitation. L’acuité de ses sens souffre encore des agressions répétées qu’elle a subi. Cette chute, cette honte, ces pierres, ces brigands... Il n’aurait plus manquer que le retour du Crotale pour parachever son humeur exécrable.

Cet homme... Effrayant. Effarant. Fascinant. Car il faut bien l’admettre, lorsque l’on connait si peu les hommes, lorsque leur simple présence suffit habituellement à faire fuir, le mystère et l’étrangeté réveille une interrogation accrue. Et la singularité du personnage n’a pu échapper à la demoiselle, si hébétée soit-elle. La peur alors qu’il provoque au fond de ses veines n’est peut être pas seulement d’un instinct de survie exacerbé. Une sensation plus étrange taraude ses entrailles. Une volonté de découverte étonnante. Une envie de rejet... inhabituelle.

Les gens ne savent créer pour elle qu’indifférence. La stupidité de leurs êtres ne sert qu’à la faire rire, ne parvenant à déclencher en elle qu’au plus un peu de colère. Le rat n’a pu parvenir à telle haine qu’en la prenant au dépourvu en un instant où la fatigue avait raison d’elle. Mais cet homme... Ce Crotale... Cette peur viscérale n’est pas dans ses habitudes. Quelque chose se trame qu’elle ne comprend... Une sorte de... respect ?

Son être se fige à cette pensée, lui faisant étouffer une grimace de douleur. Son épaule la lance.

Elle sursaute.

Soudain dans son dos, une voix s’est élevée. Sa voix. Lui indiquant un lieu où se reposer. Qu’elle regarde d’un oeil nouveau. L’émotion l’a saisie de nouveau, et elle ne parvient à se secouer. Il serait l’heure de fuir. L’heure d’affronter son démon. Déterminée, serrant son poing valide, elle se retourne soudain pour lui faire face !

Sans succès. Il a quitté les lieux.

Le soupir qui s’échappe de ses lèvres hésite dangereusement entre la frustration et le soulagement. La voilà de nouveau seule. Pims ne semble toujours pas disposé à partager son état. La faim tenaille légèrement ses entrailles, pourtant elle n’ose quérir nourriture. Il serait indécent de se montrer suppliante envers ses « hôtes », elle préférerait mourir de faim.

Pour oublier alors, elle détache sa longue cape, la plie soigneusement pour la déposer sur la table, le lézard toujours enveloppé dedans. Sa tenue d’apparat n’est guère appropriée pour dormir, mais elle n’ose se changer en ces lieux.

De dépit, elle s’allonge sur la couche, gardant le dos collé à la toile dans l’espoir de faire face à ses assaillants si le besoin s’en fait ressentir. Ses plaies la brulent légèrement, mais surtout la douleur de son épaule la domine. Elle ne s’y connait pas assez pour envisager y changer quoi que ce soit, mais s’inquiète des séquelles que son absence de traitement pourrait engendrer. Elle ne peut rien faire pour l’heure. Autant prendre du repos en espérant, à tête froide, trouver moyen de fausser compagnie à ces êtres. L’homme ne devrait rien tenter, du moins l’espère-t-elle. Elle dispose d’un certain temps pour voir venir.

Ses yeux se ferment, apaisant immédiatement son esprit. La douce langueur du sommeil qui s’approche embrume sa tête d’images chaleureuses. La main qui s’approche d’elle ne parvient qu’à peine à hérisser légèrement la peau de son échine, sans qu’elle ne réagisse, pas plus que l’allongement de l’homme à proximité. Le doux parfum du fruit s’insinue dans son nez sans qu’elle ne réagisse plus.

La torpeur la baigne. Plus proche de l’inconscience que du sommeil, elle demeure. Hagarde. Jusqu’à ce qu’une souffrance profonde la fasse soudain sursauter, gémissante. Son épaule ne veut pas lui laisser de répit. Pire, la position dans laquelle elle a eu le malheur de la placer a réveillé sa douleur, lui vrillant l’esprit. Elle ouvre des yeux, affolée, mais ne parvient à bouger. Seul le mal la frappe, tandis que ses lèvres s’ouvrent sur un cri effaré. Elle ne connait les lieux. Elle souffre.

Du réconfort...
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 19 Aoû - 12:04

Comme l'habitude l'exigeait, Sophs ne dormait pas. Cette fois, c'était une chouette qui l'en empêchait.
Ses yeux fermés, il patientait.

Dans certains songes, le bandit imaginait un loup. Seul, blessé, au centre d'une clairière sombre. Ce loup là, il ne hurlait pas. Sa souffrance, il la gardait pour lui. Tout bêtement parce que ce loup n'allait pas appeler le reste de sa meute, tout simplement parce que tous les autres étaient morts. L'ombre du loup, projetée par la lune, lui demandait pourquoi il refusait de se fondre à elle. Pourquoi il ne tombait pas. Pourquoi il restait encore debout.
Le loup ne lui répondait pas. Il avançait, vers les arbres noirs.
Tu n'as plus de raison de vivre, argumentait l'ombre, laisse toi mourir. J'en ai une. Laquelle ?
Les yeux du loup brillaient, de haine, de violence et de vengeance. Celle de vivre.

Dans d'autres songes, le bandit imaginait une chouette perforée de divers ustensiles, que ça soient des outils pour récolter le blé, des armes diverses et variées. A ce moment là, dans ses pensées, Sophs voyait la chouette dégouliner du sang de partout, et elle relèverai la tête en pleurant, des petites larmes de chouette, et en argumentant : c'est pas ma faute, d'une voix de mal-traitée. Et c'était là que Sophs dirait : Ah ouais ? Pas ta faute ? Ok moi non plus, et il lui donnerait un coup monumental avec une masse aussi grosse qu'une charrette, qui transformerait l'animal en une bouillie informe.

Oui, car, parfois lorsque les bruits se calmaient, le brigand arrivait à rêver d'autre chose. Mais certaines fois, les hululements se faisaient si forts, qu'il ne pouvait que se focaliser sur eux, et abandonner le projet d'espérer dormir, et soupirer bruyamment.

Et soudain, silence.
Ça c'était stoppé.

Le Crotale sourit. Il respirait, avec profondeur. Une petite musique, calme, naissait dans son crâne, résonnant, se mêlant aux images, illogiques et irraisonnées, de l'apparition du sommeil. Il se sentit flotter, et tourner, lentement, sur lui-même. Le temps n'avait plus court, la réalité s'échappait, avec l'espace.

Un gémissement.

