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 Un dîner presque parfait...

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Irwin Saw

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Date d'inscription : 09/07/2012
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MessageSujet: Un dîner presque parfait...    Ven 13 Juil - 1:05

Le Némésis avait fait toute voile dehors pour quitter le port de l’Empire à la matinée et s’était élancé tel un dauphin agile sur les flots sans rencontrer une once de résistance. Le temps était clément. Le ciel bleu, lézardé de quelques rares nuages blancs, offrait un soleil chaleureux à peine voilé par moments, apportant le temps de quelques instants une petite fraicheur agréable. L’équipage s’activait en silence. De ci, de là, il y avait quelques taches à faire, des cordages à resserrer, à vérifier. Certains jouaient aux dés sur le pont tandis que d’autres le nettoyaient. Irwin avait profité de l’air frais matinal pour passer plusieurs dizaines de minutes à la poupe, discutant avec son barreur de choses et d’autres ou alors simplement silencieux, aspirant à la tranquillité que lui offrait la mer, une vague quiétude qui serait bientôt remplacée par une envie de vengeance qui recommencerait à grandir démesurément en lui. Aucune aspérité de terre ne venait troubler le bleu qui les entourait. La vigie n’annonça pas de voile à l’horizon et le navire se contenta de suivre son cap une bonne partie de la journée, avant que le Capitaine ne le fasse changer vers la mi-journée avant de s’enfermer dans sa cabine. Sa passagère était entre les mains du Quartier Maitre et de son futur « supérieur », Kingsley. Nul doute qu’ils voyaient ensemble les principaux points qui la concerneraient durant toute la durée du voyage. Il ne savait pas comment elle se débrouillerait dans les jours à venir ni ce que l’avenir leur réservait dans les prochains jours mais il avait esquissé le même sourire que ses hommes lorsqu’il l’avait observé à la manœuvre pour sortir la voilure. Elle avait été ingénieuse pour contrebalancer son manque de force mais cela lui avait joué un tour sur la toute fin. Il ne doutait pas qu’elle apprendrait rapidement à se mêler à son équipage, une chose qui l’étonnait un peu mais, apparemment, elle se révélait pleine de surprises.

Dans sa cabine, il se pencha sur l’un de ses ouvrages d’herboristerie. Sachant qu’il en aurait pour plusieurs heures, si ce n’était jusqu’à tard dans l’après-midi, il fit mander Smitty, le cuisinier de bord et lui fit part du fait qu’il était inutile de lui préparer à déjeuner par contre qu’il devrait préparer un plateau pour leur passagère supplémentaire avec une portion généreuse et quelque chose d’un peu plus « raffiné » que ce qui était servi à l’équipage. Ce n’était pas réellement un traitement de faveur mais, il fallait l’admettre, la nourriture de base du matelot n’était pas très agréable à avaler et mieux valait avoir l’habitude. Il ordonna également qu’elle mange de son côté, sans partager les tables des marins. Elles étaient réparties équitablement et il ne voulait pas qu’elle s’immisce dans les partages qui étaient réalisés à chacune d’entre elles. C’était le meilleur moyen d’éviter des problèmes potentiels. Lorsqu’il eut terminé avec ces questions logistiques, il se plongea tout entier dans son étude, griffonnant sur quelques papiers des notes de toute sorte. Il songea un instant qu’il aurait peut-être dû refaire son stock d’herbes en repartant du port mais dans sa précipitation il n’avait pas pensé à ce détail. Peu importait, il avait suffisamment de quoi faire pour les quelques petites potions dont il avait l’usage assez fréquemment, en particulier un onguent assez efficace même s’il ne faisait pas non plus de miracles. Alors que le soleil continuait sa course dans le ciel et que l’équipage s’affairait sans avoir besoin de son capitaine, ce dernier poursuivit sa lecture quelques heures de plus avant de passer à l’étude des cartes et des informations qu’il avait recueillies concernant le pirate qu’il recherchait ardemment. Il avait apparemment refait voile vers le Pays d’Or et, inconsciemment, Irwin savait pourquoi. Installé dans son fauteuil, il laissa son esprit vagabondé, aspiré par le souvenir de sa mère et de sa sœur, image au-dessus de laquelle vint se superposer celle de la nouvelle passagère.  Maudite chevelure rousse… Il maugréa en silence avant qu’on ne vienne frapper à sa porte.

Smitty était de retour. La nuit s’avançait et si le navire poursuivait sa route paisiblement, c’était l’heure du second repas pour les membres de l’équipage. Le Capitaine Saw accepta de prendre son repas et fit passer le mot de convier son invitée. Elle partageait sa table, après tout il le lui avait dit. Il fit place nette dans ses affaires et ne laissa rien trainer sur la table qui n’eut pu trahir ses occupations de l’après-midi. Seules les cartes, qui avaient regagnées le bureau, avec le compas et la boussole, témoignaient de leur utilisation récente. Une fois sa cabine en ordre, il changea de tunique, optant pour une couleur plus chaude que le blanc cassé qu’il portait depuis le début de la journée. Une fois rhabillé, il se dirigea vers les fenêtres de son château arrière et observa le sillage de son navire. La nuit tombait déjà de ce côté du navire et nul doute qu’elle les aurait rapidement englouti d’ici quelques dizaines de minutes. L’équipage mangerait et profiterait surement de ses quartiers pour jouer quelques parties de dés ou de cartes et, tandis que certains prendraient leur quart, les autres iraient dormir afin de se préparer à la nouvelle journée qui s’annoncerait aussi physique que les autres. Alors qu’il se perdait à nouveau en contemplation, on frappa trois coups à la porte. Voilà que son invitée était arrivée. Le diner ne tarderait pas, d’ailleurs. En quelques enjambées, il arriva à la porte qu’il hésita à ouvrir un instant avant de finalement s’emparer de la poignée afin de tirer la porte vers lui…
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Adhel Askaruu

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Ven 13 Juil - 4:02

La journée avait été longue, pour Adhel. Longue, éreintante, et riche. Elle avait découvert, aux côtés du dénomé Kingsley, une partie qu'elle savait infime des subtilités de la voilure, et de son entretien. Tout vulgaire, et parfois rude que l'homme semblait être, il s'était révélé un professeur patient, et relativement satisfait par son travail. Lorsque cela n'allait pas, elle contournait les obstacles, se débrouillait, trouvait un système, et touchait au but. Elle n'était pas rapide, et il lui fallut du temps pour que son esprit se fasse aux nœuds, essentiels en mer, mais aussi aux noms des différents éléments avec lesquels elle aurait à composer... Pourtant elle y arrivait. Sa mémoire, avait-il pu remarquer, était bonne, et son caractère entêté, voir nerveux lorsque la solution recherchée se faisait attendre, montrait, au moins son implication.

Comme le lui avait dit le Capitaine, ses hommes savaient se tenir, et si ce n'était quelques réflexions purement misogynes, elle n'eut à essuyer aucun problème, ni une once d'agressivité. En réalité, l'apparente décontraction de l'équipage (apparente, car elle sentait, d'instinct, la vigilance affleurer sous la peau), si elle ne la mettait pas véritablement à l'aise, limitait la casse, et, à bout de force à force de grimper aux cordages, de nouer, dénouer des morceaux d'écoute dont le poids, au bout d'un moment, se faisait sentir, elle parvint même à faire deux petites pauses, de quelques minutes, durant lesquelles elle s'assoupit presque. Presque, car elle était sur le pont, et toute épuisée qu'elle était, elle n'était pas suffisamment en confiance pour s'abandonner au repos. Alors elle reprenait les tâches confiées par Kingsley, reprisait des voilures déchirées, gardées en réserve dans la cale en cas de coup dur, vérifiait, inlassablement, les nœuds, et le bon état des cordes (le fil auquel tenait leur vie à tous) soulevait, posait, déplaçait et tirait. Elle laissait les moqueries s'écouler sur elle, devenue très vite, comme elle s'en était doutée avant de partir, une attraction à bord. Ça, une femme qui travaillait comme une forcenée, la peau tannée par le soleil, alors qu'un coup de ses hanches lui aurait suffit à s'offrir n'importe laquelle des traversées, on en voyait pas souvent. Elle était, pour cette première journée, maladroite, ce qui signifiait dans leur appréciation des choses comique. Son déséquilibre lorsqu'une vague plus haute que les autres soulevait davantage le bateau, et qu'elle basculait, son air désarmé, face à des nœuds spécialement concoctés par Kingsley pour qu'elle passe du temps à en comprendre la logique... Se retrouver pendue à son écoute n'était que la première, et l'une des nombreuses anecdotes qui avaient ainsi rythmé sa toute première journée en tant que... Eh bien en tant que pirate.

Elle même n'en revenait pas.

Mais fort heureusement, vint un moment où on la laissa prendre du repos. Elle n'avait pas osé le demander d'elle même, continuant à se tuer à la tâche, jusqu'à ce que son « chef », ne l'ayant plus vue depuis un moment, et s'étant fait confirmer que nul ne l'avait aperçue partir en direction de sa cabine, ne tombe sur elle, le geste ralenti, l'aiguille (l'arrête de quelque créature que, par tous les dieux, elle espérait ne jamais croiser de son vivant) perforant doucement l'étoffe épaisse et rugueuse des voiles à rapiécer.

Quelques instants plus tard, elle était devant la porte de sa cabine, sur la serrure de laquelle elle avait laissé la clef (inutile, en son absence, elle avait peur de l'égarer en grimpant aux cordages, et n'était pas sure de ne pas finir par se jeter par dessus bord de fatigue, si cette fameuse serrure ne faisait pas entendre son cliquetis). Pénétrant à l'intérieur, elle trouva l'endroit changé. Un hamac, plutôt ample, se balançait tranquillement au rythme des vagues, qu'elle entendait cette fois feuler contre le bois de la coque. Ce n'était plus alors le grincement entendu au port, mais un murmure, régulier, qui allait, et venait. Assourdissant de neutralité. Peut-être la bercerait-il. La clef tourna une première fois dans la serrure... Puis une seconde... Elle l'avait toujours dans sa main lorsque, sentant soudain le poids de la fatigue s'abattre sur son dos, elle tituba jusqu'au hamac, s'y hissa sans trop savoir comment, et y sombra, sans attendre, dans un sommeil des plus profonds. Elle n'avait rien ôté de ses vêtements, couverts de sel, ni même, chose exceptionnelle, pris le temps de se saisir de sa dague, ou de son sabre. Elle était allée tout droit vers le repos désiré, l'avait touché du bout des doigts et, pour la première fois depuis des mois, avait sans attendre fermé l’œil.

Combien d'heures son sommeil avait-il duré ? Elle ne le savait pas. Assez pour que ce soit exceptionnel, trop peu pour que ce soit suffisant. Du moins était-ce ce qu'elle se dit lorsque, entendant à sa porte quelqu'un frapper, elle fit un bond qui fit faire un tour complet à son hamac. Si elle crut que celui-ci, en pivotant, la retiendrait, il n'en fut rien, et aux  « tap-tap » discret de l'appel succéda le brutal « BAM » de sa chute. Lorsqu'elle ouvrit, un rictus de douleur découvrait ses dents, et elle se massait le côté droit, sur lequel elle était tombée, sous le regard étonné de l'un des membres d'équipage. Elle était conviée à la table du Capitaine... « Ah oui, c'est vrai. » ... Et celui-ci l'attendait pour dîner. « Ah... » Elle était toujours épuisée, à bout de force, de plus, après sa journée, et avait espéré pouvoir prendre davantage de repos en attendant le lendemain matin. Dans son état, l'idée même de manger lui semblait être un obstacle... Mais elle assura néanmoins au matelot qu'elle viendrait. Il ne lui fallait que quelques minutes, afin de s'apprêter, et de se réveiller. Sans doute peu désireux d'intervenir auprès d'une dame pour ces affaires-là, l'autre hocha la tête, la laissa refermer la porte, et attendit de l'autre côté que finalement elle ne sorte. Cela ne lui prit guère de temps. Elle s'était changée en vitesse, pour une tenue qui n'avait rien de luxueuse, mais qui était plus confortable. Ses seins, toujours, étaient protégés du bandeau de lin, que l'on devinait au travers de la soie, translucide, de sa tunique. Celle-ci partait en châle de ses épaules, et soulignait avec une douce fluidité la générosité de sa silhouette. Ses jambes quant à elles avaient déserté lourde ceinture et chausses encroûtées de sel pour une autre soie, opaque celle-là, dont la caresse la réconfortait dans sa douleur, et maintenue par un jeu de chaînettes de laiton qui luisait sur sa peau mate. Un œil exercé aurait sans doute repéré le cuivre d'une écaille, petite et lisse, sur son rein. Adhel, elle, avait conscience de sa présence. Comme de celle de chacune des autres, et toujours demeurait attentive à tout geste, en approche de ces zones sensibles. Elle avait, enfin, troqué ses bottes pour d'autres, plus légères, et plus confortables. Ses cheveux, elle s'était contentée de les lâcher, trop fatiguée pour s'y atteler, de même que les quelques bijoux qu'elle arborait d'ordinaire, qui demeurèrent cette fois dans son paquetage.

D'un signe de tête, son corps sentant, déjà, poindre les courbatures de la journée, elle suivi le marin d'un pas précis. Inutile de laisser voir sa faiblesse.

Lorsque la porte s'ouvrit, et qu'elle découvrit le Capitaine derrière, elle le salua en silence, s'inclinant brièvement devant lui, avant de relever ses yeux d'ambre. Sa fatigue était palpable, dans son souffle, et la tension de ses épaules, mais elle n'en dit rien, se contentant d'un simple : « Bonsoir, Capitaine. » avant d'entrer dans sa cabine. Celle-ci était plus grande qu'elle ne l'avait imaginé, et lui donnait une impression de confort. Un confort rudimentaire, mais un confort qui tout de même avoisinait celui de sa propre demeure. Qui le dépassait, même, lorsqu'elle retrouvait celle-ci à sac. Elle repéra, dans un coin en retrait, quelques ouvrages reliés, et sur une table au fond de la pièce, cartes et compas qui trahissaient l'activité de l'après-midi du pirate. L'atmosphère était calme, et, dans une certaine mesure, invitait à la sérénité. Sans doute était-ce le but recherché, simplement étrange pour un être que l'on décrivait comme redoutable, sanguinaire... Au sujet du capitaine, elle n'avait pas appris grand-chose. L'équipage le lui avait décrit comme dur, mais juste, dans l'ensemble. Il semblait avoir leur respect, et régner avec une froide autorité sur eux... Mais paradoxalement, elle avait aussi cru déceler une certaine affection dans leurs propos. Sur quelle base s'était-elle forgée, elle l'ignorait, mais cela n'avait pu que piquer sa curiosité. Se tournant vers lui, elle afficha un léger sourire d'excuse, et souffla : « Pardonnez mon léger retard... Je n'étais pas... » éveillée « … prête, lorsque vous m'avez fait mander. »

