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 Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]

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Sophs Crotale

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MessageSujet: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Dim 20 Oct - 18:59

Une nuit, froide et noire.
Entre les tentes des brigands, le vent grondait. L’on pouvait entendre les branches et les feuilles bruire, la forêt étant proche du campement.

Sophs, allongé sur sa paillasse, un bras derrière la tête, fixait le vide avec intensité. Ses yeux, soulignés de larges cernes, laissaient deviner une fatigue. Une fatigue lourde, cette fatigue proche de la colère et de la déraison, qui pourrait tout révéler sur un homme, sauf son côté bon.
Soupir. Sophs déglutit tout en venant se frotter le visage du dos de la main. Ses dents crissèrent les unes contre les autres.
Une pluie très fine, presque du crachin, martelait légèrement la toile, l’humidifiant. Par endroits, l’eau s’agglutinait en de petites poches, qui gouttaient à l’intérieur de la tente.
Le Crotale ne semblait pas s’en préoccuper, son regard fixe et lointain, comme si son être se trouvait en dehors de son corps.

Cette nuit, cette nuit-là était froide et noire. Sophs l’avait senti, quelque chose en lui, venant du fond de ses entrailles, un mélange de réflexion consciente et inconsciente, lui sifflait de se méfier de cette nuit.
Cela faisait trop longtemps qu’ils étaient restés au même endroit sans bouger, trop de fois qu’ils se faisaient remarquer, sur ce sentier boueux, attirés par la richesse qu’il offrait.
Cette nuit, cette nuit-là était la nuit de trop.
C’est pourquoi, lorsqu’une voix appela :

-Crotale ! On a un problème !

Le désigné n’en fut pas surpris.

Soulevant la porte en tissu avec la main, il s’engouffra dans les brises mordantes, qui lui secouaient quelques mèches. Les bandits, comme lui, sortaient peu à peu des tentes, alors que celui qui avait appelé se tenait à l’écart, le visage anxieux.
Sophs rejoignit ce dernier.
Sans un mot, le malfrat désigna quelque chose à son chef, d’un signe de tête. Dans cette direction, on pouvait voir le feu d’une torche, au milieu de l’ombre. Un cavalier armé, en uniforme de garde, tenait haut le flambeau, tout en restant immobile sur la petite colline où il était perché.

-C’est un éclaireur.

Affirma une voix, derrière Sophs. Celui-ci hocha la tête, l’air grave. Tous se trouvaient maintenant autour du chef.

-Vous pensez qu’ils nous ont vu ces salauds ?

Au loin, l’éclaireur s’avança de quelques pas, la torche dessinant un large halo de lumière autour de lui, contrastant avec les silhouettes sombres des collines.

-Peut-être pas, il a l’air paumé ce con !

La monture du garde fit un large arc de cercle, se déviant vers la droite, avant de faire totalement demi-tour, et de disparaitre derrière la dune.

-Ils viennent pour nous.

Dit Sophs. Personne ne le contesta. Un lourd silence suivit ces paroles. Une bourrasque plia l’herbe humide. Le chef reprit :

-Partez.

Des petits points, par dizaines, des maigres flammes se mettaient à briller, au loin.

-On ne peut pas te laisser...

-PARTEZ !

Hurla Sophs en se tournant vers sa troupe. Le regard injecté de violence et de meurtre.  Jamais, en dehors de la chaleur d’un combat, personne n’avait entendu le Crotale crier. Celui-ci les fixait tous, les yeux dans les yeux, déterminé. Aucun doute ne ressortait de son visage, aucune parole supplémentaire n’était nécessaire. La décision se devait d’être prise rapidement, le réflexe restait maitre, dans une situation où le temps ne pouvait offrir réflexion et recul. L'oeil noir de leur chef leur disait tous les mots dont ils avaient besoin.
Certains commençaient à se retirer, un dernier regard vers le campement, avant de courir : aucun adieux ne pouvait être prononcé.