Ses yeux s'ouvrirent, déments. La prisonnière, c'était elle qui l'avait réveillé, et elle ne s'arrêtait pas là. Des petits cris étouffés, de douleur. Elle ne les retenait pas. Exténué, épuisé et colérique, Sophs mit un peu de temps à comprendre la raison de ce tapage. Sa blessure, à l'épaule. Le bandit s'approcha de la jeune femme, avec toute la discrétion dont fait preuve le serpent. Non pas qu'il eut peur de se faire détecter, simplement par envie de ne pas en rajouter aux bruits.

Le Crotale se positionna, assis juste à côté d'elle, il la fixa, quelques instants, de son regard meurtrier. Il saisit un bout de tissus et lui mit dans la bouche, sans explication.

- Mords.

Dit-il. Ses mains se posèrent sur son épaule meurtrie, mouvement sec, Sophs replaça l'os. Puis il posa sa paume sur la bouche remplie de la jeune femme, et approcha son visage du sien. Il siffla.

- Maintenant tais-toi, je t'en prie.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Sam 1 Déc - 19:04

Pas de répit sans rédemption. Nulle volonté de s’adonner à ces tromperies. La demoiselle fait front aux tourments de son épaule. Ses dents mordent la chair rosée de ses lèvres pour tenter de taire les gémissements qui secouent son corps avec violence. Sans succès. Ses doigts se crispent, sa raison s’affole, en proie aux tréfonds de l’inconscience dont elle peine à se sortir.

Elle quitte pourtant ses limbes en sursaut lorsqu’une voix résonne à son oreille, lorsqu’on glisse dans sa bouche quelque chose. Elle ouvre grand les yeux, tombe sur l’image de l’homme, les referme soudain lorsque des mains étrangères se posent sur son corps, créant en elle en frisson de dégoût. La violence qui se prépare pourtant la frappe, et ses dents se referment avec plus de force encore sur le morceau de tissu au goût âpre sur sa langue.

Rien n’aurait pu la préparer à la douleur sans nom qui la frappe lorsque le membre retrouve sa place normale le long de son épaule. Sa bouche mord avec plus de violence encore le tissu pour étouffer le cri qui la ronge. La voix menaçante s’élève de nouveau, lui intime le silence. La main étrangère s’est posée sur ses lèvres, le souffle ennemi caresse sa peau. Elle tremble. Elle frissonne.

Pims, affolé par la douleur, terrassé par la peur, s’est glissé le long de la paillasse, a bondi hors de la couverture, et s’est échappé loin de la tente, vers les bois proches. Cette absence porte un coup dur aux émotions déjà ébranlées de la jeune femme, qui obéit pourtant aux ordres de silence et demeure, coite, étendue sur son couchage de fortune. La peur, la souffrance qui la lancent régulièrement submergent son esprit de vagues régulières de douleur. L’embrument.

L’homme est reparti à sa position non loin d’ici, pour retourner dormir probablement.

Elle n’en est plus capable.

Prostrée, elle attend que les heures s’écoulent, en silence. Elle n’a supporté de rester allongée, trop de peur, trop de frayeur. Pour une raison qu’elle ignore, dans le noir, elle s’est redressée pour s’asseoir. Ses bras ont naturellement trouvé leur place autour de ses genoux, repliés contre son corps. Ses pensées tournent en rond dans son esprit.

L’inconscience la saisit peut être plusieurs fois dans la nuit. Elle l’ignore. Son esprit est tant confus que rien ne s’y imprime vraiment. Elle a froid, mais ne pense à se recouvrir de la couverture précaire. Elle demeure immobile, superbe statue de marbre aux reflets éteints dans l’obscurité de la tente.

L’aube pointe ses rayons paresseux sous les pans de la tente. Nuit n’a pas bougé. Ses ongles se sont plantés dans les chairs fragiles de sa peau, et son regard pourpre, sombre comme jamais, demeure fixé sur l’homme, sans vraiment pourtant le voir. Ses yeux sont ouverts mais n’assimilent rien à ce qui se déroule devant eux. La douleur, la peur, la honte ont causé un choc profond, quelque part, profondément en elle, et la fatigue du sommeil qui l’a fuit n’a rien arrangé.

Coquille vide à la dérive sur la paillasse abandonnée dans cette tente.

En quête de réalité. En quête d’oubli.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 2 Déc - 13:15

Les paupières du Crotale se soulevèrent.
Une légère lumière, blanchâtre, filtrait à travers le tissus de la tente. Il avait donc pu dormir, et ceci était une victoire matinale. Un piaillement, plutôt élaboré, d'un joyeux moineau, raisonnait dans le crâne de Sophs. Cet oiseau se trouvait être la cause de son réveil, et cette fois, l'homme étrange ne lui en voulut pas. Tout bonnement parce qu'il voulait précisément se lever.
Suite à l'opération chirurgicale, un peu brutale, que la jeune femme avait du subir au milieu de la nuit, elle s'était tût, au grand soulagement du Crotale. La tête de ce dernier, toujours posée contre le pied de la table, pivota légèrement.
L’œil noir de serpent se plongea dans l’œil, sombre et rouge, de la reptile.

Elle se tenait là, recroquevillée sur elle même, faible et sans défenses. Elle se tenait là, résistant de tout son frêle corps contre la douleur et la mort. Elle se tenait là, exténuée et fragile. Lançant de ses yeux, une force démentielle, qui aurait pu faire fuir n'importe quel guerrier.

*Tes yeux noirs, tu fixes comme si tu allais mordre. Ton nom Sophssophssophssophssophs, ton air de prédateur même lorsque tu es la proie, tu me fais vraiment penser à ces saletés de crotales, mon Crotale.*

Sans mot dire, Sophs sourit, et se releva lentement. Il rajusta sa ceinture, tira sur ses bottes, sortit légèrement son épée de son fourreau pour en vérifier l'état, la rengaina, immédiatement, et souleva ce qui servait de porte, pour se dévoiler à la lumière.
Sous les rayons de l'aube, les collines grises de Mortelune se couvraient de blanc. Un lourd brouillard les dissimulaient, mystifiant l'horizon. Seules les ombres des hauteurs, silhouettes de dos de géants couchés, étaient perceptibles.
Assis à une table, face au Crotale, trois personnes mangeaient. Ils se partageaient un bout de jambon, du saucisson, ainsi qu'un bouillon, contenu dans un chaudron fumant, dont l'odeur dissuadait de toute convoitise. L'un d'eux, nommé Cacknof, fit signe au chef des bandit de venir s'asseoir avec eux. Au passage, la main qui lui désignait le tabouret vide, d'un air chaleureux, se trouvait tenir fermement une bouteille de vin rouge.
Cette bouteille, déjà entamée et jalousement empoignée, alors que le soleil venait de poindre, résumait bien le personnage, remarqua Sophs, tout en acceptant l'invitation.