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Irwin Saw

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Ven 13 Juil - 9:16

Il lui n’était pas difficile d’imaginer ce qu’avait représenté toute une journée à bord du Némésis pour la jeune femme car, après tout, Irwin avait été un matelot de ce navire avant d’en être le Capitaine et il en avait lui aussi bavé pour savoir ce que représentait le dur labeur d’un pirate, qui, aussi jovialement que l’on puisse le présenter à terre, restait très demandant et fatiguant une fois que l’on avait embarqué. On décrivait, souvent à tort, que les pirates ne passaient leurs temps qu’à s’amuser, piller et défier les lois, pourtant, comme elle devait s’en être rendue compte aujourd’hui, il en était tout autrement dans la réalité. Après tout, pour piller, il fallait mener le navire à bon port et cela demandait beaucoup de concentration et d’application. Des hommes avaient appris à leurs dépends que la mer était capricieuse et nécessitait une attention de tous les instants, contrairement aux femmes que les marins pouvaient laisser dans les ports et qui pouvaient se contenter d’un peu d’affection de temps en temps. La mer était une amante passionnée dont les caprices pouvaient être redoutables pour un homme qui n’était pas préparé à s’y soumettre sans opposition. On ne luttait pas contre la mer, jamais. Il fallait jouer avec elle, entrer dans son jeu mais ne pas s’y laisser engloutir. Telle était la vie des marins, veillant à rester en équilibre sur le fil de l’eau, à la frontière ténue entre la vie et la mort car, au détour de chaque vague, de chaque petit remous tantôt bleu azur, tantôt bleu turquoise ou bleu profond, la déconvenue pouvait être au rendez-vous. Naviguer c’était s’heurter à l’inconnu en espérant qu’il ne soit pas plus solide que ne l’étaient vos hommes et votre navire. Jusqu’à maintenant le Némésis s’était montré à la hauteur de tous les défis et le « Capitaine Flamboyant », comme il savait qu’on l’appelait à terre, n’avait pas de doutes à ce qu’il puisse continuer sur cette lancée, brillante et presque sans fautes, du moins jusqu’à ce qu’il n’ait mis le grappin sur celui qu’il convoitait…

La porte s’ouvrit sur son invitée, et même s’il avait pu familiariser son esprit avec son image, il n’en resta pas moins figé quelques instants, droit, son regard posé sur elle n’exprimant rien de plus que d’habitude, pourtant, il l’observait dans son intégralité. D’abord ses cheveux, rouges comme le feu, qui flottaient libres comme l’air à peine effleurés par le vent qui glissait sur le pont, puis ses yeux, chauds comme l’ambre. Elle avait à peine changée de tenue et pourtant, elle semblait bien différente. Il eut comme l’impression que la mercenaire avait laissé au placard une partie d’elle-même pour en revêtir une autre, pourtant, c’était bien là la même personne, il en aurait mis sa main au feu sans hésiter – et, pour un Homme, c’était une autre paire de manches que pour une Salamandre. Il profita de son salut pour se reprendre en silence, maudissant cette manie qu’il avait de ne pas rester impassible devant les rousses. « Bonsoir Mademoiselle Askaruu. » Il lui fit un bref salut de la tête et étendit son bras, s’écartant de la porte pour l’inviter et la laisser entrer. Il tourna alors la tête vers Smitty, qui avait accompagné la donzelle jusqu’à la cabine, puis lui fit un signe de tête, ce dernier lui rendit un bref salut avant de s’écarter. Alors que son invitée découvrait ses appartements dans une contemplation muette mais qu’il devinait comme fine, Irwin referma la porte. C’est à cet instant qu’elle se retourna vers lui et, à son étonnement, s’excusa de son retard. Il n’avait pas spécialement remarqué ce fait, n’ayant pas compté les minutes qui s’étaient écoulées depuis la visite de son camarade, mais fut légèrement désarmé par cet aveu inattendu. Avait-elle peur à ce point d’être débarquée ? L’idée le fit sourire très – trop – légèrement.

« Je consens à passer l’éponge pour cette fois. » Il y avait une note ténue de taquinerie dans sa voix, peut-être la saisirait-elle, peut-être pas, au pire cela n’avait aucune importance pour lui. Elle pouvait penser tout le mal de lui que cela ne lui faisait ni chaud, ni froid. Sans lui laisser le temps, il se dirigea vers la table, près d’elle, et tira une chaise pour l’inviter à s’asseoir. « Il était inutile de vous apprêter spécialement pour cette occasion, ce n’est qu’un repas, comme vous pourriez le partager avec l’équipage, néanmoins il y a des rites auxquels je ne préfère pas vous initier. » Ou plutôt auxquels il ne voulait pas la mêler pour éviter les débordements. La nourriture n’était pas sujette à plaisanterie sur un navire. Alors qu’il l’installait, la suite de la phrase lui échappa. « Vous êtes cependant charmante. » Alors qu’il finissait de pousser la chaise, il se rendit compte de ce qu’il venait de dire et s’emmura dans le silence tandis qu’il regagnait sa chaise. Il ne s’était pas assis en face d’elle, mais sur le côté de la table qui formait un angle droit avec le sien. Il n’avait pas voulu passer la soirée à devoir regarder ses cheveux de feu à chaque fois qu’il relèverait les yeux et même si cette position ne lui offrait qu’un peu de répit, il existait un endroit où il pouvait poser son regard sans être franchement impoli et où l’incandescente crinière serait absente de son champ de vision. Sentant le silence commencer à s’appesantir sur eux, et bien que ce ne soit pas quelque chose qui le dérangeait beaucoup, il préféra néanmoins ne pas rester sur la dernière phrase qu’il venait de prononcer quelques instants plus tôt. « Votre première journée à bord du Némésis vous a plu ? » Il ne savait pas trop s’il connaissait la réponse, elle n’avait peut-être pas le pied marin et avait peut-être du mal à accepter de participer aux tâches quotidiennes mais personne ne pouvait résister au charme de l’océan. Même lui devait avouer qu’il restait toujours sensible à ce spectacle, à l’aube ou au crépuscule, jour ou nuit, par ciel clair comme par tempête, il n’était pas une fois où, quand il posait son regard sur le bleu terrestre, parfois gris de colère, il ne pouvait s’empêcher d’être ébahi et captivé… Voilà qu’elle était la rançon du marin. Quelque chose qu’un insulaire pouvait saisir mais qu’un homme continental ne pouvait même pas espérer comprendre…
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Adhel Askaruu

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Dim 15 Juil - 2:18

Elle perçut le sourire, et sous celui-ci devina la modeste touche d'espièglerie qui régnait. Toute en retenue, ne pas sembler trop chaleureux de prime abord. Il n'avait pas l'air d'un pirate comme ceux que l'on disait enjoués, bravaches et gouaillards. Non, décidément pas. Cette retenue lui allait bien, concrètement. Peu à l'aise avec les effusions, surtout lorsque le danger rôdait toujours à proximité, elle leur préférait cette forme de pudeur qui, au moins, la laissait plus clairement sur ses gardes. Elle se dit cependant, tandis qu'elle répondait à l'invitation tacite de son geste à s'asseoir, que cela pouvait avoir justement pour effet de la rendre plus docile, et plus ouverte. La remarque qu'il fit, ce faisant, au sujet de sa tenue lui arracha cependant un haussement de sourcils. Elle était habituellement ainsi apprêtée, savourant ainsi sans retenue la chaleur du Soleil brûlant sur sa peau. Se vêtir de façon plus terne, et plus couvrante d'était pas plus confortable, ni n'allait de soi à ses yeux. Elle releva, tout de même, le compliment, et en cilla tandis qu'il repoussait sous elle la chaise offerte. Rares étaient les fois où cela lui était dit sans arrière pensées, et elle se trouvait à bord d'un bateau plein à craquer de pirates. Autant dire que l'on faisait difficilement lieu moins adapté que celui-ci aux minauderies, et jeux de séductions. Encore aurait-il fallut pour cela qu'elle soit femme à se laisser approcher par un homme... Ce qui, hélas, n'était plus le cas depuis qu'elle avait quitté l'armée. Au fond, sans doute cela lui manquait-il un peu, le plaisir simple d'accepter les compliments, les bonifier, les rendre... Se laisser aller à la perspective du plaisir sans crainte que celui-ci ne lui soit fatal. Mais c'était ainsi, sa nouvelle nature, pour ainsi dire. Elle n'avait d'autre choix que celui de faire avec. Il lui fallait néanmoins lui répondre, ne pas le laisser sur ce silence lourd de sens aussi variés qu'erronés. « Je vous remercie. Quand à cette tenue... Eh bien, elle m'est plus naturelle et confortable que celle de ce matin. » Elle avait relevé, ce disant, un regard tranquille et malgré tout chaleureux en sa direction.

À la lueur des bougies, les yeux du Capitaine luisaient d'un feu qu'elle n'avait qu'à peine remarqué, de jour. S'humectant les lèvre tandis qu'il s'installer à son tour et la quittait des yeux, elle songea à ses soupçons, se demanda si, au cours de ce repas, il lui serait possible de conforter son impression. Des doutes pouvaient, toujours, planer sur les dires de cet aubergiste, et si les jeux étaient déjà fait, ça n'en était pas moins plus fort qu'elle. Elle voulait savoir.

Il la tira de ses pensées par une question qui la prit de court. À des lieues du raisonnement qui s'articulait sous ce casque de flammes. Elle répondit néanmoins spontanément. Trop, peut-être, car le mot fusa d'entre ses lèvres avec une sorte de gourmandise qu'elle aurait, sans doute, réprimée un peu plus en y réfléchissant. « Oui » Une syllabe pour un aveu presque enfantin. Elle se reprit presque aussitôt et, plus sérieuse, compléta : « Enfin. C'était dur. Ça l'est toujours, pour mon dos... mais, étrangement, je pense m'être amusée. » La fatigue, parfois, faisait dire de ces énormités. Quelle journée elle avait passé... A rafistoler des voiles et défaire des nœuds plus abscons les uns que les autres. Mais tout cela s'était fait à l'air libre, fouetté par les embruns, et souligné par un Soleil doux, et salé. Oui, le Soleil lui avait sans doute fait aimer cette journée. Sans pour autant emplir ses yeux des hésitations d'une vierge effarouchée, elle ajouta néanmoins : « J'espère ne pas avoir été un poids pour Kingsley. Il me faudra sans doute un peu de temps pour me familiariser tout à fait à la vie à bord... » Elle ignorait s'il avait déjà reçu un compte rendu de son « mentor », à bord, mais espérait que celui-ci ne la desservirait pas trop. Elle n'en voyait pas de raisons, ayant fait du zèle, mais préféra opter pour une digne modestie, plus proche de son état d'esprit que la témérité qui pourtant couvait en elle. Oui, elle était à bord d'un bateau pirate, et elle s'amusait. Elle. Paradoxalement, elle n'avait pas peur pour sa peau. Enfin, tant que tout allait bien... Raison de plus pour faire du zèle. Consciente que le Capitaine n'avait pas non plus l'air d'un grand bavard, ne l'étant pas elle-même, elle l'observa en silence, ses yeux d'ambre l'effleurant doucement, jusqu'à ce qu'ils soient interrompus.

On frappa à la porte, s'attirant aussitôt l'attention des deux compères. C'était le cuisinier, qui revenait chargé des quelques mets préparés pour la table du capitaine. Silencieuse, elle le regarda les installer devant eux, avant de le remercier d'un hochement de tête et d'un discret sourire. Celui-ci s'élargit un peu lorsqu'elle regarda le Capitaine... Quitte à manger en tête à tête... Enfin, en tête à profil, mieux valait que cela se fasse, au moins, dans une forme de bonne humeur. Cela serait le premier d'une longue série de repas, et si elle n'était pas sure de pouvoir en apprendre suffisamment à son goût dès ce soir, elle espérait au moins aller se coucher le cœur allégé de quelques uns de ses doutes. Elle brûlait de lui poser tant de questions... Mais se doutait qu'il en avait aussi sur son compte, et en sa qualité de matelot provisoire, opta pour l'heure pour la politesse et la réserve. Viendrait un moment où elle saurait... Pourquoi elle était à bord, si cette homme était bien des siens... Si elle avait eu raison, de suivre son instinct et de ne pas se faire débarquer sitôt prononcé le mot de « pirate ». Elle se contenta de reporter son attention sur la nourriture, la convenance voulant que son hôte initie le premier geste. Il était peut-être un pirate, un forban, un hors la loi, elle ne savait pas à quel point il pouvait se montrer pointilleux vis à vis des bonnes manières... Certains étaient, paraissait-il, de véritables pseudos dandys. Des dandys sanglants.

On est jamais trop prudent.

La rengaine habituelle, en somme.

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Irwin Saw

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Dim 15 Juil - 10:54

Irwin ne fuyait pas le regard de la jeune femme, mais presque. Il avait besoin de se concentrer un minimum, la preuve en avait été faite, s’il ne voulait pas se laisser aller à quelques digressions inutiles le faisant passer pour ce qu’il n’était pas. Pourtant les faits étaient là, il ne pouvait pas les nier non plus, tout son équipage était au courant, du moins de manière officieuse, et il ne doutait pas qu’ils en avaient déjà tous discutés de manière plus ou moins grivoise. Irwin ne courrait pas la gueuse mais son « faible » pour les rousses avait rapidement été remarqué par ses camarades de bord lorsqu’il avait embarqué avec eux il y a de cela des années. Le trouble perpétuel que perpétraient en lui ces créatures à la chevelure de feu n’était pourtant pas dû à de l’attirance mais bel et bien à d’anciennes images de son passé qui profitaient des ressemblances pour s’immiscer dans sa réalité présente. Voir une crinière rousse ramenait toujours le visage de sa sœur, Erazielle, devant ses yeux et cela lui faisait du mal car s’il naissait en lui l’infime espoir qu’elle put être vivante, la réalité refluait, abrupte et vengeresse, lui rappelant qu’il avait lui-même retrouvé son corps et qu’il s’était occupé lui-même de l’enterrer, rendant impossible cette rencontre si brièvement espérée. Adhel Askaruu n’avait pas échappée à cette superposition, elle ne s’en était peut-être pas rendue compte, songeant peut-être qu’il ne faisait que la jauger, immobile sur le pont avant de son navire. Au cours de la journée, s’absenter dans sa cabine avait été un bon moyen d’oublier cette femme qui œuvrait maintenant sur son navire. Il se demanda pourquoi il avait malgré tout accepté de la prendre à bord, s’infligeant de lui-même cette épreuve de devoir croiser son regard à chaque fois que le hasard les pousserait à se rencontrer sur ce navire, qu’il s’agisse de repas, comme en cet instant, ou de simples entrevues fortuites lors de manœuvre ou tout simplement de balades pour prendre l’air.

Il avait adressé un simple hochement de tête lorsqu’elle avait répondu au compliment qui lui avait échappé. En essayant d’être le plus naturel possible, il avait essayé de jeter un regard dans sa direction admirant sa tenue d’un œil loin d’être grivois et il eut l’idée que ses hypothèses sur les origines de sa passagère étaient peut-être fondées. L’idée qu’elle puisse être une véritable Salamandre ne le dérangeait pourtant pas. Habitant du Pays d’Or, il n’avait pourtant jamais côtoyé ses êtres dont l’on disait beaucoup de choses. Qui plus est, peut-être son père était-il l’un d’entre eux. Cela aurait peut-être été une raison pour le haïr, lui et les siens, surtout après la vie difficile que cela avait infligé aux siens, mais il savait que sa mère avait du le vouloir, envers et contre tout ce que les autres pourraient penser d’elle. Surtout, ce n’était pas lui qui avait exterminé sa famille et Irwin tournait déjà toute sa haine et ses pensées vers ce Capitaine laissant le sujet de ses origines dans un recoin sombre de son esprit, loin de toutes les préoccupations actuelles. Il sentit son poing se serrer à ses pensées. Songer au meurtrier de sa sœur l’emportait toujours, irrémédiablement sans qu’il puisse faire quoique ce soit. Jetant un regard à son poing où les jointures de ses doigts avaient blanchi, il ferma les yeux et inspira profondément avant de desserrer le poing. Mieux valait vite se concentrer sur autre chose à nouveau. Son invitée n’était peut-être pas le meilleur sujet du monde mais il fallait s’en contenter et ce serait toujours mieux que de ressasser de sombres souvenirs et de la colère. Il avait donc rompu le silence avec cette question un peu « bateau » - on repassera sur le jeu de mot – mais il fallait bien commencer la discussion quelque part. La réponse de la jeune femme fut étonnement rapide, ce qui le surpris mais il ne put s’empêcher de sourire alors qu’elle précisait sa réponse. S’amuser ? Voilà qui était intéressant, mais, d’une certaine manière, il ne pouvait que la comprendre. La vie à bord n’était pas facile mais on y trouvait plus d’une satisfaction.