Une larme perlait dans les yeux usés du vieil Adon, alors qu’ils fixaient les pupilles du Crotale avec intensité. Adon semblait vouloir l’insulter, ou bien le remercier, mais il ne put le faire. Beg, le colosse de la bande, souleva le vieil homme d’un bras, le posa sur son épaule, avant de courir ainsi, un sourire à Sophs en guise d’au revoir.

Nombre étaient ceux dont le visage se creusait de regret et de dégoût, tout en forçant leurs jambes à aller toujours plus vite. Pendant ce temps, le Crotale, l’air tranquille, s’avança au-devant du campement, et fit face aux gardes.

Il détacha la bourse qui contenait sa flûte. Il se baissa à genoux,  puis la glissa dans sa botte gauche avant de se relever.

Des dizaines de cavaliers, armes sorties, fondaient vers lui. Leur masse colossale faisait vibrer la terre.
Sophs dégaina son épée d’un geste lent, tout en les regardant.

-Je reste avec toi, Crotale.

Fit une voix à côté de lui. Le chef des bandits tourna la tête, c’était Rassen. Sophs soupira.

-Je ne vois pas pourquoi il me faudrait vivre si je n’ai pas d’honneur. Je ne veux pas que ma vie soit dépourvue de valeurs, et que ma mort soit la conclusion d’une histoire trop laide pour être contée.

Le Crotale sourit. Face à eux, les sabots faisaient gronder le ciel et les nuages, alors que des hommes sans visages levaient leurs lames et fusils.

-La lâcheté est la voie de ceux qui ignorent qu’ils mourront un jour.

Rassen hocha la tête, avant de se mettre en garde. Les chevaux galopaient. Le souffle calme, la main serrée sur le manche, Sophs regardait ses ennemis grandir au fur et à mesure de leur avancée.
L’un d’entre eux, sur la gauche, portait un fusil. Le Crotale le vit mettre en joug.  Le temps s’allongea. Ce fut d’abord l’incompréhension qui traversa l’esprit de Sophs, avant que le mépris et la haine ne dominent.  Qu’il tire, se disait-il, qu’il me tue, et son existence minable perdra tout le sens qu’elle aurait pu avoir. Qu’il me fasse sauter la cervelle, se disait-il, que mon sang se répande sur le sol, et que mon cadavre troué s’affaisse en terre, je ne serais pas celui qui pourrait avoir honte. L’indignation se lisait dans ses iris, alors qu’il défiait le fusilier du regard.
Vas-y, tire, ordonnait le Crotale à travers ses pupilles, tire et réduits ta fierté à néant, tire et tue-moi, pour être le plus ridicule des hommes.

Il tira.

Et la balle n’atteignit pas le Crotale. Elle transperça un autre obstacle, sur le côté.  
Rassen tombait à genoux, avant de s’effondrer au sol, le crâne rouge.

Le visage sombre de Sophs restait quelques instants, courts, à fixer le cadavre de son camarade, et ses yeux, déments, remontèrent lentement vers le tireur. Sa poigne se serrait de toutes ses forces, un sifflement aigu raisonnait dans ses oreilles, sa tête tremblait légèrement alors que ses molaires s’écrasaient les unes contre les autres.
Il se mit à courir vers l’homme au fusil, la rage l’empêchant de voir quoi que ce soit d’autre.  Ce dernier, surpris, commençait à recharger son arme. Mais il était trop lent.

D’un seul geste, monstrueux, Sophs brisa le destrier du fusilier, le faisant s’écraser sur le flanc, et rouler au sol dans son élan. L’homme fut propulsé à terre. Le Crotale s’avança, et le surplomba, alors que les cavaliers commençaient à se placer en cercle autour d’eux.  

Le visage en sang, le garde se releva, et dégaina une épée. Sophs ne lui laissa pas le temps d’en faire plus. Il lui perfora la gorge, jusqu’à ce que la garde de son arme lui touche le menton. Un léger gargouillis sortit des lèvres de la victime, avant que son cadavre ne rejoigne l’herbe noire.


Le chef des bandits regarda autour de lui. Les gardes l’avaient entièrement encerclé. Il tint son épée devant lui, leur faisant face, et attendant que l’un d’entre eux ne s’avance.  
Cinq vinrent à sa rencontre, lames en main. Sophs souffla.