Les deux autres brigands qui mangeaient n'étaient autre que Beg, le colosse, et Sang-blanc, le perfide. Ce fut d'ailleurs ce dernier qui prit la parole en premier :

- Alors, Crotale, tu l'as bien fait couiner la petite hein ? Tout le monde a entendu ses cris de détresse, on a pas pu fermer les yeux de la nuit. Tu as du bien te vider toi, hein ? Quand est-ce que tu vas partager ?

Il mentait. Sophs le voyait dans ses yeux, mais pas que. Certes cette énergumène aurait pu entendre, et mal interpréter, les gémissement de douleur de la dame de feu, mais il aurait fallut qu'il en soit proche, seul un chien aurait pu les percevoir, au delà de trois pas autour de la tente. Et, d'après ce que Crotale avait observé des capacités d'infiltration de Sang-blanc, il savait qu'il aurait entendu Sang-blanc se déplacer, avant que celui-ci n'entende la jeune femme crier.
Aussi, le chef des bandits ne porta pas d'attention à ces paroles. Il se tourna vers Cacknof, l'alcoolique.

- Alors ? Le bilan ?

Sa mâchoire, qui mastiquait un épais bout de viande, n'attendit pas d'avaler, avant de répondre :

- Tu veux savoir ce qu'il s'est passé cette nuit Crotale ? Bah. Rien de génial. Y'a bien une carriole de paysan qui est passée, mais ces bouseux ne transportaient que deux cochons pourris. Alors bon, on les a quand même pris, une bête ça vaut un peu d'argent, on les a attachés là bas.

De la main qui ne tenait pas le vin, soit celle qui serrait un couteau, il indiqua vaguement l'emplacement des deux porcs, puis repris son monologue.

- Et puis bah les pécore on les a laissé repartir quoi. Pas besoin de les tuer, ils se pissaient littéralement dessus.

Il but une gorgée d'alcool, ses yeux tournèrent, regardant chacun des mangeurs, qui semblaient sceptiques.

- Si, si, je vous jure. C'était un père et son fils, le gamin il devait avoir quoi, aller, quatorze ans. Bah il tremblait de partout, et quand je l'ai menacé, il s'est méchamment taché la culotte.

Beg se mit à rire, un son grave et plein de chaleur, avant d'ajouter, d'une voix ironique :

- Il faut dire que tu fais très peur, Cacknof.

- Faut pas croire ! Moi quand je menace je déconne pas, dis pas le contraire Beg. Et puis c'est quand même pas moi qui l'invente, s'il se pisse dessus bah c'est qu'il a eu peur.

- Ouais je suis d'accord avec toi, de toute façon, les jeunes aujourd'hui ils tiennent même plus debout. Ça devient tous de la petite graine de riche, minables et trouillards. Moi à ta place j'aurais saigné son père pour lui apprendre la vie. Au moins tu lui aurais rendu service.

Proposa Sang Blanc, un bout de jambon entre les doigts.

- Je m'en tape de lui rendre service moi, c'est pas à moi de faire son éducation mon gars.

- Ouais t'as pas tort.

Pendant qu'ils parlaient, Sophs s'était servi dans le garde manger, il savourait tranquillement un saucisson aux noisettes, en les écoutant d'une oreille, débattre de ce sujet un peu plat à son goût. Quelqu'un d'autre s'approcha de la table, le vieil Adon, forgeron bavard. Se tenant le dos, sans se plaindre de la douleur, le vieillard s'assit juste à côté de Sophs, en saluant tout le monde, d'un signe de tête. Un temps passa, seuls les bruits de chocs de couverts en bois et de mastications se faisaient entendre, quand, lorsqu'il eut achevé son repas, le Crotale tourna les yeux vers Adon, afin de lui demander :

- Et ma chaise ?

- Ta mauvaise chaise ? Oui, ouais, bah j'ai un peu avancé, j'ai fait un pied.

Le chef des bandits leva un sourcil interrogateur tout en levant sa coupe à ses lèvres.

- Un pied ? Tu as coupé un bout de bois quoi.

- Bah non je l'ai pas coupé, il était déjà à la bonne taille.

Sophs stoppa tout mouvement, et tourna son visage, perdu d'incompréhension, vers le vieillard.

- Ouais, bah c'est bon. Tu viens me voir, super tard, le soir, pour me demander de faire un truc. Moi je suis vieux moi, je suis fatigué et j'ai pas toute ma tête. Tu vas pas quand même croire que le lendemain matin je vais avoir tout fini. Après que tu sois parti moi j'ai cherché un bout de bois qui ferait un bon pied, et puis j'étais tellement crevé que je suis allé m'asseoir. Au final j'ai dormi avec le bout de bois dans les mains. C'est tout.

Le Crotale hocha la tête, puis se tourna vers Beg, le géant.

- Tu surveilleras la fille aujourd'hui. Elle est encore dans ma tente.

Puis, comme il avait fini de dire ce qu'il avait à dire, Sophs se leva, et se dirigea vers un lieu, assez aléatoire. Derrière lui, la voix de Beg, un peu honteuse de discuter un ordre, protestait tout de même, par nécessité.

- Attend Crotale, mais je suis de garde tout à l'heure, ce matin. C'est à moi de surveiller le sentier avec Rassen et Sang-blanc, je peux pas tout faire à la fois, et puis je vais pas emmener la fille avec nous quand même ! Hé Crotale, tu m'écoutes ?

Non, il n'écoutait déjà plus, et partait, seul, vers le bois.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 2 Déc - 15:34

Du mouvement s’agite dans son champ de vision. Elle ne réagit pas, prostrée dans son attitude de défense faiblarde, le regard toujours assassin. Elle demeure immobile, en attente, comme si quelque chose pouvait la sauver de cet état de fait, alors que nulle échappatoire ne s’offre à elle. Elle patiente, l’esprit perdu loin de toutes ces considérations, recherchant la caresse fragile de Pims qu’elle ne parvient à trouver.

Des voix s’élèvent, au dehors, non loin, qu’elle ne parvient à discerner. Qu’elle ne cherche à discerner. Ces conversations donnent probablement lieu à quelque chose d’intéressant, mais elle ne parvient à se sentir concernée. Elle tente de se secouer pour donner vie à son inertie, sans succès.

Le temps s’écoule encore un peu.

La lumière envahit soudain la tente, lorsqu’on soulève le rabat qui en bouche l’entrée. La demoiselle, plus aux aguets, tourne immédiatement son regard sombre et meurtrier sur le nouvel arrivant qui marque un temps d’intérêt face à ce spectacle. C’est le géant qu’elle a vu hier qui entre et s’arrête à l’entrée, mal à l’aise.