Il avait détourné le regard, songeur, vers l’un des murs de sa cabine, plus pour éviter de la fixer que pour réellement admirer ce coin de bois qu’il connaissait déjà par cœur, quand elle rajouta espérer ne pas avoir boulet attaché au pied de son « maître » d’apprentissage. Kingsley ne lui avait pas fait de rapport mais il n’en attendait pas. Il était à même de prendre les dispositions nécessaires s’il estimait qu’elle ne faisait pas correctement ce qu’il lui confiait. Il tourna la tête vers elle. « Si cela peut vous rassurer, il n’a pas tenu à venir me faire part de son mécontentement. » Il n’était pas certain que cela la conforterait mais après tout il n’était pas là pour la choyer non plus. Il se rendit compte qu’il la fixait depuis bien trop longtemps quand on frappa à la porte. Le cuisinier entra sur l’injonction du Capitaine qui avait retrouvé ses esprits et se maudissait d’avoir ainsi laissé son regard trainer sur son invitée, songeant que Smitty ne le sauverait pas à tous les coups. On apporta quelques plats avec de la viande, du fromage, des fruits, une miche de pain ainsi que de l’eau et du vin. Les premiers jours en mer étaient généralement sous le signe d’une abondance riche, la diversité se réduisant au fil des jours en mer. Irwin remercia son cuisinier avant de reporter son attention sur son invitée qui lui souriait, silencieuse. Il en fut déstabilisé quelques instants. « Servez-vous Mademoiselle Askaruu, votre journée a surement du creuser votre appétit. » Profitez-en, car il n’est pas rare que les vivres se fassent rares en mer… Il garda ses considérations pour lui tout seul tandis qu’il l’observait se servir. Lui-même n’avait pas très faim mais il se servit néanmoins du couteau planté dans la miche pour découper deux tranches généreuses dont il en tendit une à son invitée. Il prit du fromage et un peu de viande, déposant le tout sur son assiette avant de servir deux verres de vin, faisant glisser l’un d’eux vers sa nouvelle passagère. « C’est la première fois que vous prenez la mer ? » La question s’était glissée entre les méandres du silence. Si déjà ils devaient déjeuner ensemble, mieux valait peut-être que cela se fasse dans une ambiance moins tendue…
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 16 Juil - 2:41

Savoir que Kingsley ne s'était pas plaint de son travail lui fit plaisir, bien qu'elle n'en ait pas vraiment douté. C'était réconfortant, car elle n'avait pas l'assurance d'un loup de mer, mais elle y avait mis du cœur, et si elle aurait pu comprendre qu'elle l'entravait d'une manière ou d'une autre, elle aurait eu davantage de difficulté à admettre qu'il ait pu aller jusqu'à s'en plaindre. Elle avait effectué chaque tâche avec zèle, et application. En témoignait les douleurs qui vrillaient ses membres, outre celle qui subsistait dans son épaule suite à sa chute du hamac. Et pourtant, elle était entrainée, rompue au combat, aux longues marches et aux aventures... Mais elle sollicitait ici une force, et une endurance toute différente, dont elle savait qu'il lui faudrait un peu de temps pour les acquérir tout à fait. Elle ne fit cependant pas part de ses réflexions au Capitaine, peu désireuse de lui paraître geignarde ou trop sure d'elle, et se contenta de sourire, en hochant la tête, échangeant avec lui un regard silencieux. Elle percevait, lorsqu'il posait les yeux sur elle, un trouble étrange. Une insistance qui, chez un autre homme, lui aurait sans doute paru quelque peu indécente, mais qui ici semblait tenir à un autre registre. Il ne la dévorait pas des yeux, ni ne l'en déshabillait, tâche somme toute assez vite expédiée compte tenu de ses hardes. Non, il la regardait, fixement, avec un air absorbé qui lui donnait presque l'impression que son regard la traversait, pour se porter ailleurs. Elle ne lui poserait bien évidemment pas la question, chacun ses fantômes mais... Mais elle trouvait cela étrange. Peut-être avait-ce à voir avec les raison de sa venue à bord, en fin de compte. Ce mystère là non plus n'avait pas été élucidé, après tout.

Lorsque le cuisinier entra, elle reporta sur lui toute son attention, consciente du caractère déplacé de son regard. Après le départ de celui-ci, et sur la demande du Capitaine, elle se servit avec une certaine parcimonie d'un peu de viande et de fromage. Elle était étonnée d'avoir ainsi droit à un repas si éloigné de la frugalité à laquelle elle s'attendait, mais en fut également soulagée, car comme il le disait, sa journée l'avait tout de même creusée. Sa fatigue, de plus, était telle qu'elle n'était pas sure d'avoir été capable d'ingurgiter l'infâme bouillie des jours sans. Elle accepta le pain avec un sourire sincère, puis marqua un arrêt devant le vin. Elle n'aimait pas boire, lorsqu'elle n'était pas en confiance totale. Elle était peut-être insensible au feu, mais pas aux affres de l'ivresse, et s'y abandonner n'était jamais sans risque. Or, les risques et Adhel... Elle observa donc alternativement le vin et le Capitaine, hésitant entre l'impolitesse du refus, mais le soulagement de la sobriété, et la linéarité de l'acceptation, mais le risque de la vulnérabilité. Dilemme auquel il mit un terme par sa question. Elle prit alors le parti d'accepter et, après un « Merci » soufflé à voix basse, porta la coupe à ses lèvres. Ayant rarement l'occasion de boire, et plutôt accoutumée aux alcools sucrés du désert, elle n'eut pas de point de comparaison pour le savoir goûteux, ou pas. Elle se contenta de le reposer, l'air songeur, avant de relever vers Irwin un regard plus chaleureux. Elle ferait des efforts. « Avant toute chose... Appelez moi Adhel, je vous en prie... » Mademoiselle Askaruu, c'était pompeux, elle se ferait plus facilement à Adhel. « Pour répondre à votre question, non, j'ai souvent eu l'occasion de prendre la mer... » Elle esquissa un mince sourire, et ajouta, consciente que ce n'était pas avec ses réponses laconiques au possible que la soirée serait plus confortable pour eux : « À l'occasion de mes missions, j'ai régulièrement eu à effectuer des traversées, de part et d'autre des mers. C'est un moyen de locomotion que j'affectionne, en dépit des dangers que l'on peut y rencontrer... » Danger, angoisses, insomnies. Non, pas ici, elle avait ici une serrure qui fermait à double tour. Fermant les yeux un instant avant de découper à l'aide d'un couteau un peu du fromage dont elle s'était servie, elle laissa un infime soupir lui échapper et balaya cette pensée. « Cela dit, j'ai toujours payé suffisamment cher mes traversées pour ne les effectuer qu'en tant que passager... Et je n'ai jamais embarqué sur un batiment pirate... » Sur ces derniers mots, sa voix se posa, énigmatique, sur un infime sourire.

Il pouvait se méprendre, sur son sourire. Elle même eut été bien en peine de l'expliquer, tant cette donnée, pourtant porteuse d'un potentiel danger, aurait pu la mettre dans tous ses états. Ou, pour être plus précis, l'avait mise dans tous ses états, le matin même... Et s'il se montrait curieux ? Lui demandait, dans ce cas, d'où lui venait ce choix. Que pourrait-elle bien lui répondre ? Non, décidément, la conversation n'était pas son fort. Elle ne savait pas l'anticiper, la contrôler, maîtriser ses mots comme elle maîtrisait son sabre, et cela la frustrait au plus haut point... Eut-elle était à l'aise avec cet homme que cela ne lui aurait pas posé le plus petit problème, ensemble ils en auraient cherché les raisons, elle aurait évoqué ses soupçons, concernant son espèce... Mais elle ne l'était pas, n'en déplaise à ses sourires et aux regards qu'ils échangeaient... Et dans ce calme qu'elle affectait avec brio, elle se sentait comme nauséeuse, et prise dans une tourmente. Pour se défaire de celle-ci, elle s'abîma dans la dégustation du fromage, et de la viande, dont elle nota avec une certaine surprise la saveur. Elle reposa ses couverts et, après une gorgée de vin, se maurigéna elle-même. C'est ça, fais passer ton amertume avec du vin, histoire de multiplier les phrases à regretter ensuite...

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 16 Juil - 8:23

En compagnie de son invitée, le Capitaine Saw se remémorait non seulement des souvenirs qui lui étaient propres, de sa mère, de sa sœur, de son passé en général, mais également de rumeurs, d’histoires d’équipage que les marins se racontent au coin d’une portion de pain et de tambouille à la lueur d’une ou deux bougies quand les ténèbres menacent d’engloutirent le navire pour une nouvelle nuit. Les histoires sur les Salamandres ne manquaient pas. On les disait bien entendu insensible à la chaleur du soleil, au brasier le plus ardent, ce qui, en un sens respirait la logique compte-tenu du fait que ce peuple vivait dans le désert et qu’il n’y neigeait surement pas souvent. Toutefois, quelle histoire de navire en est une si elle n’est pas ne serait-ce qu’un peu grivoise ? A ces rumeurs, on rajoutait également que si leurs attraits physiques démontraient leur appartenance à la race, par des couleurs chaudes et flamboyantes, ce n’était pas seulement pour mettre en garde sur leur faculté à ne pas sentir la morsure du feu, mais bel et bien pour illustrer leurs brûlantes passions puisqu’on les disait très bons amants. A l’époque l’un des matelots du navire s’était même targué d’avoir croisé la route d’une Salamandre et leur avait vanté pendant une bonne partie de la nuit des ébats qu’Irwin avait jugé imaginaire car l’intéressé semblait ne semblait faire que renchérir, à mesure qu’il avait l’impression de captiver son auditoire avec de salaces anecdotes. Mais si ces pensées refaisaient surface en lui, ce n’était pas tant en déclenchant une quelconque attirance ou une once de désir pour elle en lui, qu’une simple recrudescence de tout ce que sa mémoire parvenait à faire glisser jusqu’à la surface, profitant de son trouble face à cette jeune femme aux yeux couleur miel, comme de petites bulles d’air remontent dans l’eau avant d’éclater à la surface, dans le bruit caractéristique de l’éveil à la réalité.

Il veilla avec une certaine attention à laisser la nouvelle passagère se servir avant de commencer à toucher aux plats. L’atmosphère était suffisamment tendue, à défaut d’électrique, un peu comme lorsque le ciel était à la veille d’une tempête particulièrement salée, pour qu’il n’ait besoin d’y rajouter quoique ce soit, comme par exemple des collisions fortuites. Au lieu de cela, il préféra s’occuper de choses plus annexes comme le pain et le vin, acceptant son rôle d’hôte jusqu’au bout en découpant une tranche de la miche et servant un verre de la cruche. Alors qu’il glissait le verre devant elle, sans réellement prendre la peine de sourire – ce qui ne voulait rien dire car il n’avait simplement pas forcément l’habitude de laisser ainsi aller ses lèvres –, il ne put manquer l’arrêt qu’elle posa devant le verre. Il l’observa, tandis qu’elle le regardait alternativement lui et ce qu’il lui proposait. L’espace d’un instant, il crut qu’elle songeait à la possibilité que le vin fut empoisonné – une chose stupide étant donnée qu’il aurait été idiot et de vouloir la tuer et de gâcher une ration de vin – mais elle finit par accepter d’un « merci » avant d’en boire une gorgée laissant Irwin à des interrogations plus profondes sur les raisons de son hésitation. Des questions qu’il coupa court avec l’une des siennes. Il avait regardé son assiette, son fromage, sa viande et son pain et réalisa soudain qu’il n’avait pas vraiment faim. Il n’avait presque rien mangé de la journée mais ces derniers temps il avait peu d’appétit, il se força néanmoins à déposer du fromage et de la viande sur le pain qu’il s’était découpé faisant ainsi une sorte de tartine grossière et généreuse avant de relever les yeux vers la jeune femme dont le regard aussi doux et chaud que le sable brunit et fin de certaines côtes réveilla à nouveau quelques souvenirs en lui. Il s’accrocha toutefois presque désespérément à ses paroles afin de ne pas quitter la cabine et de ne pas avoir trop l’air d’être troublé par elle, s’eut été inconvenant. Un pirate troublé par une donzelle ? Laissez moi rire ! Ah-ah !

Il fit glisser un simili-sourire quand elle le pria de l’appeler par son prénom. Une formalité dont il essaierait de s’acquitter, sans réellement savoir s’il y parviendrait, mais qu’il accepta d’un hochement de tête avant d’apprendre qu’elle n’était pas à sa première sortie en mer et, qu’apparemment, elle y était même habituée. Ce n’était pas vraiment incroyable étant donné que si l’on désirait traverser la mer, il n’y avait pas d’autres solutions. Elle ne donnait pas l’air d’une sédentaire, aussi, n’importe quel voyageur n’en était certainement pas à son premier trajet marin, même si, à chaque fois, il fallait une première fois. Il hésita un moment sur la façon de comprendre ces derniers mots, pour savoir si elle essayait de revenir sur le coup de la traversée ou si elle se plaignait de devoir accomplir des tâches en tant que membre d’équipage. Peut-être était-ce même simplement qu’une constatation, loin d’une quelconque tentative verbale. Il attrapa sa coupe alors qu’elle glissait doucement sous le joug du roulis et la porta à ses lèvres dans une petite gorgée. Irwin n’avait pas de mal avec l’alcool, il le tenait même plutôt bien, mais le vin était loin d’être son plaisir alcoolisé favori. Tandis qu’il buvait, il capta son léger sourire et s’il n’avait cessé de boire, il se serait probablement avalé de travers. Déglutissant lentement, il reposa le verre devant lui, prévenant ainsi une chute prématurée. Poser des questions pouvait être malvenu et mal perçu par son invitée, mais, d’une certaine manière, elle les appelait de ses réponses, aussi pourrait-elle vraiment s’en étonner et s’en offusquer ? Au mieux elle pourrait simplement décider de ne pas y répondre. « Et pourquoi avoir choisi un navire pirate cette fois-ci ? Vous aviez besoin de quelques sensations fortes ? » Il avait dit cette dernière phrase sur une note plus taquine, quoique discrète. Son regard s’était reporté sur son assiette avant qu’il ne porte son morceau de pain garni aux lèvres en y mordant avec un appétit feint. Il devait donner en quelque sorte le change, mais, surtout, ne devait pas se laisser aller, il se devait d’être en forme à chaque instant, car la mer pouvait être capricieuse, et pour cela, il devait manger.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 16 Juil - 12:33

Le ton taquin de sa réplique ne lui échappa pas, à elle qui était sur des charbons ardents depuis le début de cette soirée. Elle ne sut trop comment l'interpréter, cependant, sa première idée étant qu'il pouvait tout aussi bien lui jouer un mauvais tour et s'amuser de sa pseudo naïveté. Cela ne la dérangeait pas outre mesure, l'adage disant qu'il valait mieux être sous-estimé par son adversaire que l'inverse... Si tant est qu'il fut son adversaire, et qu'un jeu, dangereux ou non, se jouait ce soir... Ce qui restait encore à prouver. Elle se mordit les lèvres, consciente que son esprit l'emmenait trop loin, tandis qu'elle vrillait littéralement le regard du Capitaine du sien. Elle était consciente de se méprendre quant à ses intentions, consciente de se laisser aller à trop de panique, trop de crainte et de suspicion, mais elle était ainsi faite, et il n'était pas près d'arriver, le jour où on l'amadouerait assez pour lui faire baisser sa garde. Elle avait beau l'observer, apprécier ses traits, s'interroger sur son ascendance, se défaire de ses vieux réflexes n'était pas chose aisée, et force lui fut d'admettre qu'elle avait du mal à franchir le pas... Ne serait-ce que mentalement... ne serait-ce que de s'arrêter, pour quelques instants, d'imaginer le pire à chaque mot prononcé par autrui. Certes, l'exercice n'était pas des plus aisés face à un hors la loi, mais elle avait par ailleurs conscience que si l'envie lui prenait, là, de lui faire du mal, toute la vigilence du monde n'y pourrait rien... Rien du tout. Alors, si pour quelques instants au moins elle pouvait mettre un terme à ses angoisses, cela l'apaiserait sans doute. Mais elle n'était pas encore tout à fait prête à cela, et se recentra sur lui. Ses yeux aux étranges reflets, et sa question.