Il para le premier coup, venant de la gauche, lança son arme pour venir frapper contre la seconde arme, jaillissant de sa droite, avant qu’un coup venant de son dos ne le fasse chanceler. Haine, sang, son grave faisant vibrer les tympans. Et le froid brutal de l’acier contre son crâne.

Noir.

***

Sophs ouvrait les yeux. Une lumière pâle lui éclairait le visage. Tout était flou.

-…tu penses à quoi au juste ?

-Je sais pas, je pourrais tenter de le faire parler à la dure, tu vois ?

-Ouais bien sûr, mais tu n’as pas de grade mon vieux, il faudra trouver un autre moyen.

Des liens lui serraient les mains, dans le dos. Un goût âpre sur la langue. Il entendait des sabots claquer contre des pavés de pierre, à rythme lent.

-Chacun son rôle, tu comprends ? Moi…

Le sombre gagnait à nouveau le regard du Crotale, lentement, alors que sa tête ballotait.

***

-Eh ? Mon gars ? Tu te réveilles ?

Sophs détestait le bruit, et ce fut par réflexe qu’il détesta celui qui venait de le sortir de son sommeil forcé. Ses paupières s’ouvrirent doucement. Et les yeux ne voyaient que du gris.

-Ah bah quand même ! Ça fait une heure que je te secoue, je commençais à croire que tu étais mort. Ça m’aurait fait chier.

L’homme qui parlait se tenait au-dessus de lui, il avait un visage gras, balafré, et un habit de toile rudimentaire. Le Crotale put constater qu’il était adossé à un mur gris, avant de questionner, la voix cassée :

-Où on est ?

L’être qui venait de le réveiller s’empressa de rire à la manière des porcs, en mettant la main devant son nez, avant de demander :

-A ton avis ?

C’est alors que Sophs vit les barreaux qui formaient le quatrième mur.

-En prison, imbécile.
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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Sam 2 Nov - 14:15


Le trajet habituel, rien n’était différent des traversées précédentes, Ambre somnolait dans l’entrepont, bercée par le roulis des vagues. Elle avait eu ces derniers temps beaucoup de voyages à effectuer entre les Sept Îles et le Royaume des Marath, et s’était pour une fois maudite de ne pas avoir de navire. Elle commençait à songer à remédier à cette situation, mais le moment n’était pas venu. Le contrebandier qui acceptait de la faire passer était d’un homme d’une cinquantaine d’année, discret, et qui effectuait ses traversées le plus possible de nuit. Il n’avait jamais semblé prêter attention à Ambre tant qu'elle avait de quoi payer sa part et tout s’était toujours parfaitement déroulé. Elle rêvassait donc confiante sur le navire.

Lorsqu’elle entendit de l’agitation autour d’elle, et elle se redressa brusquement. Le rivage était en vue. Rejoignant le pont, elle avisa le capitaine qui donnait des ordres. Il ne lui prêta pas plus attention que d’habitude et continua les manœuvres tandis qu’elle s’accoudait au bastingage. La nuit était claire, la Lune éclairait les flots et la plage d’un éclat blafard. Un petit quai était aménagé non loin pour les embarquements mais le bateau ne s’en approcha pas. Des canots furent mis à l’eau, et Ambre prit place dans l’un d’eux comme à son habitude.

Tandis que la barque avançait, bien que nulle lumière ne brille sur le ponton, il lui sembla apercevoir des ombres. Sans doute les commanditaires de ce que le marchand ramenait. Mal lui en prit d’être si peu paranoïaque. A peine à terre, deux hommes derrière elle lui saisirent les bras tandis d’un troisième attrapait ses armes.
On la poussa violemment sur le ponton. Elle se retint de perdre l’équilibre, et comprenant la situation, courut vers la mer pour plonger, mais deux gardes l’encadrèrent avant qu’elle n’ait faire quoi que ce soit. Voyant la cause perdue pour l’instant, elle se contenta de se laisser faire quand on lui passa les fers. Elle ne dit pas un mot en observant le capitaine contrebandier recevoir un petit sac contenant sans doute quelque dédommagement pour sa coopération. Elle lui revaudrait ça un de ces jours, pour le moment ce n’était pas le problème. Avant qu’elle ait pu ouvrir la bouche pour demander quelque chose, on lui mis gracieusement une sorte de sac sur la tête avant de l’emmener.