« Heu Mamzelle bonjour. Le chef a dit que c’était à moi de veiller sur vous et de vous surveiller alors, je voulais vous prévenir, vous voyez. Et vous dire aussi que d’ici deux à trois heures, faudra que vous veniez avec moi, parce que je dois surveiller le sentier avec Rassen et Sang-blanc. Moi je m’appelle Beg au fait, et euh si vous me cherchez...»

Une voix tranchante et grave, à des lieux de l’onctuosité habituelle de la voix de la jeune femme, s’élève de ses lèvres craquelées :

« Merci Beg. J’arrive.»

Le géant, mouché, n’en demande pas plus pour s’éloigner de ce lieu qui le met profondément mal à l’aise, afin de vaquer à ses occupations.

Nuit alors se secoue. L’heure n’est plus à l’apitoiement, et il serait sage de sa part de reprendre des forces. Elle avise la pomme, toujours déposée près d’elle. Le goût du fruit, la pulpe sur sa langue et le jus dans sa gorge sèche lui procure un plaisir rare. Avec rapidité, elle engloutit l’offrande avant de se relever. Ses errances de la nuit n’ont que trop duré. Il lui faut se ressaisir immédiatement, au risque de devenir proie pour ceux qui la retiennent ici dans le cas contraire.

Ses jambes tremblent un peu, au début, puis parviennent à assurer son équilibre. Elle fait un pas, puis deux, un sourire soudain dessiné sur ses lèvres. Il n’est pas temps de continuer à ruminer. A part l’affreux rat, aucun de ces brigands n’a semblé menaçant à son égard, peut être l’expérience peut-elle être enrichissante. Elle saura se défendre au besoin, et leur fera regretter toute tentative désobligeante envers elle. Volontairement, elle tient à l’écart de son esprit l’homme.

Profitant d’être seule, elle enlève rapidement sa tenue rouge, inspectant au passage les marques désormais devenues un peu vertes sur son corps, avant d’enfiler une robe blanche trouvée au fond de sa besace, beaucoup moins avantageuse pour ses formes. Le tissu remonte haut sur sa nuque afin de masquer ses écailles pourpres dans son cou, ce qui lui permet de natter ses longs cheveux de feu. Cela s’avèrera plus efficace si elle a à se défendre. Mettant un peu d’ordre à sa tenue, elle fait ensuite jouer son épaule pour se rendre compte qu’elle est encore douloureuse, mais qu’elle fonctionne désormais parfaitement.

Satisfaite, elle sort de la tente, les yeux agressés dans un premier temps par la luminosité forte de l’extérieur. Ses paupières clignent plusieurs fois, masquant ses grands yeux pourpres, avant de se calmer. Les cernes noires qui soulignent son regard accusent sa fatigue, mais le léger sourire à ses lèvres adoucit un peu son expression.

L’expression de surprise qu’elle voit sur le visage de Beg, assis près de la tente, confirme son intuition qu’elle a désormais meilleure mine. Il est en train de tresser ce qui semble être des collets, d’une taille pourtant inhabituelle. La demoiselle ne s’y attarde pas, toujours aussi peu amie avec la chasse. A son côté, le second homme qu’elle a croisé la veille est en train de tenter de jongler avec plusieurs balles ternes. Elle s’approche du groupe, avant de les gratifier d’une courbette élégante.

« Bonjour Messieurs. Je m’appelle Nuit. Je peux ? »

Se faisant, elle désigne les balles que tient l’homme. Surpris, il hausse un instant les épaules, jetant un regard perplexe à Beg qui lui répond de la même manière, avant de les donner à la jeune femme.

Une fois en main, les balles sont pesées un instant, roulent entre les doigts fins avant de s’élever dans les airs dans un ballet régulier pour l’heure. Nuit sourit à cet exercice, heureuse de retrouver en ces lieux quelque chose de familier, alors que tout s’est dérobé à elle pour l’heure.

« Vous étiez trop lents. Plus de hauteur, plus de rapidité. »

Se faisant, elle rajoute aux quatre boules en mouvement deux qu’elle sort d’une poche spéciale de sa besace, faisant montre d’un peu plus de ses capacités. Aux mines intéressées des deux hommes, elle comprend qu’elle les impressionne, et se rengorge un instant de cet effet, sa petite faiblesse. Une des balles s’échappe alors de ses mains en décrivant une courbe en cloche vers le bandit qui s’essayait auparavant à l’exercice, lequel la rattrape de justesse, surpris.

« Des réflexes. »

L’homme sourit, avant de plonger dans une profonde révérence.

« Vous m’honorez madame. Vos talents sont impressionnants, et je serais très heureux que vous m’en appreniez une partie. »

Nuit rougit légèrement de ce compliment, avant de ranger lestement ses deux balles, de rendre les trois autres à leur propriétaire tout en retrouvant un sourire plus calme.

« Secrets de saltimbanque ! »

Beg éclate d’un rire monstrueux, bientôt suivi par l’autre homme, avant de remarquer :

« Te voilà bien mouché Rassen, ce n’est pas toi qui profiteras des talents de la demoiselle ! »

Les rires ont attiré les curieux, et plusieurs brigands ont quitté leur activité pour trouver l’origine de ces bruits. Les sifflements approbateurs qui s’élèvent soudain des lieux font rougir violemment la jeune femme, beaucoup moins à l’aise qu’auparavant avec tout ce monde. Le géant semble s’en apercevoir, car il se lève, pose sur son épaule le sac dans lequel il vient de mettre sa dernière création, et s’adresse d’un ton bourru à la demoiselle :

« Je vais déposer mes collets, vous venez ? »

La jeune femme ne se fait pas prier, et approuve de la tête avant de lui emboîter immédiatement le pas, sous le regard intense de plusieurs hommes dont elle essaie de faire abstraction. Arrivés en lisière de camp, Beg se tourne vers elle d’un air plus rassurant :

« Ils ont ptet l’air un peu dangereux comme ça, mais ils oseront pas vous toucher contre l’ordre du chef. Vous pouvez faire confiance au chef vous savez, il est étrange, mais il vous fera pas de mal sans raison. Et puis de toute façon, si l’un des autres vous embête, vous avez qu’à me le dire, je le calmerai. J’supporterais pas qu’on fasse du mal à une femme sous ma protection. D’accord ? »

Nuit acquiesce.

Beg poursuit alors son chemin jusqu’à la lisière de la forêt. Repérant rapidement les lieux, il entreprend alors de poser ses collets.