Que lui répondre ? Se montrer honnête ? Mentir, inventer un scénario ridicule ? Compte tenu de sa capacité à cela, elle opta pour une honnêteté réservée. Pour se donner un peu de courage, elle avala une plus longue gorgée de vin, puisqu'il lui faudrait le terminer un jour... « Je vais être honnête avec vous... J'ignorais que ce navire était un navire pirate avant que vous ne me l'appreniez vous-même, ce matin. Pour autant, je n'ai pas fait demi tour. » Aha, elle ne lui avait pas répondu, pas encore. Si elle ne lui répondait pas, si elle n'allait pas plus loin dans son explication, la logique voudrait qu'il lui demande d'être plus claire. Elle prit sur elle, donc, de se confier un peu pour une fois. Si tous les repas, le temps de cette longue traversée, devaient se passer ainsi, autant les égailler un peu de quelques confidences... « On ne m'avait renseignée que très partiellement à votre sujet, je le crains, mais si j'apprécie les sensations fortes... » Et allez... Elle coula vers lui un regard amusé, guettant une réaction de sa part... « … Ce ne sont pas elles qui m'ont retenues sur le Némésis. Disons que vous bénéficiez d'un... préjugé positif, en quelque sorte. » Là aussi, elle n'était pas claire. Oh bon, tant qu'on y était, elle n'était plus à cela près. « Vous allez sans doute trouver cela un peu... idiot, mais certaines choses font que je suis plus à l'aise avec ceux que mon genre, qu'avec des hommes... classiques. On m'a dit à votre sujet que la rumeur vous disait Salamandre et... Quitte à savourer l'aventure, j'ai préféré le faire en compagnie d'un forban dont il existe une chance, même infime, qu'il soit une Salamandre, plutôt qu'en celle d'un honnête homme qui serait un peu trop... Homme. »

Et voilà. Elle préférait encore risquer sa peau avec des bandits de la pire espèce sur le compte d'une vague rumeur tout sauf vérifiée, plutôt que d'entreprendre un voyage éminemment plus sur et confortable, sur la crainte de voir un simple commerçant se transformer en monstre sanguinaire. C'était une imparable cohérence. Formidable. Sans compter les sous-entendus que ses mots pouvaient également soulever, et qu'elle ne perçut que trop tard. Accusant le coup de sa propre bêtise, elle avala une nouvelle gorgée de vin et, après un petit silence, reprit la parole. « Et vous, avez-vous l'habitude d'embarquer à bord des mousses novices, et provisoires ? » Elle avait failli ajouter : « Ou bénéficie-je aussi d'un traitement de faveur ? » Mais eut au moins le réflexe de garder cela pour elle. A défaut de s'être montrée raisonnable dès le départ. Elle picora un peu plus de viande, et de fromage, avec des gestes doux et précis, sans se départir de sa fluidité habituelle. « … Ou bien est-ce aussi une première, pour vous ? » Bon... C'était, au moins, un peu plus neutre. Elle espérait lever un petit recoin du voile qui couvrait le mystère de son embarquation. Peut-être pourrait-elle alors apprendre s'il désirait, en définitive, d'elle autre chose qu'un travail qui, s'il ne serait pas calamiteux jusqu'à la fin de la traversée, ne serait probablement jamais celui d'un marin épais et rompu au travail à bord... Elle espérait ne pas être allée trop loin mais, en dépit des regards surpris qu'elle entrevoyait parfois, ne lui trouvait pas l'air indisposé par sa présence... Et puis, il était le capitaine à bord, et capitaine, toujours, dans cette cabine, quoi que cette entrevue lui semble plutôt informelle, et n'aurait sans doute aucun mal à la remettre à sa place s'il se sentait un peu trop envahi par sa curiosité.

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 16 Juil - 14:19

Quelque chose le gênait dans ce dîner, quelque chose qu’il ne pouvait pas changer car il ne parvenait pas à mettre la main dessus. C’était indescriptible mais il n’était pas dans son élément, il était certes dans sa cabine, dans son antre, mais la présence de la jeune femme, Adhel, modifiait tout son environnement et le cadre dans lequel il se retrouvait profondément bouleversé au point qu’il aurait presque eu l’impression d’être en milieu hostile alors, que, normalement, il aurait du être le maître à bord, inaltérable, inébranlable. L’espace d’un instant il songea qu’il aurait peut-être mieux fait de la laisser à quai et de ne pas accepter de la prendre à son bord. Il était certain qu’elle ne causerait pas de problèmes, du moins cette première journée l’augurait plutôt bien, mais il craignait davantage pour ses propres réactions que pour ce qu’aurait pu faire son invitée. Bien entendu, il ne parlait pas de lui sauter dessus ou tout autre comportement typiquement masculins lorsqu’il s’agit de femmes plutôt jolies, mais cela concernait davantage sa santé mentale, son intégrité psychologique, à poser ses yeux sur ces cheveux flamboyants, encore et encore, il finirait probablement par devenir véritablement dingue. Pourtant il ne pouvait plus faire marche, pas maintenant, il devait apprendre à se maîtriser, à prendre sur lui. Peut-être était-ce là l’occasion de maîtriser enfin ce reflux continuel de son passé et venir à bout de cette éternelle « malédiction » ? Cela signifiait pourtant apprendre à maitriser ses souvenirs d’Erazielle et il ne savait pas vraiment s’il en serait capable un jour. Il ne s’était jamais vraiment posé la question, tout tourné qu’il était vers sa vengeance et sa haine contre la pourriture qui avait mis un terme à son existence si prématurément, si violemment. Il avait toujours voulu faire payer à ce diable pervers tous les outrages qu’il avait fait subir à sa mère, à sa sœur, lentement, avec le plus de souffrance possible, pour qu’il se rappelle de alors que la mort viendrait l’étreindre avec langueur de chacun de ses crimes contre la famille de son bourreau.

Il se rendit compte que son regard s’était perdu dans celui de la Salamandre tandis que ses poings se crispaient encore. Il fut happé par la réalité lorsqu’elle se coupa de lui en avalant une gorgée de vin avant de commencer à répondre. Heureusement pour lui, les plats cachaient ses poings en grande partie et elle ne s’était sans doute pas rendue compte de la colère visible qui s’était emparée physiquement de lui tandis que son regard s’était fait trouble, perdu dans le passé. Il aurait eu du mal à expliquer que ce n’était pas contre elle que s’était tournée toute la rancœur du monde qui s’était exprimée une nouvelle fois dans ses poings. La colère refluait, lentement, devenait difficile à maitriser. Le dernier abordage remontait à loin maintenant, il avait besoin de se défouler, il le savait, mais il devait se contenir, au moins pour le moment, ne pas devenir une simple bête assoiffée de sang. Voilà quel était son combat de tous les jours, voilà quelle était la raison de son isolement, voilà quelle était la raison pour laquelle il craignait aussi la présence de la jeune femme et pourquoi il se demandait ce qui l’avait poussé à la prendre à bord sachant pertinemment cela. Il se rendit compte que si elle venait à lui demander, il n’aurait sans doute pas de réelles explications à lui fournir. Il préféra cependant laisser son esprit retrouver un semblant de calme en ce concentrant sur les paroles de la mercenaire. Grand bien lui en prit car la surprise chassa momentanément et très efficacement la colère. Elle ne savait pas que le Némésis était un navire pirate ? N’avait-elle pas mentionné avoir entendu parlé de lui ? Il fronça les sourcils en fouillant dans sa mémoire pour retrouver les évènements de la matinée et la manière dont elle s’était présentée à lui mais la suite perturba ses souvenirs aussi préféra-t-il rester avec le présent. Il s’enfonça dans sa chaise lorsqu’elle parlait de « préjugé positif » et l’écouta avec attention. Ses paroles le désarmèrent. Il connaissait les rumeurs qui courraient sur terre à son sujet, ses hommes les lui rapportant quand ils revenaient de taverne, mais il n’aurait jamais cru qu’elle aurait motivé quelqu’un à monter à bord de son navire.

Une chose était certaine maintenant, elle était une Salamandre. Sa manière de justifier l’importance du préjugé ne laissait plus aucune place au doute. Cela lui faisait bien entendu ni réellement chaud, ni froid, mais c’était toujours bon à savoir. Peut-être aurait-il du l’associer à Marty… C’était une chose à laquelle il songea un instant avant de reposer les yeux sur elle. Il hésita un moment à lui dire la vérité puis préféra ne pas insister. Si elle pensait qu’il était un Salamandre lui aussi, elle finirait bien par découvrir la vérité et il pourrait toujours se justifier qu’elle ne lui avait pas posé la question. Alors qu’il réfléchissait en la regardant, trop occupé spirituellement, pour, cette fois-ci être troublé par son point commun avec Erazielle, ce fut, une nouvelle fois, sa voix qui le ramena à bord du Némésis. La question qu’il aurait préféré éviter en quelque sorte. Il quitta son regard pour son assiette, pensif, puis finir par la dédaigner avant de reporter son attention sur Adhel Askaruu, Salamandre, et, apparemment pleine de surprise. Enfoncé dans son fauteuil, il avait l’air plus sur de lui qu’il ne l’était en réalité. « Il n’est pas rare d’engager quelques têtes dures qui cherchent les sensations fortes. Peu d’entres elles se présentent, prêtes à payer leur traverser néanmoins. » Il attrapa son verre de vin qui glissait sur babord et en but une gorgée. « Comprenez moi Adhel. Vous auriez été à bord d’un navire de la marine Impériale ou de toute autre navire régulier, vous auriez certainement payé votre cabine, profité du voyage en espérant qu’il soit sans encombres, mais à bord d’un navire pirate, chacun doit mériter sa pitance et on ne l’acquiert pas avec de l’or mais avec le cœur à l’ouvrage. » Il n’avait pas tout à fait répondu, il le savait, aussi se permit-il après une nouvelle gorgée de la coupe qu’il tenait toujours à la main quelques précisions supplémentaires. « Je n’ai pas l’habitude de prendre des passagers provisoires, mais, étant donné que vous aviez l’air de savoir vous défendre vous même, vous mettiez à mal mon principal argument pour vous laisser à quai. » Il la regarda fixement avant de replonger dans sa coupe. « Une chose que n’auriez sans doute pas accepté. » Il releva la tête. « Je me trompe ? »
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Adhel Askaruu

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Mer 18 Juil - 2:13

Ainsi profondément installé dans son fauteuil, le regard tantôt absorbé par les aliments qui semblaient ne rien lui dire, tantôt fixés sur elle d'un air pensif, il lui parut, si ce n'était troublé, au moins intrigué par quelque chose. Elle ne savait comment interpréter l'attitude du pirate et cela provoquait chez elle une certaine tension. Il finit néanmoins par lui répondre. Peu désireuse de son côté de boire davantage, elle coinça de deux doigts la coupe, lorsque le capitaine récupéra la sienne, sans même avoir à la regarder. Simple réflexe, lui permettant de ne pas le lâcher des yeux. Pas un instant. Elle emmagasinait les mots, les gestes, les regards, et tentait de le lire à tous les niveaux possibles. Il était une énigme, et si cela avait un certain attrait, elle craignait également que parmi les surprises que réservait cet homme d'apparence posées, certaines soient des plus amères. Elle avait noté pour elle-même qu'il buvait davantage en parlant qu'en écoutant. Était-il également tendu ? L'était-il seulement à moitié comme elle-même ? C'eut été suffisant pour le mettre dans un grand trouble, ce qu'elle ne parvenait pas pour autant à déceler dans les yeux qu'elle épiait avec intensité. Les mots, quant à eux, s'écoulèrent en elle avec une certaine prudence. Sujets à interprétation, à digestion, à une lecture se faisant en plusieurs temps. Il lui parlait de ses habitudes, se confiait quant à celles-ci. Des informations précieuses quant à ce qu'il pouvait, supposément, attendre d'elle. Du travail, à priori, et de la témérité. Quelques têtes dures... Elle l'était. C'était seulement cela ? Elle était pourtant une femme, d'une force physique toute modeste, et elle doutait instinctivement de ses propos. Ils étaient pourtant cohérent mais... Oui, peut-être cette façon qu'il avait de jouer de sa coupe avec une certaine raideur. En outre, il n'avait pas répondu à sa question. Il l'avait contournée, d'un habile pas chassé, danseur émérite en magouilles verbales. Il lui faudrait se méfier de cela, aussi...

Puet-être avait-elle contrarié son principal argument pour la laisser à quai, mais elle n'en savait pas plus sur celui qui l'avait servie. Pour autant, elle décida de s'essayer (chose rare, mais il n'était pas question ici d'épreuve à sa mesure de toute façon) aux jeux verbaux, et répondit à sa question avec un mince sourire, toujours quelque peu énigmatique. « J'aurais sans doute insisté, oui. » Elle se demanda, retenant à nouveau sa coupe d'un geste inconscient, ce qu'elle aurait fait dans ce cas. « Peut-être aurais-je fini par me rabattre sur la marine Impériale. À défaut cependant, et croyez moi cela m'en aurait coûté. » Elle avait envie de le tester, de l'aiguillonner, de faire sortir de ces fourrés d'algue le poisson embusqué. « Passer le trajet enfermée à double tour dans ma cabine ne m'aurait guère semblé plus agréable que tout le labeur du monde. Quel qu'il soit. » Elle lui donnait un appât, cherchait à le voir poindre son nez. Volontairement, ses yeux luisant de l'amusement qui, malgré elle, la guettait, elle n'en dit pas davantage. Ses doigts remontant le long de la coupe, elle la porta à ses lèvres, quittant le Capitaine des yeux un instant, et en bu une petite gorgée. Son palais se faisait à l'amertume de l'alcool. Elle enchaîna avec un peu de viande, et de pain, un sourire en coin. Elle était savoureuse, et l'appétit lui venait en mangeant, finalement. « L'avantage du travail qui attend les téméraires s'engageant sur les bateaux pirates, est sans doute qu'il harasse suffisamment l'être pour le rendre vorace, et bon public face à la nourriture. Ce repas est l'un des plus bienvenus qu'il m'ait été donné de savourer. » Une observation, comme cela, lui signifiant que non, elle ne regrettait pas d'être à bord, et qu'elle n'était pas non plus marrie d'avoir à trimer, toutes rébarbatives que pouvaient être ces tâches. Plus tard, elle lui demanderait si cela l'exemptait vraiment d'ajouter à la somme de son travail une autre somme, sonnante et trébuchante, faite de quelques pièces d'argent. S'il devait s'agir d'or, alors il devrait négocier sec. Pas tout de suite. Une seconde bouchée et, reposant ses couverts, elle lui adressa un léger sourire. « Si je vous ai bien suivi, je suis donc à bord de votre navire car je vous ai donné l'impression d'être une tête dure ? » Un peu trop direct, mais ce n'était pas bien grave. De toutes les façons... Après avoir bu un peu, elle ajouta dans un murmure : « Sur quoi basez-vous cette appréciation ? » Elle lui avait dit, après tout, sur quoi elle avait basé sa propre vision de sa personne.