La suite des événements était plus floue. On l’avait conduite dans un grand bâtiment, suffisamment à l’écart de la ville, où on avait pris tous les objets qu’elle avait sur elle ainsi que sa veste. Elle constata avec soulagement qu’ils lui laissèrent ses vêtements habituels, la situation était suffisamment compliquée comme cela.
Elle ne réalisait pas pleinement sur le moment qu’elle venait de se faire arrêter et que pour ses crimes, l’option la plus probable était la pendaison, dans l’Empire du moins. Mais elle était chez les Marath, et ceux-ci, en plus de ne pas apprécier la peine capitale, n’avaient pas grand-chose à lui reprocher. Peut-être même qu’ils ignoraient complètement qui elle était et que son arrestation était celle d’un simple pirate. Mais tout de même, les pirates sans navire qu’on se donnait la peine d’arrêter ne courraient pas les rues.

Une fois débarrassée de ses effets, on la plaça dans une cellule. Bellamy, le Prince des Pirates en prison… Il valait mieux que ça ne se sache pas, elle ne s’était pas fait forcément que des amis ces derniers temps. Sa cellule était vide, mais celles d’à côté étaient occupées par divers voyous qui passaient beaucoup de temps à discutailler, sauf quand les gardes entraient dans le couloir. Dans la cellule d’en face, un autre homme était tout seul mais deux jours après l’arrivée d’Ambre, on en amena un autre.

Elle avait eu le temps de cerner plus ou moins les autres détenus au cours des deux journées, et si elle était certaine de quelque chose, c’était que le type d’en face était un parfait imbécile. Le nouveau n’avait pas l’air conscient.
Elle resta adossée au mur du côté de la cellule, les observant sans rien dire. Elle avait à peine desserré les mâchoires depuis qu’elle était là, elle n’avait pas envie qu’on apprenne son identité et pas non plus envie de discuter avec les quelques idiots qui ouvraient leur bouche. L’un d’eux l’avait même mal pris et la traitait désormais de sang bleu arrogant. Et beh, elle était plus ou moins prince après tout, il n’avait pas tort le bouseux.

Celui d’en face s’était remis à jacasser. Elle soupira légèrement. Pourquoi lui avaient-ils donné un interlocuteur à celui-là ? Apparemment il venait de réussir à réveiller son camarade de cellule qui n’avait pas bien l’air de savoir ce qu’il faisait là. Pauvre type, ouvrir les yeux en prison, ça ne devait pas faire du bien.




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Sophs Crotale

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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Ven 8 Nov - 11:54

Un voile étrange couvrait les songes de Sophs, l'amenant quelque part entre la réalité qui l'entourait, et la réalité qui le constituait. Des bribes de mémoire lui remontaient en tête, et ses yeux se perdaient dans le vague, et le temps défilait lentement.
Un bourdonnement dans l'oreille, accompagné des propos innombrables et sans intérêt de son voisin de cellule. Parfois, le Crotale tournait le regard vers cette bouche qui faisait tout pour s'exprimer. Elle aurait aussi bien pu conter un poème, raconter une histoire passionnante, ou dire n'importe quoi, pour Sophs, le résultat aurait été le même. Tout ce qui arrivait à entrer dans l'esprit du bandit, c'était un discours formé uniquement de "blabla", de "bloblo", ou de "blibli". Et c'était agaçant.

On vint leur servir un repas, constitué uniquement d'un bol de ce qui semblerait être des lentilles. Sophs n'avait pas d'appétit pour le moment, et lorsque son camarade vint lui poser son bol à côté de lui, il ne réagit pas.

- Vas-y mange, mon gars, faut manger en prison sinon tu t'en sors pas. Et tu ferais mieux de m'écouter parce que...