« C’est pour dissuader les éventuels visiteurs mal intentionnés ».

Beg lui explique le fonctionnement, et assez rapidement, elle se prête au jeu, l’aidant à dénicher les coins utilisables, jusqu’au moment où il lui annonce qu’il est l’heure d’aller monter la garde sur le sentier.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 2 Déc - 19:36

Les pas du Crotale longèrent la lisière du bois. En même temps que de contourner les arbres, l'homme prenait de la hauteur, sur la colline. Se hissant, avec ses jambes solides, en s'aidant de sa barre de fer, sans produire trop d'effort. Bientôt, Sophs s'arrêta près d'un large rocher.
A sa vue s'étendait un large panorama, de brume et de nuances grisâtres, tranché par les courbures d'un chemin, qui partait, au loin. Il déposa son appui de métal contre la roche, s'assit sur l'herbe, et garda les yeux plantés sur la terre de la route, comme s'il attendait quelque chose.

Le fond de l'air était frais, et le vent circulait librement, à cette altitude. Aucun astre n'avait encore eu le temps de réchauffer les environs, suite à l'obscurité de la nuit, aussi la température piquait légèrement, sans réellement se faire remarquer. Dans cette ambiance de calme et de paix, Sophs se réservait le droit de laisser ses pensées vagabonder.

Le regard de la jeune femme, celui qu'elle lui avait porté lorsqu'il s'était réveillé, ce regard destructeur, de volonté, de haine, restait imprimé dans les songes du guerrier. Cela le faisait réfléchir, car ça, c'était le regard de quelqu'un qui survivait. Il avait toujours réalisé que la survie pouvait donner de la valeur à la vie, mais jamais que la survie pouvait prendre tant de formes, si diverses.
La faim n'en était qu'un exemple infime. Certains ne manquaient pas d'aliments, mais de fierté, de but, de reconnaissance, de dignité. Et dans le fond, lorsque lui, Sophs, survivait, ça n'était, également, pas de subvenir à ses besoins primaires, qui lui posait problème.

Une voix, ni trop forte, ni trop inattendue, le sortit de ses pensées.

- Crotale ? Je te dérange ?

L'interrogé leva les yeux sans répondre, Rassen venait vers lui, l'air essoufflé par la montée. Ce dernier acheva le trajet, avant de reprendre, d'une voix régulièrement coupée par sa respiration haletante.

- Dis donc, toi quand tu choisis un endroit pour t'asseoir, on peut dire que tu cherche pas la facilité.

Les pupilles abyssales du chef des bandits s’éclaircirent d'un pétillement, amusées. Mais, à nouveau, aucune parole ne sortit de ses lèvres, laissant l'impression à son camarade de parler tout seul.

- Bref, haha, je venais te voir pour te parler un peu. La femme, Nuit, oui, elle a dit s'appeler comme ça, est partie avec Beg poser les collets. Je ne pense pas qu'elle tentera de s'enfuir pour le moment, et puis elle a l'air correcte.

Les yeux du Crotale se détournèrent de Rassen pour revenir scruter le chemin.

- Enfin, je suis pas venu te parler d'elle, c'est plutôt Sang-blanc qui me pose problème. Hier il avait déjà parlé de toi aux autres, en disant que tu étais peureux. Il prétendais que tu ne venais pas souvent sur le terrain parce que tu aurais peur de mourir. Sur le moment ça m'a énervé, mais bon dans le fond il est juste bête, et aime se faire remarquer.

L'homme qui parlait déglutit, avant de reprendre.

- Ce qui est plus grave, c'est ce matin. Après avoir entendu l'histoire de Cacknof, comme quoi on aurait juste vu des paysans passer cette nuit, le petit Sang-blanc a commencé à dire que c'était évident, parce que cette route était celle qu'empruntaient les marchands de bétail, de légumes, et les paysans. Je lui ai dit que tu étais au courant de ça, et que c'était précisément pour ça qu'on avait choisi ce sentier là, et il m'a répondu que tu étais au courant de rien du tout, et que tu étais juste con. Il m'a dit que si tu avais été "malin", tu serais parti sur une des routes, au nord, où passent des bourgeois. Puis en suite, quand Cacknof lui a suggéré de te proposer ses idées, "s'il s'y connaissait si bien", il a répondu un truc du genre : "Boh, ça me concerne pas moi, si Crotale fait de la merde, c'est pas mon problème".

Rassen respira bruyamment, puis conclut :

- Tu vois, il m'énerve. Il est ridicule, lâche et débile. Il n'a rien compris à notre mentalité, il te manque de respect dans ton dos, et il se prend pour le roi du monde, alors que c'est juste un minuscule déchet. Alors, je sais bien que c'est un nouveau, et que tu as demandé de lui laisser le temps de faire ses preuves, avant de le juger. Mais bon, personnellement, je te le dis, je risque de pas arriver à me retenir longtemps, un jour je vais lui foutre une raclée.

Sophs hocha la tête, puis répondit :

- Je ne juge et ne jure que par les actes. Si les siens sont lâches, alors j'agirai.

La réponse parut satisfaire l'homme, bien qu'elle le laissa un peu pensif, il fit :

- Bien.

Puis se retourna, afin de redescendre la pente. L'heure de la surveillance approchait pour lui, c'était ce que le Crotale réalisait. Rassen, Beg, la dénommée Nuit, et Sang-blanc allaient devoir rester ensemble pendant un bon moment. Si même le calme et la maitrise de Rassen étaient perturbés par Sang-blanc, alors Sophs conclut qu'il ne restait plus qu'à compter sur Beg.
Espoir, et certitude, que ce dernier saurait s'adapter à la situation.

Et la vue du Crotale ne se détacha pas du chemin.
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Nuit d'Automne

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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Dim 2 Déc - 20:30

Beg la conduit jusqu’au chemin proche, à un endroit qu’ils ont apparemment définis auparavant. Lorsqu’ils arrivent sur place, nul n’est encore à son poste, de telle sorte que le géant conseille à la jeune femme de se mettre un peu en retrait.