Elle se faisait, tandis qu'elle l'épiait en attendant sa réponse, l'impression de jouer un jeu dangereux. Un jeu qui la captivait. Il était étonnant de voir à quel point une conversation pouvait prendre des allures décisives, alors que pour d'autres, elle n'eut été qu'une formalité sans encombres. Pour celle qui partout voyait l'ombre d'un danger se profiler, les mots étaient les pires de leurres possibles. Et pourtant, cela avait aussi un côté excitant qu'elle ne pouvait tout à fait éluder. Tout comme elle ne pensait pas éluder les questions qu'il lui poserait. Si elle était discrète et sur la réserve, elle n'était pas pour autant quelqu'un de très secret. Et elle avait envie de jouer à ce jeu là. Une partie d'échecs mentale, où chacun poussait ses pièces au petit bonheur dans l'espoir de voir sur le front de l'autre se creuser une ride soucieuse. Elle n'était pas très au fait des règles de ce jeu, mais on la disait dotée d'une bonne mémoire, et ne disait-on pas qu'il était important de tromper l'ennui, en mer ? Elle pourrait mettre à profit ce temps pour apprendre, s'exercer dans l'art de la conversation et pourquoi pas ajouter une corde à son arc. Il pouvait bien être un pirate, elle le trouvait posé et son côté laconique, parce qu'il lui ressemblait, en faisait le parfait candidat à cet apprentissage. Elle espérait juste qu'il ne se sente pas trop mal à l'aise dans son rôle de cobaye. Il eut été dommage de le voir se retirer prématurément de la partie. Le silence ne l'indisposait pas mortellement, mais elle devait bien admettre qu'elle préférait éviter de passer les soirées des six prochaines semaines baignée dans celui-ci.

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Mer 18 Juil - 8:40

S’il avait pu croire qu’elle représentait un potentiel danger, une quelconque menace initiée par quelqu’un qui ne lui voulait pas du bien, ou simplement motivée par elle-même et l’appât du gain, il était maintenant relativement convaincu qu’il n’avait pas besoin de la craindre, du moins pas parce qu’elle était inoffensive, ce qui n’était clairement pas le cas, mais parce qu’elle ne semblait montrer aucun signe évident de duplicité. Elle était un peu nerveuse, mais n’importe qui l’aurait été dans cette situation. Bien entendu, elle pouvait aussi très bien jouer le jeu pour le moment et se contenter d’abaisser sa vigilance. Tout était possible dès lors que l’on commençait à se mettre à douter des gens, de leur façon d’être face aux autres et de leurs capacités à masquer leurs intentions. La question était de savoir si la duplicité était perceptible, évidente. Les propos qu’ils échangeaient étaient cordiaux, peut-être même trop polis, apparemment sans réels détours, ne serait-ce plus que pour éviter d’en dire trop que pour réellement cacher quelque chose. Certes il n’avait pas répondu à l’interrogation muette sur ses origines mais, en un sens, c’était davantage pour s’assurer sa propre sécurité que celle de son invitée qu’il avait préféré démentir les rumeurs et annoncer de but en blanc qu’il n’était qu’un homme et qui si son père était un Salamandre, ce qui n’avait rien de sûr mais pouvait expliquer ses attraits qui se rapprochaient de ceux d’un membre de cette race, il n’en avait pas hérité de spécificités particulières, le sang de sa mère ayant probablement prit l’ascendance sur celui de son père, inconnu. Peut-être accepterait-elle davantage cette demi-ascendance plausible à défaut d’une parenté totalement Salamandre, mais Irwin avait appris à ne pas tenter le diable, pas sans en savoir plus sur lui, dans le cas présent, sur elle. Il comprenait qu’elle décide de faire exclusivement confiance aux siens, ce qu’il avait vécu par le passé ne lui donnait pas vraiment envie de vouloir faire confiance aux Hommes, surtout qu’il avait lui aussi entendu parler de ces « chasseurs d’écailles ». Il comprenait son appréhension à finir dans le navire d’Hommes qui pouvaient très bien décider d’essayer de s’emparer de sa peau… Elle ne le savait pas, mais, sur ce point là, elle avait eu de la chance.

Ils se regardaient. Echangeaient des regards autant qu’ils échangeaient les mots, sinon plus. Il savait qu’elle l’observait et elle savait qu’il en faisait de même, c’était d’une telle évidence qu’il ne s’étonnait plus de la voir, la tête tournée vers lui quand il relevait la sienne. Le navire glissait sur l’écume, un léger roulis berçant ses occupants, en particulier Irwin qui ne s’était jamais lassé de ce mouvement de balancier presque régulier, du craquement du bois qu’il engendre. Il ferma les yeux quelques instants, se coupant de sa cabine et de son occupante. Il la revit presque immédiatement lorsqu’elle confirma ses propos, lui arrachant un demi-sourire mais il l’oublia aussitôt, se laissant perdre dans les méandres d’une obscurité mouvante et plaisante. Il rouvrit les yeux, ramené à la réalité, avant de les déposer sur Adhel. Appréciait-elle à ce point le labeur ? Voilà qui était fort étonnant. Tenant sa coupe entre ses doigts, jouant négligemment avec, il l’observa porter la sienne à ses lèvres pour en boire une gorgée avant de se servir d’un peu de nourriture qui restait dans son assiette. Il attendait une suite, car il devait nécessairement y avoir une suite, le contraire eut été presque impossible, voire inimaginable. On ne pouvait décemment pas lancer de tels propos sans y porter une fin digne de ce nom, à moins qu’elle ne fit cela pour susciter son intérêt et l’amener à poser des questions mais il restait sceptique. Finalement elle daigna éclairer ses propos de quelques mots supplémentaires. Le Capitaine hocha la tête. « Le travail forge le corps et l’esprit. Lorsqu’on gagne son repas, on le savoure davantage que lorsqu’il est offert sans contrepartie. » Il but une gorgée de son verre de vin. « Smitty sera certainement content d’apprendre qu’il a su vous faire plaisir avec les moyens du bord. » L’ordinaire d’un bateau était rarement composé de mets succulents et truculents. Il fallait avant tout veiller à la conservation des aliments et, généralement, les meilleurs ne tenaient pas longtemps. Parfois, après un séjour à quai ou l’abordage d’un navire, il pouvait y avoir quelques denrées particulières mais ça ne durait jamais longtemps et, à son arrêt dans le port de l’Empire, le Capitaine Saw avait surtout voulu faire au plus vite pour ne pas se faire repérer.

Il se rapprocha de la table, déposant son verre avant de finalement daigner reprendre une bouchée de ce qu’il avait dans son assiette. Ne pas gâcher… Et puis Smitty aurait été capable de le lui redonner pour le petit déjeuner… C’était une qualité qu’il appréciait beaucoup chez son cuisinier : un pragmatisme implacable qui obligeait les gens à prendre conscience de l’importance de la nourriture à bord d’un navire et de la nécessité de ne pas la gâcher, voire, parfois, de l’économiser. Il finissait de mâcher une bouchée en silence, concentré sur son assiette, quand elle lui demanda comment il avait pu se faire une idée d’elle en tant que « tête dure ». Ayant relevé le regard vers elle quand elle lui avait adressé la parole, il termina ce qu’il avait en bouche avant de faire passer le tout d’une gorgée de vin, autant pour s’humidifier à nouveau la gorge que pour se donner une certaine contenance. « Pour être tout à fait franc, il s’agit là plutôt d’une impression, celle que vous m’avez donnée en vous adressant directement à moi depuis le quai, à la posture que vous aviez adopté en me jaugeant du regard. Renforcée un peu par la manière à laquelle vous avez répondu à ma demande de développement de vos arguments pour justifier votre présence à mon bord. » Il lui jeta un regard plus prononcé par dessus sa coupe de vin. « Après, peut-être que je me trompe totalement sur vous, je n’ai jamais brigué le titre de fin psychologue. Néanmoins soyez assurée que « tête dure » n’a rien d’un affront, ou d’une injure. Par bien des aspects, il pourrait être considéré comme un compliment, surtout à bord du Némésis… » Il noya ses derniers mots dans du vin avant de soupirer en silence. Il piocha un morceau de viande qu’il avala avant de contempler à nouveau la jeune femme en silence.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 23 Juil - 1:33

Alors comme cela, il l'avait acceptée à bord pour une attitude qu'il lui avait trouvée. L'air farouche et sure d'elle. L'air de ne pas avoir la peur au ventre, cette peur viscérale qui jamais ne la quittait tout à fait. Il l'avait prise pour cette force là, qui n'était sans doute pas tout à fait illusoire, mais qui n'en cachait pas moins quelque chose que, peut-être, il n'aimerait pas lui connaître. Cette force qu'il savait apprécier n'était en rien inébranlable. Mais, Adhel le savait, elle serait suffisante. Elle saurait montrer celle-ci à bord, la mettre à son service et la faire fructifier, comme elle le faisait toujours. Quelque part, elle pouvait même trouver gratifiant ce combat contre elle-même, qui la poussait bien souvent à se dépasser envers et contre tout ce qui la hantait. Faire fi des obstacles intérieurs comme extérieurs. Moraux, comme physiques. Spectre livide qui étrécissait ses pupilles, comme mont à gravir.

Elle se contenta d'un sourire léger tandis qu'après avoir savouré une nouvelle bouchée de viande, il se mit à l'observer, silencieux et absorbé. En réponse à son geste, elle piocha du bout des doigts dans un petit morceau de fromage qui trônait sur son assiette, détacha un peu de mie et le savoura, presque avec gourmandise, à présent que son estomac lui faisait l'effet de se dénouer... Elle mâcha, distraitement, avant d'avaler un trait de vin et de retrouver son sourire. Que répondre à cela. Il ne lui avait pas posé de question, lui avait décrit quelque chose d'objectif, mais qui n'était pas nouveau pour elle... Au fond, elle peinait à croire que c'était là la seule raison à son embarquement, mais mit cela sur le compte d'un romantisme de pucelle effarouchée. Aimerait-elle à penser quelque chose d'unique se cachait derrière cela ? Elle appuya sa joue dans sa main ouverte, un coude sur la table, un peu penchée vers lui. Ses yeux d'ambre luisaient d'un air sans doute un peu mutin. Du bout de ses doigts libres, elle immobilisa le pied de sa coupe, face au roulis qui menaçait de la faire glisser. « Je ne le prends pas comme une insulte. » Elle ne cherchait pas à le rassurer, le ton était plus à la constatation qu'à la chaleur, pourtant, son sourire s'étira sensiblement d'un air amusé, tandis qu'elle glissait : « Je suis... déterminée. Oui je suis déterminée. » Elle cilla, sans bouger de sa position plus détendue, et du bout de son couteau joua un peu avec un morceau de viande. Attentive à ce petit manège, elle souffla dans un murmure : « Cela fait sans doute de moi une tête dure... »

Elle releva les yeux vers lui, son visage se redressant, quittant l'appui de la paume de sa main. Sans dévoiler grand-chose de sa personne, elle lui avait néanmoins un peu parlé d'elle. Peut-être n'en avait-elle pas le droit, mais elle avait envie d'un peu de retour, aussi se laissa-t-elle aller, ses doigts effleurant doucement la coupe, à une petite question : « Et vous, Capitaine Saw... Le Flamboyant... » Son sourire n'était pas moqueur, ni ironique. Juste un peu énigmatique. Pour autant, ses questions demeuraient là, bloquées au bout de sa langue. Elle la fit claquer silencieusement sur son palais, et y laissa une gorgée de vin, feutrée, s'y insinuer. « On m'a déconseillé, entre tous les navires sur lesquels je pouvais m'embarquer, d'élire le votre. Je n'accorde à ces fables que peu de crédit, ne différenciant qu'à peine pirates et marins, lorsqu'il s'agit de mettre à sac une taverne. Mais sans doute y a-t-il des usages particuliers à ceux dont le pavillon fait frémir, qu'il me faut appréhender, pour mon bien-être personnel... À quoi dois-je accorder toute mon attention, à présent que le choix que j'ai fait est irrévocable ? »

Sitot prononcés, elle se rendit compte que ses mots lui sembleraient déplacés. Sa voix était à peine morte qu'elle se sidéra de son audace, et se raidit sensiblement tandis qu'elle posait, comme s'ils étaient la dangeureuse cause de son dépassement, les couverts. Elle laissa même sa coupe au léger roulis. Vaguement piteuse, elle enchaîna avec ses excuses. « Pardonnez moi, c'était déplacé. Je n'ai pas l'habitude de boire, et cela délie ma langue plus que je ne l'aurais souhaité. » Se le pardonnerait-elle, c'était une autre affaire. Elle n'était pas même îvre, simplement mise à l'aise par les quelques gouttes d'alcool dont la chaleur avait avivé ses entrailles. Elle n'avait d'ailleurs pas l'air éméché, et songea avec amertume qu'il prendrait cela pour une excuse factice. Ce qu'elle n'était pas. Ce qu'elle ne pouvait pas être. Sinon, pourquoi cette audace pour laquelle, à présent, elle se fustigeait intérieurement. Sa gêne, sincère, était en tout cas palpable, tandis que du bout des lèvres elle prenait en bouche un petit morceau, modeste, de viande.

Mange, tu diras moins d'âneries...

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 23 Juil - 9:20

Il était rare de forcer un capitaine à vous prendre à son bord en le défiant en duel, ne serait-ce que pour lui donner un avant-goût des capacités martiales que l’on possède. Surtout lorsqu’on sait que peu de ces hommes suivent véritablement un certain code de l’honneur. Il n’y a que très peu de règles chez eux, parfois souvent faites pour être transgressées, du moins pour certaines, car d’autres étaient immuables, un règlement tacite dont les hommes d’équipage s’acquittaient en silence et avec une certaine dévotion car ils savaient qu’au moindre écart, les autres n’hésiteraient pas à se liguer contre lui. C’était d’ailleurs tout le principe d’une mutinerie. Pour pouvoir la mener à bien, il fallait transgresser des règles, et pour ne pas finir par dessus bord, il fallait qu’une majorité de l’équipage soit derrière vous, prêt à transgresser également. Ainsi changeait les commandements à bord d’un navire pirate, une réalité qui ressemblait fort à un soupçon de démocratie, lorsqu’on y réfléchissait un peu, tachée de sang certes, mais une sorte de démocratie tout de même. Irwin était devenu ainsi le capitaine du Némésis parce qu’il avait transgressé le règle, mais, aussi, parce que son ancien capitaine, n’avait pas joué le jeu non plus. Tout était une simple question d’équilibre, un équilibre qu’il n’avait aucun mal à tenir maintenant qu’il dirigeait ce navire, mais cet équilibre là n’était pas difficile à maintenir comparativement à celui qu’il voulait faire en lui. La haine et la vengeance le privaient de cela, pour l’instant. Une fois qu’il aurait eu sa vengeance, peut-être pourrait-il trouver une certaine tranquillité, une vraie paix et pas seulement le simulacre dont il abreuvait les gens autour de lui. Ses hommes n’étaient pas dupes, du moins pour la plupart, il suffisait de le voir se battre pour se rendre compte de ce qui sommeillait au plus profond de lui mais cette jeune Salamandre s’en rendrait-elle compte, même s’ils n’auraient pas à se battre sur la route du Pays d’Or ? Il en doutait, même si elle ne semblait pas être née de la dernière pluie, mais c’était quelque chose qu’il parvenait à maîtriser.