« Vous pouvez vous assoir sur le rocher là-bas. J’vous fais confiance pour pas tenter de vous échapper, je connais pas mal la région, et avec mes pattes deux fois plus hautes que les vôtres, j’aurais tôt fait de vous rattraper, alors si vous pouviez nous épargner ce mal à tous les deux, ce serait gentil de votre part. On a quelques heures à rester ici, vous feriez mieux de pas vous mêler à quoi que ce soit, histoire de pas vous faire blesser. »

La jeune femme acquiesce, s’installe sur la pierre désignée, haute de près d’un mètre, et attend que le temps passe en observant le géant. Rassen arrive bientôt, essoufflé comme d’une longue marche, et tape l’épaule de Beg en signe d’amitié, avec une force qui aurait probablement suffit à enfoncer la jeune femme dans le sol. C’était sans compter la réponse de son ami, qui aurait pu assommer un taureau. Rassen titube un peu, sonné, avant d’éclater de rire. L’ambiance semble détendue, alors même que ces hommes jouent avec la mort. Qui sait ce qui peut les attendre sur ce sentier ? Des paysans bien sûr, mais peut être des hommes en arme ne seront pas d’un avis aussi favorables à leur cause...

Nuit attend, sagement, sans faire montre de la moindre velléité pour s’échapper. Elle n’en a guère envie à vrai dire, son estomac lui rappelle douloureusement qu’il a faim, ce qui tend à ramener à son souvenir qu’elle est également sans le sou suite au fiasco de la veille, et que l’hospitalité brigande lui serait d’un grand secours pour cette fois. En outre, l’idée d’avoir Beg dans son dos ne lui inspire guère d’envie, tant le géant a l’air dangereux.

Pourtant elle réalise bien vite qu’il est possible d’y avoir bien pire dans son dos.

« Alors petite garce, t’as aimé que le chef te possède ? Il est bon ce lâche ? Je pourrais te montrer moi ce qu’est un vrai homme. »

La voix dégoulinante d’envie qui bave sur son épaule n’est rien en comparaison du souffle chaud qui s’insinue dans son cou. La jeune femme bondit sur ses pieds à la plus grande distance possible du rocher et du rat qu’il comporte désormais, se retourne dans le même instant, faisant preuve de son agilité, pour faire face au nouvel arrivant.

La voix bourrue de Beg tonne.

« La paix Sang-blanc. Tu laisses la demoiselle tranquille et tu viens surveiller avec nous le chemin. »

Le dénommé Sang-blanc ne semble guère pressé de s’exécuter. Il contourne la roche avec lenteur, passe à proximité de la jeune femme qui recule d’un pas sur sa route, lui adresse un clin d’oeil aguicheur avant de s’arrêter à côté de Beg.

« Bah faut pas t’énerver comme ça mon gros, j’t’en laisserai une partie aussi, une chienne comme ça, ça doit pouvoir tenir plusieurs messieurs, même vigoureux. »

Le sang de la jeune femme ne fait qu’un tour. Elle ramasse la première chose à portée de main, une pierre de la taille de son poing posé au sol. Le caillou décrit une courbe parfaite pour atterrir exactement entre les omoplates du rat, lequel se retourne soudain, furieux.

« Tu veux que je te fasse la peau avant de te prendre, c’est ça ! »

Avant qu’il n’ait le temps de mettre sa menace à exécution, avant que Nuit n’ait le temps de lui expliquer le fond de sa pensée, Beg attrape le petit homme par l’épaule et le ramène immédiatement au bord du sentier, avant de lui asséner d’un ton docte :

« Et tu surveilles ton langage aussi, sinon je vais également devoir devenir désobligeant. »

L’homme veut protester, Nuit veut lutter, mais Beg contraint l’un tandis que Rassen indique à l’autre son rocher en lui intimant d’y retourner. La situation semble désamorcée, pour l’heure, même si la crispation qui se lit dans la position générale du rat semble indiquer qu’il n’est que plus avide d’en découdre.

Heureusement, une agréable distraction fait jour sur le chemin. Un cavalier solitaire, vêtu d’une longue cape sombre, arrive dans leur direction. Beg relâche le rat pour se placer en travers du chemin.

« Holà Messire. Veuillez nous donner tous vos objets de valeur sans faire de résistance, et nous vous laisserons reprendre la route. »

L’homme tire sur les rênes de sa monture pour l’arrêter. Rassen en profite pour lui couper toute retraite en se plaçant derrière lui. Un sourire amusé nait sur les traits du voyageur, comme s’il s’amusait de cette situation.

« Et si je refuse, que se passe-t-il ? »

Nul n’a le temps de réagir que Sang-blanc a dégainé sa dague et se jette sur le cavalier, dans le but probable de le désarçonner.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Mer 5 Déc - 11:52

Un long moment passa. Personne ne vint sur le chemin que surveillait le chef des bandits. A travers les fins nuages qui couvraient le ciel, Sophs jugea de la hauteur qu'avait pris le soleil. Satisfait, il se releva, empoignant son étrange barre en fer, et revint vers le campement. Sa marche assurée, son pas régulier, malgré le fait que le terrain ne l'était absolument pas. Bruissement, dans les arbre, d'une brise qui froissait les feuilles.
Les tentes furent bientôt en vue.

- Crotale ?

Appela une voix qui venait du sentier que les bandits avaient choisis pour faire leurs attaques. Sophs se félicita d'avoir encore une ouïe suffisamment bonne pour entendre de si loin, surtout avec ce petit vent. A vrai dire, il serait juste d'affirmer que le bandit avait bien plus peur de devenir sourd que de mourir, mais cela serait en même temps assez inutile de le préciser, puisque sa vie l'avait mené à considérer la mort comme plus douce, et donc moins dangereuse, que tout le reste.

Le chef des bandits s'approcha du bruit. Un moment passa. Au loin, le brouillard s'en allait peu à peu, laissant percevoir les collines, étendue à jamais.
Alors que Sophs était sur le point d'arriver sur le chemin, Rassen en surgit, et parut surpris de le voir.

- Ah ! Crotale ! Pardon, je croyais que tu ne m'avais pas entendu, je venais te chercher.

Et tout en disant ça, il fit volte face et accompagna Sophs, en lui précisant :

- On a un problème. Le type n'a pas d'armes, et il refuse de coopérer, Sang-blanc lui a sauté dessus et..

Et la scène apparaissait aux les yeux du bandit. Un cheval sans cavalier, un homme avec une cape, debout, et, non loin de lui, Sang-blanc, à terre, le visage meurtri, incapable de bouger. Un filet de bave rouge sortait des lèvres de ce dernier, son œil noir, presque inconscient, fixait malgré tout le vide avec une rage sans nom. Non loin de là, Nuit et Beg observaient sans rien dire.
Sophs soupira.
Le silence avait établit son règne. Rien ne se passait, personne se semblait oser bouger. Le chef des bandits réfléchissait, alors que l'homme, sans arme, qui avait terrassé Sang-blanc, l'avait repéré.
Il s'approcha, l'homme à la cape gardait ses yeux sur lui.

- C'est toi le chef de la bande, c'est ça ?

Le Crotale ne répondit pas. Il tourna ses yeux vers Rassen.

- Donne moi ton épée.

Le concerné obtempéra. Et alors que Sophs empoignait le manche qu'on lui tendait de sa main droite, il dégaina la sienne de la gauche, et la lançait vers l'homme. La lame vrilla dans l'air, brillant et s'assombrissant à chaque tour qu'elle faisait sur elle même. Enfin, elle s'affaissa dans la terre, juste devant l'ennemi.

- Je t'offre mon arme..

L'homme à la cape se baissa lentement, tendant les doigts pour la ramasser.

- Bats-toi. Si je gagne, je reprendrai mon bien. Si je perds, au nom de mon honneur, tu pourras partir.

Une autre brise.

- Bien, faisons ainsi.

Répondit le défié, en se relevant, épée en main, avant de se mettre en garde.
La respiration de Sophs était profonde, il entendait chaque pulsation de son cœur, monter à ses tempes. De ses doigts il caressa le pommeau de l'arme étrangère. Le temps s'était arrêté, alors que les quatre pupilles des adversaires ne se quittaient plus. Le mouvement, lent, des brins d'herbes gris, qui ployaient sur toutes les collines. Le crissement d'un cailloux sous une botte. L'odeur de la pluie et de la terre.
Le Crotale s'approcha, et l'homme le fit en même temps. Ils se tenaient bientôt proche l'un de l'autre, mais restaient à une distance suffisante pour que les lames ne puissent pas les atteindre. Les molaires de Sophs s'écrasèrent les unes contre les autre, et son regard perdit toute couleur humaine. Ses mains se mirent à serrer le manche comme s'il avait voulu le broyer.

Un pas, une lame qui siffle, un choc de métal, et un autre coup, porté vers la tête. Le bras qui se lève pour protéger.

L'homme à la cape tomba à terre dans une giclée de sang. Son membre gauche pendait de son épaule comme un misérable bout de chair, rouge, mais lui était encore en vie. Le Crotale, baigné d'une haine folle, soufflait sa rage de ses poumons. Il ne comprenait pas pourquoi son ennemi avait levé son bras, c'était stupide, irréfléchi, et il le maudissait intérieurement de toutes ses forces. Marchant comme un chat sauvage, faisant les cent pas face à l'homme, il attendait que ce dernier bouge.

- Lève toi !

Hurla-t-il. Mais l'adversaire ne semblait pas bouger.

- Lève toi !

Répétait Sophs, encore plus fort, avec plus de brutalité. Plus rien ne pouvait arrêter la démence du bandit, c'était comme si un démon avait pris possession de son corps. L'homme à la cape agrippa faiblement son arme, de la terre lui couvrait le visage, il déglutit.

- Lève toi !

Ses vêtements s'imprégnaient de son sang. Il gémit, et ramena son genoux contre lui. Son unique bras valide poussa dans un effort considérable sur le sol, pour se hisser vers le haut. Ses deux pieds se mirent à plat, et, lentement, il fut debout. Tout son corps tremblait, de la sueur lui couvrait le front et mouillait ses cheveux. Sophs cessa de marcher, fit face au combattant, et mit son bras gauche dans son dos, ne tenant son épée qu'avec la main droite, comme son adversaire.
Les deux hommes se fixèrent. Un moment passa.

L'homme, dans un cri de rage, chargea et lança son arme de toutes ses forces vers les côtes du Crotale. Ce dernier repoussa le coup, en frappant sa lame dans celle de son ennemi, avec une violence inouïe.

Les deux aciers vibrèrent. Celui de l'homme partit vers l'arrière sans avoir été relâché, celui de Sophs remonta vers le ciel.
Et s’abattit comme la foudre.

Le crâne ne put résister, le visage fendu, la trachée déchirée. Les jambes sans vie cédèrent, et le cadavre goûta pour toujours les terres de Mortelune, en y répandant tout le sang de ses ancêtres.
Le ciel s'était assombrit. Bientôt, une pluie fine couvrait les hommes qui entouraient le corps.
Le Crotale se baissa, et, comme convenu, reprit son épée des mains du mort. Il rendit la sienne à Rassen.

Ses yeux passèrent dans ceux de Sang-blanc, qui l'observait sans mot dire, et croisèrent ceux de Nuit, alors qu'il se retournait.

Il rengaina son arme et partit.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Lun 11 Fév - 19:45

La souffrance du rat, la facilité avec laquelle le cavalier l’éjecte de sa route créent un sourire de satisfaction sur le visage de Nuit. Cette journée tourne à de bien meilleures augures et la jeune femme en savoure chaque instant. La perspective que le cavalier puisse finir par s’en prendre à elle ne l’inquiète guère, sa confiance en la force de Beg est à un niveau assez élevé.

Pour l’heure, elle admire le petit homme trainer dans la poussière avec une impression de plénitude rarement atteinte ces derniers jours. Les considérations morales sont bien loin de son esprit, pour cette femme qui n’a jamais cru à la justice des hommes. Trop tôt, elle a été fauchée par leur fausseté naturelle et n’en demeure que plus méfiante.

Toutes à ses pensées, elle ne perçoit qu’avec retard le départ de Rassen. La tension qui s’est abattue sur les lieux la frappe avec un délai de latence. Beg s’est immédiatement placé sur le qui-vive, clouant de son regard intense l’homme sur place tandis que Sang-Blanc peste tant qu’il peut, dédaignant le fait qu’il se fait ainsi encore plus remarquer.

Nuit cherche du regard Rassen, mais la vision qui s’offre à elle en retour n’est que trop effrayante. Il s’avance entre les arbres à la suite de son subalterne, et sa démarche calme tranche avec l’explosion qui couve sur le chemin. Les sentiments qui règnent ici ne se sont que trop accointés, et la résonance des colères qui couvent ne peut que créer une belle pagaille.

Pourtant, le reptile ignore tout ceci. Il défie le voyageur dans un combat à mort qui procure des frissons le long de l’échine de la Salamandre. Le plein potentiel de l’homme va être enfin révélé, et l’excitation se mêle à la peur au creux de son ventre. L’inquiétude qu’il lui inspire n’est plus qu’une toile de fond à d’autres croquis qui s’esquissent en premier plan, étranges, qu’elle repousse avec dédain. Elle ne tient pas à songer à toutes ces choses pour l’heure.

L’engagement intervient rapidement. Les deux hommes se rencontrent avec une violence rare, et très vite les premiers sangs coulent. Nuit, partagée entre la terreur et l’excitation, ne peut quitter des yeux la scène qui se joue si près d’elle. Avec une barbarie, avec une précision rare, engagé dans une danse dont la grâce n’a rien à envier à ses plus belles pirouettes, le reptile est en train de châtier le voyageur de sa seule existence, par des coups, par une violence dévastatrice.