En silence, il observa son sourire, cette manière qu’elle eut de s’installer dans le creux de sa main, avec un regard où luisait une petite pointe de défi. Sans ciller, il observa son petit manège, cette manière qu’elle avait de conclure ses propos, expliquant qu’elle était « déterminée » et que c’était probablement ce qui faisait d’elle une tête dure. C’était l’une des qualités, ou l’un des défauts, qui effectivement pouvait être à la source d’un tel comportement mais ce n’était pas le seul. Quand bien même, ce n’était pas important, il espérait juste qu’elle était déterminée à vivre si le besoin de se battre se ferait sentir, car il n’avait pas besoin d’un passager mort sur les bras. Il but une gorgée de vin avant de se saisir d’une petite grappe de raisin qu’il déposa dans son assiette avant d’ne prendre un grain ainsi qu’un bout de fromage alors qu’elle se redressa toujours en lui faisant « face ». Se détachant de son regard, il observa ses doigts jouer avec la coupe devant elle tandis qu’elle l’interpelait. Son ton surprit un peu Irwin qui se demandait quelle allait être la suite de ces quelques mots. Peut-être aurait-il déjà du s’offusquer de la manière avec laquelle elle s’adressait soudainement à lui mais il n’en n’eut pas le loisir car elle enchainait déjà, expliquant qu’on lui avait déconseillé le Némésis, chose qu’il pouvait aisément comprendre, car, après tout, peu rêvaient d’embarquer sur un navire pirate, loin d’être l’idéal pour une croisière de rêve… Le reste fut cependant bien moins conventionnel et il eut bien du mal à cacher la surprise qui perla dans son regard alors qu’elle évoquait des usages particuliers dont elle devrait peut-être être mise au courant. Qu’entendait-elle par là ? Il resta silencieux quelques instants, suffisants d’ailleurs pour qu’elle estime avoir tenu des propos déplacés et ne s’en excuse, argumentant qu’elle n’avait pas l’habitude de boire et que le vin lui faisait tenir des discours qu’elle n’aurait jamais eu en temps normal.

Sa coupe de vin à la main, il resta silencieux quelques longs instants supplémentaires, ne quittant pas la Salamandre des yeux, cherchant peut-être à comprendre si elle s’excusait simplement de peur d’avoir commis un impair ou s’il s’agissait bien de la vérité. Il préféra laisser cela sur le compte du vin, de toute façon, la question, si elle était surprenante, n’était pas spécialement déplacée, même si elle ne manquait pas d’être partiellement interprétable. Il but une gorgée de vin avant de la reposer sur la table, à côté de son assiette. « Ne vous excusez pas. Si vous préférez ne pas finir votre coupe laissez la de côté, je ne vous ai pas servi de vin pour vous indisposer mais simplement pour me montrer bon hôte, du moins l’espace d’un diner. » Il soupira, apparemment c’était raté… Il regarda son assiette avant de récupérer l’ambre de son regard. « Je ne sais pas ce que vous entendez par usages qui pourraient mettre à mal votre bien-être personnel, mais tant que vous ne cherchez pas les ennuis, il y a peu de chances qu’on vous en fasse. Après, peut-être avez-vous des idées particulières quant aux us et coutumes que l’on peut avoir à bord d’un navire pirate et qui pourraient vous donner quelques sueurs froides et sur lesquelles je pourrais certainement vous rassurer ? » En réalité, il aurait probablement été bien en peine de le faire si elle avait de réelles idées quant à ce qui pouvait se passer à bord. Le préjugé avaient la vie facile et étaient coriaces dans la plupart des esprits, surtout lorsqu’on parlait de pirates. Il avait préféré ne pas relever le parallélisme avec les marins, car, dans le cas d’une taverne, l’exemple qu’elle avait cité, la différence était probablement très ténue, mais c’était bien différent en mer, même si peu s’en rendaient réellement compte. Et puis il y avait toutes ces choses qui faisaient qu’être pirate, c’était goûter à une liberté à laquelle on n’accédait jamais en tant que marin, à moins d’être officier, ce qui était rarement le cas des gens de basses conditions.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Sam 28 Juil - 18:19

L’attitude qu’il adopta devant sa maladresse eut l’heur de la rassurer à un point qu’il n’imagina sans doute pas. Il ne s’en offusqua pas, ce qu’elle redoutait, ni ne se montra trop gouailleur et téméraire devant celle-ci. Elle avait redouté de le voir prendre avec trop de joie ce pas de côté, en digne pirate, aurait-on dit. Mais il était resté sérieux, peut-être mortellement sérieux, et avec un calme qui, à ses yeux, lui sembla souverain, lui demanda simplement ce qu’elle entendait par là. Elle hocha doucement la tête. Il lui fallait payer sa question, bien qu’il n’en ai tiré nul profit, et elle ne s’esquiverait pas. Un sourire apparut alors au coin de ses lèvres, et elle reposa ses yeux sur la coupe de vin. « Ne vous excusez pas pour le vin, je l’ai bu de bon cœur, malgré tout. Délier les langues est parfois nécessaire à une soirée agréable… Et les miennes le sont rarement. » Elle était restée suffisamment sobre dans le ton pour qu’il ne prenne pas cela trop à cœur, et comprenne ce qu’elle voulait le voir comprendre : simplement, elle était parfois trop austère, et si sa maladresse leur évitait de sombrer dans un mutisme profond et inconfortable, alors ce n’était pas plus mal. Pour étayer son propos elle but une rasade de plus, et reposa le verre, sans lâcher son regard du sien, avec un geste tranquille. Un sourire aux coin des lèvres. Là, tu vois, le pirate ? Je n’ai pas peur, boire ton vin n’est pas un supplice… Puis, inclinant doucement la tête, elle lâcha sur le ton de la plaisanterie (quoi que le propos fut sincère, et sérieux) « En plus, ne dit-on pas que rien ne doit se perdre, à bord d’un navire ? Quoi qu’il en soit rassurez-vous je saurais me tenir. »

Sans rire pour autant, elle tâcha de conserver son sourire, et de lui répondre avec le plus de… sérénité possible. Qu’entendait-elle par là. Le savait-elle seulement ? Son imaginaire fourmillait de supplices potentiels, de dangers, d’agressions, de scènes enflammées et terrifiantes pour la paranoïaque qu’elle se savait être. Que choisir, dans tout cet amas de spectres, pour qu’il ne la prenne pas aussitôt pour… Eh bien, pour ce qu’elle était, en fait. Une foutue trouillarde, planquée bien au chaud dans le corps d’une mercenaire suave. Force lui était d’admettre qu’elle n’avait ni l’apparence, ni l’attitude de son mal. Elle ne pouvait néanmoins éluder tout à fait cette interrogation, simple, qu’il lui avait posé, et s’éclaircit la gorge, avant de souffler sur un ton bas : « Eh bien… Des us et coutumes. Des épreuves, que l’on pourrait m’imposer en ma qualité de nouvelle recrue par exemple. Un bizutage, que sais-je… Je ne suis pas une grande habituée de ce genre de rituels, mais on les dit fréquents en mer. » On, quel mot fuyant et répugnant. Elle laissa un sourire un peu gêné poindre au bout de ses lèvres. Aller au bout de sa pensée, après tout, ne discutaient-ils pas avec une certaine liberté, depuis tout à l’heure ? Pour elle, c’était déjà beaucoup, et sur le visage un peu fermé, tout sauf affable, du Capitaine, elle pensait lire que pour lui également, la conversation aimable des dîners en tête à tête n’était pas son fort. Faisant doucement tourner le fond de vin qui demeurait dans sa coupe, elle lui glissa : « Les pirates ont une réputation plutôt… ancrée, pour ce qui est de ce genre d’histoires. » Elle cilla alors et bu une gorgée de vin avant d’ajouter : « Je n’en crois pas la moitié, mais cela ne coûte rien de demander, je suppose ? » Mis à part sa contenance, bien sur, qui ce soir prenait plutôt cher.

Elle reporta alors une attention un peu tendue à son assiette, dans laquelle elle piocha la viande restante ainsi que du pain. Elle se servit à son tour d’un fruit dont elle emporta du couteau une pièce et qu’elle goûta, savourant sa fraîcheur. Tout en mangeant un peu distraitement, elle se demanda quelle serait la réaction du Capitaine à ses mots. S’il la prendrait pour une petite écervelée s’étant lancée dans cette aventure sans savoir où elle allait, ou bien s’il prendrait tout ceci comme des sous-entendus qui la feraient passer pour tout autre… chose. Dans les deux cas, elle ne se sentait pas elle-même dans ces rôles, et espérait qu’avec le temps ils apprendraient à se connaître de façon plus sincère. Elle n’était pas femme à se découvrir, mais elle ne pourrait passer ces six semaines environ enfermée dans sa cabine, comme elle avait l’habitude de le faire, et s’il souhaitait se montrer bon hôte, Adhel était quant à elle prête à faire des concessions sur ses habitudes. Sans compter qu’ainsi bloquée en pleine mer avec lui, apprendre à la connaître était bien le moins qu’un pirate ait pu faire qui pourrait la mettre en danger. Et puis, depuis des années, c’était une chose dont elle avait privé absolument tout le monde. Et si, toute terrifiante que cette histoire pouvait lui sembler, cet étonnant et involontaire voyage devait la mener vers un peu de ce calme depuis longtemps oublié ? L’ironie aurait été plutôt savoureuse, en l’espèce. Elle releva vers lui un regard intense, chargé de ces questions intimes, qu’elle ne prononça pas. Pour l’heure, il lui fallait déjà apprendre si elle devait s’attendre à se retrouver un jour ligotée à un mat.

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Sam 28 Juil - 21:10

Les bizutages… Il y en avait toujours d’une manière ou d’une autre. Irwin lui-même n’y avait pas échappé à son arrivée à bord du brick mais ce n’avait rien de fondamentalement humiliant. Il avait dû passer une nuit entière en haut du grand mât, afin d’éprouver son mal de mer, mais par-dessus tout, réussir à dormir pour être en forme pour la journée suivante. Cela n’avait pas été une mince affaire, car, bien entendu, s’endormir était synonyme de chute assurée. Pour pouvoir se reposer tout de même, il avait fini par utiliser quelques cordes pour s’arrimer au mât de lui-même afin de ne pas avoir à s’inquiéter d’une chute durant son sommeil. Même s’il venait d’arriver à bord, et qu’il doutait de ses nœuds qu’on lui avait à peine appris la veille, il s’en était plutôt bien sortis et à part les quelques plaisanteries, très bon enfant, sur le fait qu’il s’était attaché lui-même au mât, il n’avait rien à déplorer. Il y avait bien entendu également d’autres surprises d’ordre plus culinaires avec des repas un peu particulier les premiers jours mais encore une fois, ce n’avait rien de fondamentalement éprouvant et loin de donner des sueurs froides, à moins d’être le plus trouillard des hommes, chose que, généralement, l’on n’était pas lorsqu’on s’engageait sur un navire pirate à moins de posséder, en plus, quelques tendances prédominantes suicidaires. Enfin, quoiqu’il en fût, il ne semblait pas intéressant de parler de ce genre de choses à son invitée, car, de toute façon, elle éviterait ces petits désagréments. Il lui avait souhaité la bienvenue dans l’équipage du Némésis mais même si elle mettrait la main à la tâche, son statut provisoire ne l’intégrerait pas entièrement parmi celui-ci. C’était notamment pour cela qu’elle partagerait ses repas, car elle aurait du mal à obtenir la confiance nécessaire pour se retrouver à une table avec de simples pirates. Peut-être y arriverait-elle. Six semaines de voyage avaient de quoi resserrer des liens mais il doutait qu’elle fut capable de se laisser aller à ce genre de copinage. Après tout, n’étaient-ils pas des pirates ? Voulait-elle vraiment frayer avec des gens de cette espèce ? Elle la Salamandre qui devait certainement craindre qu’on ne tente de lui faire la peau ?

Elle semblait plus détendue mais il se doutait qu’elle devait toujours être sur ses gardes, pas tout à fait rassurée de ses intentions, pas convaincue qu’il n’avait que faire qu’elle soit Salamandre, Humaine ou d’une toute autre race que ce monde pouvait accueillir. La seule chose qui lui importait était qu’elle sache se battre et même s’il ne l’avait pas éprouvée sur ce terrain-là, elle semblait pouvoir se défendre. Peut-être devrait-il la confier aux mains de Morghan. Ce matelot était un bretteur hors pair et il avait appris deux trois trucs à son Capitaine. Qui plus est, Irwin refusait de se laisser entrainer dans un duel avec elle, il ne connaissait que trop ce qu’advenaient la plupart de ses combats lorsqu’il s’y engageait et il ne voulait pas qu’elle puisse faire les frais de la haine qui se tapissait au plus profond de lui, car, il le savait, il ne la maitrisait plus réellement lorsqu’il combattait et si elle décidait de sortir au grand jour, il ne pourrait l’en empêcher. Autant éviter ce genre de désagrément fâcheux. Lorsqu’elle lui expliqua qu’il ne devait pas se sentir coupable, il plongea son regard dans le sien, essayant de déchiffrer ses paroles. N’avait-elle pas l’habitude de parler ? Songeait-elle vraiment lui devoir une soirée agréable au point de se mettre dans une position inconfortable ? Cette femme n’en finissait pas de l’étonner. Il ne cilla pas face à son sourire alors qu’elle s’enfilait une nouvelle rasade de vin. Le mettait-elle au défi ? Il esquissa un sourire quand elle lui fit remarquer que rien ne devait se perdre. En effet, mais le vin n’était pas une chose qui se perdait rapidement, même une fois en cruche on le remettait en fût s’il n’était pas bu. « Le vin n’est pas la denrée qui se perd le plus rapidement, mais puisque vous sembler persister, j’admire votre « sacrifice ». » Il leva son verre en sa direction, saluant le geste et but également une rasade de vin.

Quant à ce qu’elle imaginait, il eut finalement un peu plus de précisions. Des épreuves ? Il eut un sourire à cette idée. Oui peut-être pourrait-on lui imposer de dormir en haut du grand mât. Cela semblait une bonne idée. Il ne nota pas le fait que tout ceci se basait sur des préjugés, des histoires qui courraient à terre, vraies ou fausses, elles donnaient une petite idée de ce qui se passait en mer et évitait aux faiblards de s’enrôler à bord des navires. Voilà pourquoi elles courraient toujours. Il s’agissait là d’un premier tri, avant que le premier abordage ne fasse le second. En tout cas, le Capitaine fut déçu de voir que sa passagère ne s’était pas davantage renseignée. Peut-être n’en avait-elle simplement pas le temps. Tout était possible après tout. Ne s’était-elle pas présentée devant lui à cause de rumeurs ? Cela trahissait une certaine confiance en ses capacités, ou alors de véritables tendances suicidaires. Enfin. Elle était à bord maintenant, n’était-ce pas elle qui avait réussi son pari ? Six semaines ce n’était pas non plus l’éternité et, sur le Némésis, si cela ne ressemblerait pas à des vacances, ce ne serait certainement pas le pire endroit où elle aurait pu faire sa traversée. « Il n’y a aucune question idiote. Toutefois, si effectivement certains rituels de ce genre existent, vous pouvez être assurée que vous y échapperez. Vous êtes certes une recrue de mon équipage mais votre statut est légèrement différent et tout comme vous ne mangez pas avec mes hommes, vous ne subirez pas ces petits défis bon enfant. A moins, bien entendu, que vous n’exigiez d’y être soumise. » Il avait esquissé un petit sourire à la fin de ses propos, noyant son amusement dans une ultime gorgée de vin. Il piocha une pomme dans la corbeille de fruits et la porta à ses dents avant d’en prendre une généreuse bouchée. La curiosité lui piqua soudain l’esprit. Il releva alors les yeux vers la flamboyante jeune femme. « Vous parliez d’histoires à propos de pirates dont vous ne croyez pas la moitié… Mais, dites-moi, qu’elles sont celles que vous pensez vraies ? »
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Adhel Askaruu

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 30 Juil - 16:38

Sa réponse lui arracha un frisson, doublé d'un léger sourire. Elle y échapperait. C'était déjà une bonne chose. Elle souhaitait rendre ce voyage plus agréable, et savait que cela passerait également par son intégration à la vie à bord, mais tout comme elle appréciait l'idée de dormir seule, elle appréciait celle de ne pas s'intégrer « de trop ». Courtois ou pas, ces hommes demeuraient des hommes, dotés de mains, elles-mêmes dotées de pouces opposables. Formidable attention de la nature à leur égard, qui par cette évolution leur permettait de saisir toute sorte d'objets comme, au hasard bien entendu, un couteau à dépecer. Éventuellement. Ils étaient en prime des forbans et toute excitante que cette traversée pouvait sembler à son esprit aventureux, elle n'en ignorait pas moins qu'ils étaient sans doute assez proches ou impliqués dans les trafics divers et le marché noir. La petite poignée d'écailles qui courait sur ses reins, et son mollet auraient fait le bonheur de pas mal d'entre eux. Donc non, elle n'envisageait pas une seconde de réclamer à ce charmant capitaine qu'il l'intègre à cette partie là de la vie à bord. Le travail suffirait pour l'instant. Si elle pouvait passer entre les mailles de ce filet-ci, elle ne s’en passerait pas. « Je n'ai pas d'exigence, Capitaine. » Elle avait voulu le ton chaleureux, mais elle n'avait pu empêcher ses yeux de ciller un instant. « Qui serais-je, pour en avoir... ? » Un sourire amusé vint poindre au coin de ses lèvres, trahissant une forme de plaisanterie, une légère ironie, dont elle espérait qu’il ne la prendrait pas comme une remise en cause de son autorité. Non, elle n’exigeait pas de bizutage.

Mais à nouveau, il l'interpella, alors même que ses doigts demeuraient en suspens au-dessus du fruit qu'elle s'était servi plus tôt, et dont elle allait emporter une nouvelle pièce.

De plus en plus, cette conversation lui rappelait pourquoi elle se plongeait d'ordinaire dans un sain mutisme. Protecteur, réconfortant. Ses mains étaient sures, plus que sa langue. Maudite langue. Elle déglutit, puis, reportant un regard hésitant sur son fruit, acheva finalement de le découper et en savoura une bouchée. « Celles que je pense vraies... » En faire l'inventaire la tiendrait éveillée toute la nuit durant... Rapidement, ses yeux revenant soutenir ceux du pirate, elle fit un tri de ce qu'elle pouvait, ou pas, lui dire. Pillard, monstrueusement violents, violeurs et voleurs... Bon appétit... Elle poussa un léger soupir, il ne semblait pas à première vue, coller à cette descriptions... « Je pense que les pirates sont des trompe-la-mort, aventureux... » Elle l'était aussi, à sa façon. Un infime sourire vint alors poindre au coin de ses lèvres, puis elle poursuivit. « Je pense qu'ils n'ont pas le plus petit intérêt pour les lois, et le bien public, ni, d'ailleurs, pour le savoir-vivre, si j'en crois ce que j'ai pu voir dans les ports. » Elle haussa les épaules, et saisit sa coupe pour boire une gorgée de vin. « Cela dit, force est de constater que vous ne semblez pas correspondre à cette dernière idée reçue... » Elle reposa sa coupe avec un geste délicat et maîtrisé, avant de souffler : « Pour le reste... Je ne connais que très mal le monde de la piraterie, la mer n'étant pas mon terrain de prédilection, à la base... Et pour ce qui est des ports, ils sont un bon nid à clients, pour une mercenaire. Mais cela s'arrête là... » Elle haussa les épaules.

À présent, il lui fallait parler, lui poser une question pour ne pas lui laisser l'occasion de creuser un peu plus encore... À son tour. « Mais peut-être me trompe-je... Corrigez mon tableau, s'il vous plait, s'il devait contenir quelque erreur... » Elle n'aimait pas avancer à l'aveuglette. Elle voulait connaître, comprendre, savoir. Elle avait besoin d'avoir en main toutes les cartes pour poser son jeu, l'adapter. Elle vrilla alors des siens les yeux du Pirate, et dans un murmure lui glissa : « Pensez-vous être ce forban-ci ? » Elle prenait le risque de passer pour ces jeunes femmes romantiques qui, de façon plutôt saugrenue, abritaient en elle le fantasme romantique du pirate, libre et joueur. Mais tant pis. Elle ne l'était pas, depuis bien longtemps à présent, et si elle défiait sa peur par ses questions, la déguisait derrière ses yeux d'ambres, elle n'en oubliait pas moins où elle se trouvait, et avec qui...

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Lun 30 Juil - 23:03

Il aurait été malvenu de faire subir des rituels à une jeune femme qui, si elle aurait certainement sorti son épingle du jeu, n’aurait certainement pas eu besoin de se frayer une véritable place au sein de l’équipage pour quelques semaines de traversée. Elle partagerait leur fardeau quotidien, voilà qui serait bien suffisant aux yeux de tous pour la « respecter » en tant que compagnon de voyage. Pour le reste, et bien, il n’était pas utile d’aller jusqu’à de la franche camaraderie surtout si c’était pour la débarquer plus tard. Les rites de la piraterie engageaient bien plus ceux qui s’y soumettaient que l’on pouvait le croire à première vue. Il remarqua que cela semblait lui faire plaisir néanmoins et qu’elle ne demanderait certainement pas une dérogation pour pouvoir y assister et y participer, un choix judicieux, s’il en était un. Il eut un sourire répondant au sien lorsqu’elle avoua ne pas avoir d’exigences et se demander qui elle aurait été pour en avoir. Elle était une invitée et, en tant que bon hôte, il pouvait veiller à son confort et à sa satisfaction. Bien entendu, il était loin d’être un hôte parfait et il était simplement hors de question qu’elle s’imagine qu’il se plierait en quatre pour ses trente-six volontés mais certaines étaient éventuellement réalisables, surtout si elles ne lui coûtaient rien et, bien évidemment, la laisser au bon soin de ses hommes n’était pas quelque chose qui lui coûtait énormément, même s’il préférait éviter que ses hommes ne la côtoient de trop près, pour leur propre sécurité, en réalité, car il la devinait redoutable si l’on s’approchait trop d’elle sans qu’elle ne l’accepte. « Vous restez une invitée sur ce navire, mademoiselle Askaruu, vous pouvez avoir quelques exigences. » Il la regarda avec un sourire qui en disait long. « Ce n’est pas pour autant que je les satisferais mais certaines peuvent rester envisageables. Enfin je comprendrais que vous préfériez éviter ce genre de petits rituels. » Il ne la défiait pas, bien au contraire, mais elle pouvait clairement comprendre le second sens de ses paroles. Qu’elle ne s’attende pas à un traitement de faveur. Cela avait été déjà bien clarifié alors qu’elle embarquait, mais peut-être était-il bon de le préciser, même si, apparemment, elle ne semblait pas vouloir davantage que ce qu’elle avait.

Il observa sa réaction avec un peu plus d’attention lorsqu’il lui demanda ce qu’elle pensait être vrai sur les pirates. Beaucoup de choses circulaient au sujet des hommes qui arboraient le drapeau noir et certaines étaient aussi vraies que les autres étaient fausses. Auxquelles accordait-elle du crédit ? Quelle image pouvait-elle se faire des hommes qui vivaient sur ce navire et y avait versé jusqu’à leur sang ? Le bois se souvenait de tout, de chaque bataille et de chaque tempête. En l’observant bien, on pouvait y lire toutes les épreuves qu’avait affrontées un équipage entier, avec plus de détails qu’on ne pourrait le croire. Elle temporisa un peu. Redoutait-elle ses paroles à venir ? Voulait-elle éviter de lui faire penser qu’elle ne croyait qu’aux préjugés qui disaient du mal d’eux ? Il ne lui en aurait pas voulu même s’il espérait tout de même que ce premier repas en sa compagnie démentait une petite partie de ceux-ci. Elle se lança finalement, avec deux bonnes suppositions. Car oui, il fallait aimer l’aventure, ne serait-ce que pour être marin. Trompe-la-mort ? Et bien oui, aussi, en partie. Jouer avec la Faucheuse était un de leur passe-temps, peut-être pas le plus intéressant, mais, le plus grisant, assurément, même si tout le monde ne gagnait pas à ce petit jeu. Vint ensuite l’intérêt pour les lois. Oui, c’était vrai aussi, la mer ne connaissait qu’une loi, celle du plus fort. Irwin la respectait, même s’il ne s’attaquait pas à d’autres proies que des navires pirates. Non pas parce qu’il ne désirait pas fâcher l’une ou l’autre des grandes puissances de ce monde, mais simplement parce qu’il n’y avait aucun intérêt. Les navires pirates lui offraient suffisamment d’or et de richesses pour contenter ses hommes et pourvoir aux besoins du navire, car eux ne se gênaient pas pour vider les cales de navires commerçants. Mais, par-dessus tout, il ne chassait qu’un homme, un pirate, et il était certain de ne pas le trouver en attaquant un autre navire, alors il était inutile de perdre du temps dans la chasse à l’homme en s’attardant sur des prises inutiles.

Quant au savoir-vivre… Un pirate en taverne était bien différent d’un pirate à bord de son navire. Après tout, ils devaient bien relâcher la pression et s’adonner à un peu de plaisir, car cette escale pouvait très bien être la dernière. Tous n’étaient pas aussi festifs, mais cela dépendait généralement du caractère de chacun. Il accueillit la conclusion de la mercenaire dans un sourire. Son point de vue n’était pas tellement erroné en réalité, il fallait seulement y préciser deux ou trois choses, des points de détails sur lesquels il n’était pas nécessaire de réellement s’appesantir. Il avait terminé le gros de sa pomme quand elle lui proposa de la corriger si elle se trompait, allant même jusqu’à lui demander s’il était le pirate qu’elle décrivait. Son regard avait accroché celui du Capitaine à ce moment et il ne s’en détacha pas un instant. Il mordit une dernière fois dans sa pomme, prenant le temps de mâcher la bouchée tout en continuant de la fixer. « Vous n’avez pas entièrement raison, mais il s’agit plus de détails que de réelles erreurs. Il faut pardonner aux pirates leurs séjours à terre, après tout, ils n’en ont que peu et ne savent pas vraiment si ce sera leur dernière ou non… » Il se pencha vers elle, prenant appui de sa main libre sur la table, toujours ses yeux au fond des siens. « Quant au pirate que je suis… Et bien je pense que vous en avez dressé un bon portrait, si ce n’est peut-être mon savoir-vivre et un sens plus aigu de la justice que d’autres de mes confrères. Une question de personnalité, je suppose. » Il eut un sourire et croqua de nouveau dans sa pomme, la terminant pour de bon, ne laissant qu’un trognon dans son assiette. Il s’essuya les mains et passa sa serviette sur sa bouche. Il se cala dans son fauteuil, fixant à nouveau la Salamandre du regard. « Et vous, Mademoiselle Askaruu, quelle mercenaire êtes-vous ? »
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Mer 1 Aoû - 0:15

À mesure que passait la soirée, elle sentait le Capitaine se détendre, les silences se combler de façon plus naturelle, et cela, il fallait bien l'admettre, était agréable. Elle l'avait abordé avec force et aplomb, comme il le lui avait rappelé, et sa journée s'était faite à l'effort... Aussi une soirée à converser, s'allégeant d'instant en instant de la tension qu'elle avait apporté de prime abord était-elle bienvenue. Même pour elle. Il lui avait pourtant posé des colles, mais elle les avait laissées glisser sans trop de problème, si ce n'était quelques maladresses dont fort heureusement, il n'avait pas eu l'air de se formaliser. Jusqu'à sa description personnelle des pirates, qu'il accueillit, là encore, avec un certain calme. Elle avait mis de l'eau dans son vin, une bonne dose d'eau d'ailleurs, mais c'était un moindre mal pour une soirée réussie. Elle amorçait une longue suite de ses semblables, et il était plus agréable que cela se déroule ainsi. Elle écouta avec attention, sans le quitter des yeux, la réponse qu'il lui fournissait. Ce qu'il corrigeait. Pas grand chose, en fait, elle en déduisit avec une certaine satisfaction qu'elle n'était pas tombée trop loin de ce qu'il estimait être une définition assez précise du pirate. Il ajouta, de plus, à son observation sur le sens de l'hospitalité particulier du Capitaine une note sur son sens de la justice, ce qui l'intrigua, mais elle n'en dit rien, conservant de côté cette question là, et préférant s'attacher à son sourire, et au regard qu'il plongea dans le sien. Elle acquiesça donc lorsque sa description lui sembla toucher à sa fin, opinant silencieusement du chef avant de terminer, elle aussi, son fruit. Après l'avoir imité, ignorant s'il souhaiterait voir ce dîner toucher à sa fin ainsi ou non, elle lui rendit son regard, jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.

Et lui pose une question qui, toute saugrenue qu'elle avait été, était sans doute un juste retour des choses. Quelle mercenaire... ? Il voulait savoir qui était la femme qu'il avait embarquée à son bord, et cette curiosité était finalement assez saine, d'autant plus dans la position qui était celle du pirate, à diriger des hommes, à les guider. Sans ciller, elle s'enfonça à son tour dans son fauteuil, et croisa tranquillement ses jambes, avant de réfléchir. Une réponse synthétique, et satisfaisante... Sondant son regard que les bougies moiraient de doux reflets, elle se demanda s'il était à propos d'être sincère, honnête, ou au contraire de conserver une certaine retenue... À quelle dose devait-elle se livrer à cet homme ? Il interrogeait la mercenaire, et non pas la femme, fort heureusement, mais c'était déjà une part conséquente de son identité. Elle posa une main sur son genoux, et de l'autre s'appuya à son accoudoir, avant de souffler : « La mercenaire. » Elle regarda la coupe de vin, qu'elle attrapa et garda à la main, avant de reprendre, reportant son regard sur lui. « Je suis une mercenaire... efficace, je pense. J'ai des ressources, et je n'ai pas peur de m'en servir lorsqu'il le faut... J'ai beaucoup voyagé, ces cinq dernières années, et tout ce que j'ai appris m'est utile. Je suis un peu hors la loi, moi aussi. La mienne, c'est celle du plus offrant, celle de la personne qui paye, à partir du moment où j'ai accepté la mission. Elle est donc fort variable. Je suis déterminée, et débrouillarde... Je n'ai pas beaucoup de scrupules. » elle laissa alors un léger soupir lui échapper, avant d'ajouter. « Je ne suis pas une justicière, je ne me vois pas ainsi. Bien souvent, je venge les gens, j'incarne la loi du talion, je fais en sorte qu'ils retrouvent un bien volé, mais ce sont toujours des missions subjectives... J'adopte un regard partial, et je m'y tiens. Une fois terminé mon travail, mon devoir et de ne plus avoir de regard, et de me retirer. Prendre une vie ne m'est pas étranger, mais j''essaie, quand même, de ne rien faire qui me conduirait à de trop lourds remords... » Elle avait, jusque là, gardé toute sa contenance. Mais elle cilla alors.