Et Nuit ne peut s’empêcher de regarder. Fascinée. Écoeurée. Conquise. Et lorsque tout s’arrête, elle se rend compte que l’air manque depuis trop longtemps à son corps. Une longue inspiration ravive tous ses muscles, alors qu’à si peu de distance, un être ne pourra plus jamais goûter à la fraicheur de la brise de Mortelune. Happé dans la mort, dans ce qu’elle a de plus cruel par une mutilation déraisonnable.

Le reptile récupère son épée, et son regard indéchiffrable croise celui de Nuit. Sans bien comprendre pourquoi, écartant l’instinct qui la ronge, avec la plus étonnante facilité, elle effectue ce qui si peu d’heures auparavant lui aurait paru totalement fou.

Avec plaisir.

Avec satisfaction.

Elle ancre un instant son regard dans celui du chef brigand, et lui sourit.

L’homme s’éloigne. Nuit demeure.

Et le monde peu à peu reprend son cours normal sur le sentier. Beg s’approche de la jeune femme, posant une main sur son épaule qui la fait sursauter. Elle le regarde avec surprise, mais il la gratifie d’une mine sympathique qui immédiatement l’apaise.

« Je vais ramener le corps au campement, afin qu’on récupère ce qu’il y a à récupérer. Rassen va s’occuper de Sang-Blanc. Pourriez-vous ramener le canasson ? On pourrait le faire bien sûr, mais je crois que vous aimez bien les animaux, avec votre lézard là.. »

Nuit soupire, ramenée soudain à l’idée de Pims toujours porté disparu. Elle acquiesce en silence, et s’approche de l’animal, un magnifique étalon à la robe soyeuse et au tempérament fougueux. Après une caresse sur le chanfrein, il se laisse apprivoisé pour un temps par la jeune femme devenue douceur, qui peut alors le ramener sagement au campement.

Dans le silence.

Savourant la nouvelle ardeur qui brûle quelque part au creux de son être.
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MessageSujet: Re: Chez les bandits [Pv : Sophs]   Ven 28 Juin - 20:19

Il venait de tuer un homme, et pourtant, dans sa façon d'être, dans sa démarche, dans son regard, c'est comme si rien ne s'était passé pour le Crotale. Prenant la décision l'aller s'allonger à un endroit quelconque, avant que le soleil ne soit à son zénith et qu'il doive donc rentrer déjeuner.

Beaucoup de bruit se dégageait du campement, les bandits s'étaient tous réveillés, à l'exception des veilleurs de nuit qui venaient de se coucher. L'activité d'un vrai petit village : certains donnaient à manger aux bêtes, d'autres triaient les objets volés. On allait chercher de l'eau à la rivière, on aiguisait les armes, on confectionnait des pièges, on coupait du bois, on jetait la nourriture qui avait moisi. On se musclait, on s’entraînait à l'arc, à la hache, à l'épée et au gourdin, on essayait de fabriquer de petites arbalètes, sans résultat.  Mais avant tout - la chose qui dérangeait le plus Sophs, et qui le poussait à poursuivre son chemin, sans s'approcher du camps - on braillait des discours stupides et sans utilité, pour lutter contre l'ennui.

Plus loin, c'était le silence. Une légère brise agitait les tiges entourant les bottes. Dunes grises et vertes, de brumes, évoluant par ce vent. Le Crotale inspira l'air, laissant un peu de calme entrer en lui. Son cœur battait encore vite, dans ses tempes. Non pas que le combat lui ait fait peur, non pas qu'il ait été choqué de prendre une vie. C'était simplement le fait qu'il se soit énervé, durant l'affrontement. Il avait du hurler.

Sophs se laissa tomber dans l'herbe, un sourire léger sur le visage. Ses mains se placèrent sous sa tête, et il avait les yeux dans le ciel. Sa respiration devenait plus lente, au fil des instants qui défilaient. Tout flottait, se mouvait légèrement, sans violence, sans importance ni nécessité. Ça se contentait de voyager, errant dans l'ignorance du but et de la bassesse. Tourbillonnant, lentement, transportant. Les hauteurs subtiles, si fragiles, mais si belles.

Noir.

Vision d'un puits, profond, sans eau. Les habitants disaient qu'il ne fallait surtout pas y rentrer. Car, en dedans, l'on perdait la vue, l'odorat, et l'ouïe. Sophs se voyait entendre ces dires, les mains posées sur la pierre froide. Mais, comme possédé, son corps basculait, lentement, dans l'ombre des profondeurs.
Il tombait.
Et sa vision devenait floue, sans qu'il n'en ait peur. Après tout, se disait-il, il valait sans doute mieux ne plus rien entendre.

- Et moi ?

Une voix de femme, gracieuse et envoûtante, résonnait dans son crâne, amenant avec elle, une musique du fond des âges.

- M'aurais-tu oubliée, Sophs, mon amour ?

Elle semblait à la fois calme, sûre d'elle, généreuse, et pleine de reproche.

- Je t'ai donné la flûte, je t'ai offert ta liberté, ta grandeur et ton âme..

Le Crotale déglutit, il tremblait, et des larmes coulaient de ses yeux.

- Tu m'as promis ton cœur, en retour, n'était-ce donc que des paroles ?

Il voulait lui crier "non", il voulait lui hurler qu'il l'aimait, qu'il avait honoré sa promesse, qu'elle comptait plus que tout, à ses yeux. Il voulait la poursuivre, la suivre, s'excuser jusqu'au bout du monde. Mais aucun son, rien, ne sortait de sa gorge.

- Je suis déçue.

Conclut-elle, alors qu'elle s'effaçait peu à peu, elle partait. "Reste là" essayait de dire Sophs, "Je suis désolé !", mais rien ne lui permettait de le communiquer.
Car sa voix était cassée, tout comme sa flûte. Impossible, de parler.

Le Crotale ouvrit les yeux, brutalement. De la sueur coulait de son front, un goût amer résidait dans sa bouche. Il avait dormi. Immédiatement, sa main effrayée se porta vers sa ceinture. Il y décrocha une bourse, et la porta jusqu'à son visage, tout en se redressant. Il l'ouvrit. Les restes de la flûte étaient bien là, tous là, toujours. Rassuré, il soupira longuement, et ferma les yeux.
De ses doigts encore tremblants, il s'épongea le front.
Ses pupilles retournèrent rapidement vers le ciel, le soleil avait atteint le zénith.

L'heure du déjeuner.
Sophs se leva.

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