Elle évitait de faire des choses qu'elle pourrait regretter un jour... Elle avait été marquée à vif par ce qu'elle avait vu, dans l'armée, et elle savait que jamais elle ne serait capable de commettre pareil massacre, même pour tout l'or du monde. Même la vengeance qui avait été la leur, lorsqu'ils avaient mis la main sur ces pendards, lui donnait encore aujourd'hui des sueurs froides. Ça non plus, elle ne se sentait pas capable de le refaire un jour. Tuer ne lui posait pas de problème, mais la torture... « Je n'aime pas la cruauté, et je l'évite dans la mesure du possible. » Elle avait parlé d'une voix plus sombre, trahissant la sincérité du sentiment à peine dévoilé. Un peu émue par ses propres mots, elle plongea le nez dans la coupe de vin, presque vide, dont elle avala la fin d'un trait. Elle ne s'excusa pas de son émotion et, après avoir relâché une expiration profonde, se maîtrisant ainsi, elle parvint à affecter à nouveau un sourire, plutôt convaincant, pour poser sur le Capitaine un regard perçant. Alors, cette description lui allait-elle ? Une idée lui passa alors par la tête, et elle songea qu'il était peut-être bon de le lui préciser... « Et si vous vous posiez la question... je ne suis actuellement sous aucun contrat. Je... je rentre chez moi, prendre quelque repos. Ma loi sera donc la vôtre jusqu'au débarquement. » Nulle obligation, nul objectif. Seulement dormir, et se ressourcer. Elle n'en était que plus libre de s'offrir à son équipage. Enfin, de s'offrir, dans des limites tout à fait simple à imaginer. Bien sur. « Peut-être pourriez-vous me dire quelle est cette justice qui vous est propre, et que je ferais mienne pour les semaines à venir ? » C'était une chose important que de savoir cela. Pour la mercenaire, et pour la femme. Pour la combattante, qui accepterait la fureur du combat, mais devrait s'y attendre. Il n'y avait ni défi, ni mépris dans le ton, elle était on ne peut plus sérieuse, et entendait sincèrement s'y plier.

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Mer 1 Aoû - 10:21

La soirée avait effectivement glissé sur une pente douce d’une manière que le Capitaine n’aurait pas réellement cru possible dès le premier soir. Il ne connaissait pas vraiment la jeune femme qui avait embarqué à son bord mais il n’aurait pas cru qu’ils parviennent à échanger autant dès le premier soir. Ce n’était pas exceptionnel, bien entendu, mais, finalement, ils s’étaient révélés tous les deux comme des personnes pas spécialement douées pour avoir de réelles conversations comme le font les gens « normaux », ce qui, en soit, était logique, compte-tenu de leurs métiers, ou plus exactement de leurs activités. C’était sans doute le vin, même si Irwin n’était pas du genre à se laisser emporter par une seule coupe de ce liquide à la robe purpurine et qu’il se doutait qu’elle ne devait également pas être de ce genre-là non plus, qui avait réchauffé leurs corps et délié les langues pour un dîner agréablement accompagné de paroles qui levaient quelques voiles sur leurs personnalités respectives. Il leur restait vraisemblablement encore plusieurs minutes avant de réellement prendre congé d’elle bien qu’il ne lui interdisait pas de regagner sa cabine si elle le préférait. Il ne la retiendrait pas, regretterait peut-être les quelques mots qu’ils auraient pu encore échanger mais finirait par profiter du silence comme il l’avait toujours fait jusqu’à maintenant et comme il le ferait probablement toujours. Avec curiosité, il se demanda néanmoins de quoi seraient faits les prochains repas. Ils n’auraient que peu de temps à celui du matin, généralement prit sur le pouce et de manière très frugale, souvent composé seulement de quelques fruits ou d’une bouillie pas particulièrement agréable à la vue ou au goût mais qui avait le don de donner l’énergie suffisante pour une journée de labeur à laquelle elle remettrait sans doute autant de cœur qu’elle ne l’avait fait aujourd’hui. Le lendemain promettait un temps clair et calme, ils vogueraient sans doute au fil d’une petite brise sur une onde azur à peine secouée. Il espéra un instant que le temps ne changerait pas rapidement. Une tempête n’était pas nécessairement quelque chose d’agréable à vivre alors qu’on vient à peine d’embarquer à bord d’un navire…

Leur repas visiblement terminé, il attendait qu’elle réponde à sa question. Elle aurait pu l’éluder, sans qu’il n’ait vraisemblablement beaucoup de choses à y redire. Même si le but était de connaître davantage la femme qu’il avait amené à son bord, il se serait bien gardé de lui ordonner de se livrer ainsi. Certes, elle pouvait mentir, mais y avait-elle vraiment un intérêt ? Après tout, il n’y avait aucun mal à vouloir connaître la face « dangereuse » de son invité. Elle s’était risquée à lui demander quel pirate il était, il lui avait répondue, sans trop de détours, même s’il était resté assez vague d’une certaine manière. Il y a toujours des choses que l’on ne dit pas, ne serait-ce que parce qu’il savait qu’elle n’était pas à placer dans toutes les oreilles. Il en fut d’ailleurs un peu plus convaincu à la fin du portrait qu’elle dressa d’elle. Elle était une mercenaire, somme toute comme les autres. Dans ce métier, il ne fallait pas vraiment avoir de conscience, obéir aux ordres, effectuer des tâches parfois ingrates et qui visaient souvent à prendre l’ascendant sur quelqu’un ou, la plupart du temps, à faire comprendre qu’on ne se laissait pas faire. Elle devenait la force de ceux qui n’en avaient pas mais possédaient suffisamment d’argent pour en acheter, et, avec cette force, ils bottaient le cul de ceux qui avaient osés leur cracher dessus. Ainsi marchait le monde. Pourtant, là où il fut surpris, c’est lorsqu’elle elle lui avoua ne rien faire qui la forcerait à éprouver trop de remords. Avait-elle finalement plus de conscience que nécessaire ? Il posa un regard surpris sur elle, peut-être parce qu’il ne s’attendait pas à ce point qu’un mercenaire puisse éprouver ce genre de choses. Non pas qu’ils étaient inhumains, bien au contraire, mais simplement parce qu’il s’agissait là d’une protection, un moyen de continuer à avancer, sans s’embarrasser de tous les actes qu’ils pouvaient avoir commis jusqu’à maintenant.

Ne pas aimer la cruauté… Qui pouvait décemment l’aimer ? Irwin ne l’aimait pas, mais certaines situations ne laissaient pas le choix. Depuis longtemps il avait appris que pour lutter contre elle, il fallait retourner les mêmes armes contre son ennemie. Les gens cruels ne comprenaient rien d’autre que la cruauté. Faire preuve de pitié envers eux c’était leur laisser la chance de continuer leurs méfaits, oubliant rapidement la défaite qu’ils viennent de subir et la grâce que vous leur aviez faite en les épargnants. Son regard s’assombrissait à mesure qu’il repensait à la cruauté qui avait couté la vie à sa sœur et à sa mère, à cette manière dont elles avaient été abusées, violentées, tuées… Il revint à sa cabine et son regard s’adoucit quand la Salamandre lui confia qu’elle n’était sous aucun contrat. Etait-ce vrai ? Avait-elle une réelle raison de mentir ? Il n’en savait rien et préféra lui laisser le bénéfice du doute. Si elle avait voulu le tuer, elle aurait certainement pu le faire depuis longtemps, ou peut-être attendrait-elle qu’ils soient en vus des côtes du Pays d’Or afin d’avoir une chance de rester en vie… La suite de leur voyage le leur dirait. Il esquissa un sourire sans la quitter des yeux lorsqu’elle conclut que sa loi serait la sienne jusqu’à la fin du voyage. Celle-ci, il l’avait déjà édictée, et, apparemment, elle n’avait aucun mal à s’y soumettre. Sa question le désarma un peu, faisant disparaître son sourire en douceur. Sa justice ? Et bien, il aurait pu lui raconter en détail ce qu’était pour lui la réalisation finale de sa justice mais il s’abstint, pour des raisons évidentes. Il réfléchit quelques instants, songeur, se perdant dans sa coupe de vin avant de reposer le regard sur son invitée. « La justice d’un pirate n’a souvent pas grand-chose à voir avec celle que l’on peut trouver sur la terre ferme. C’est aussi une affaire de point de vue. Je ne vous demande pas de faire de ma justice la votre, ce serait trop vous demander, et, ce n’est pas nécessaire. Je vous demande simplement de vous y plier le temps de votre présence à bord. » Il but l’une des dernières rasades de sa coupe de vin. « La justice à bord d’un navire est très relative mais mes hommes savent que je suis loin d’être injuste avec eux. En même temps, ils le méritent, tous autant qu’ils sont. Quant aux autres, ils ne méritent pas tous la justice… » Il termina sa coupe de vin et la posa négligemment sur la table. Sa voix s’était faite un peu plus sombre mais il n’avait pas pu s’en empêcher. Il était peut-être temps que ce dîner prenne fin après tout. Repoussant sa chaise en arrière, il se redressa, le plus tranquillement du monde, même si, clairement, quelque chose l’empêchait de sourire. « Mais je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps Mademoiselle Askaruu. Votre journée a été éprouvante et je sais que celle de demain ne sera pas de tout repos. Aussi ne voudrais-je pas vous priver de votre repos bien mérité. » Le ton s’était fait plus doux, avec une légèreté proche de celle qu’ils avaient employés tous les deux lorsque leurs langues se déliaient mais son regard, même s’il n’était pas dur, ne laissait planer aucun doute sur le fait que cette fin inopinée ne se discutait pas…
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Adhel Askaruu

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait...    Dim 12 Aoû - 20:43

Voir la douceur de son sourire se soustraire à un morne sérieux alerta Adhel, lorsqu’elle lui posa son ultime question. Elle avait, semblait-il, touché pour la première fois de la soirée à un point qu’il n’aimait pas la voir aborder. Sa justice… Il l’avait pourtant évoquée lui-même un eu plus tôt, était simplement resté évasif à son sujet. Restait à présent qu’elle désirait savoir à quoi s’en tenir avec lui, si elle devait lui servir à bord… Elle avait ressenti le besoin de le voir se faire plus clair et explicite à son propre sujet, découvrir un petit angle du voile de ce Capitaine mystérieux, que l’on disait si terrible, et qui lui semblait pourtant si policé et tranquille… Elle voulait savoir ce qui était à craindre…

Et il ne souhaitait pas le lui donner ce soir.

Il n’observa pourtant pas tout à fait le silence, et entama même une réponse à laquelle elle était littéralement pendue, quoi que prudente… Il lui parlait de la relativité du concept de justice pour un pirate, interrompue parfois par une rasade de vin, avalée avec davantage de vigueur que les précédentes. Il annonçait la fin de cette soirée, avant même que ses mots n’amènent cette sentence, et sa posture prenant un peu de recul, Adhel déjà se préparait à être congédiée. Elle était observatrice, et si elle n’était pas sure d’accepter indéfiniment cette réponse par trop évasive, elle n’en restait pas moins prudente vis-à-vis du Capitaine, ce soir, et sans doute encore pour un certain temps. Il s’était montré doux, ouvert, un hôte consciencieux dont elle avait perçu les nombreux efforts, mais ce qu’il serait demain, elle l’ignorait, et mieux valait ne pas se le mettre à dos dans l’immédiat… Si elle était discrète, et raisonnable, elle trouverait tôt ou tard des moyens d’en savoir plus sans avoir à se mettre en péril.

Sa dernière phrase, cependant, la fit tiquer. Certains ne méritaient nulle justice… Elle était convaincue de cela, mais si elle ne lui en dit rien, fut frappée par la noirceur du ton. Il y avait bien quelque chose, de caché là-dessous. Quelque chose d’inquiétant, et pourtant… Elle ne sentit pas vraiment la peur poindre sous sa poitrine. Simplement un léger malaise, et la sensation d’avoir dit un mot de trop, un mot prématuré venu compliquer les choses. Comment aurait-elle pu savoir… ? Pour autant, elle s’en voulait. Non pas par sollicitude, car à le voir repousser sa chaise, et se reconstruire une tenue digne, elle pensa qu’il n’avait pas l’air fort incommodé par ses propos, mais parce qu’elle avait l’impression qu’en apprendre plus sur ce qu’il était vraiment ne serait pas aussi simple, à l’avenir, que si cette malheureuse question avait pu attendre un peu pour jaillir.

Enfin, le mal était fait, et elle n’envisagea pas une seconde de défier l’autorité avec laquelle, quoi que la voix se soit faite douce, il la congédia. Car c’était bien cela, il la congédiait, la renvoyait à sa cabine sous un prétexte qui ne leurrait personne, retournait à sa solitude, sa tranquillité… Un silence qui ne serait pas indiscret. Elle cilla, mais pas comme l’eut fait une vierge effarouchée, se contentant simplement de baisser les yeux avec un respect qui n’était pas feint, et se leva avec souplesse. Elle croisa alors seulement son regard, s’équilibrant d’un déhanché, et lui sourit avec tranquillité. Elle acceptait. Concrétisant cette acceptation, levant toute ambiguïté à son sujet, elle hocha alors la tête et fit deux pas, passant non loin de lui. « Je prends volontiers ce repos, et tâcherais de me montrer à la hauteur de la journée de demain également » Son sourire faiblissant un peu, elle ajouta à voix basse, désireuse que tout cela reste discret, et avec un sérieux souverain : « Quant au reste, veuillez pardonner ma curiosité, elle était… déplacée » Et prématurée, surtout. Elle ferma lentement les yeux, signe de sa sincérité, puis se glissa en souplesse jusqu’à la porte qu’elle entrouvrit naturellement. A voix basse, elle souffla : « Bonne nuit, Capitaine Saw. » Puis elle s’en fut.

Elle fut rapidement de retour à sa cabine, dans laquelle elle s’enferma de son déjà familier double-tour, puis laissa un léger soupir de soulagement lui échapper. Sa fatigue se rappela à elle, et l’envie qu’elle avait de sombrer dans un sommeil réparateur, mais elle ne s’y abandonna pas aussitôt, prenant d’abord quelques instants pour brosser sa longue chevelure, et se défaire de ses vêtements pour une tenue plus simple, qu’elle pourrait porter le lendemain sans avoir à se préparer au réveil. L’air était chaud, elle dormirait ainsi…

Les larges dents du peigne mordant la masse rousse et fluide de sa crinière, elle pensa à cette conversation, tout comme elle le fit une fois lovée dans son hamac. Ses yeux, qu’elle avait imaginés si lourds que sitôt couchée ils se fermeraient, demeurèrent ouverts un moment, tandis qu’elle pensait à cette troublante rencontre. Etrange Capitaine, le Flamboyant, dont elle ne savait toujours pas ce qu’il était, ce qu’elle devait craindre, ce qu’elle devait louer. Elle ne savait toujours pas si elle avait eu raison de s’engager à bord du Némésis… Si ce n’était pas là faire une mortelle erreur… Et si le tour de clef avait eu raison de sa crainte de l’équipage et de leurs coutelas, il n’avait pu avoir raison de ses interrogations, et de ses tergiversations. Demain serait un autre jour, et le travail sans doute annihilerait ses craintes pour quelques heures, mais elle savait nécessaire à sa quiétude de soulever, un jour ou l’autre, certaines de ces interrogations. Elle avait pour cela six semaines, plus qu’il n’en fallait.


~ Sujet terminé ~

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