Faisait celui-ci. Ce qui, dans la tête de Sophs, donnait :

- Blabla bla, blo bla, blo blablo blo bliblo bliblo bla bli blo bla. Blo bla blibla blo bla bliblabla blabla blo...

Un temps passa, impossible à mesurer, mais un temps qui semblait particulièrement long pour le Crotale, avant que son voisin ne se taise, en acceptant que la nourriture reste pour l'instant à patienter. Le silence apaisa quelque peu les pensées du malfrat, leur permettant de s'éclaircir lentement, jusqu'à ce qu'une peur soudaine ne le réveille complètement.

Il enfourna à toute vitesse sa main dans sa botte de gauche, et souffla de soulagement, alors que ses doigts sentaient la matière de la bourse qui contenait sa précieuse flûte. On ne lui avait pas pris. Un léger début de sourire flotta quelques secondes sur ses lèvres.

- En tout cas, t'inquiète pas, ils ne t'ont pas mis avec un taré.

Sophs, qui était sorti de son état second, entendit cette fois la phrase que l'homme venait de prononcer. Ce qui ne l'empêchait certainement pas d'en être exaspéré.

- Quoi ?

Fit-il d'un ton fatigué. Le voisin gras, luisant de sueur, et puant, se mit face à Sophs et se désigna d'une main fière :

- Et bah tu as en face de toi un type innocent. Ils m'ont foutu en prison pour rien ces sales fils de chiennes.

Le Crotale haussa un sourcil, puis saisit lentement le repas qui avait refroidi à côté de lui. Il remua sa cuillère de bois dedans. Pendant ce temps, l'homme poursuivait son monologue :

- J'ai déjà volé quelques merdes, j'ai fait des trucs pas sympas dans ma vie, tu vois, rien de très grave mais j'aurais pu accepter d'être en prison pour mes crimes passés. Mais là, ils m'ont balancé dans cette cage pour une raison stupide, et ça me fout en rogne.

Sophs ne l'interrompit pas, il n'avait pas envie de le relancer, et si le discours pouvait s'arrêter ici, il en aurait été heureux. Il porta sa nourriture à ses lèvres, et mâcha. Certaines personnes, à sa place, auraient pesté contre le goût de terre et de pourriture de ce qu'on lui servait. Mais lui, qui, dans sa jeunesse, avait eu l'occasion de devoir réellement manger de la terre pour survivre, trouvait le repas remarquablement savoureux.

- Y'avait cette donzelle tu vois, une bonne petite pétasse, qui agitait son derrière devant moi, tous les matins. Je la regardais passer dans la rue avec ses amis, tous les matins, elle me narguait la petite pute. Bref, l'autre jour, elle est passée, cette fois elle était toute seule, et il y avait presque personne dans la rue. Alors moi, j'en ai profité, tu comprends. Je l'ai suivie avec un couteau, je l'ai choppée, et j'ai commencé à bien lui refaire le cul en...

La main de Sophs se leva soudainement, lui intimant d'arrêter la description.

- Je mange.

Un instant passa, pendant lequel le voisin s'arrêta de mimer la scène, puis il reprit :

- Ouais d'accord, bon, tu comprends quoi. C'était une petite princesse et moi je lui ai juste fait connaitre le monde. J'ai rien à me reprocher, une fille à papa comme ça, ça ne lui coûte rien de donner ses fesses une ou deux fois. Et moi ça m'a fait du bien, tu vois ? Mais elle a été le dire sur les toits, et tu penses bien qu'une petite fille de bourgeois comme elle, on l'écoute.

- T'aurais dû la tuer.

Prononça une voix, de l'autre côté du couloir.

- Ouais je sais, tout le monde me dit ça. J'aurais dû la tuer et me barrer, personne ne m'aurait retrouvé. Mais cette petite pute, je pensais lui avoir fait peur, et qu'elle n'aille pas se plaindre. Comme ça j'aurais pu recommencer tu vois ?

Sophs soupira.

- Enfin voilà, c'était une petite riche de merde, elle a eu ce qu'elle méritait. Je suis innocent. J'exige qu'on me libère.
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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Dim 8 Déc - 15:43


Elle trouvait déjà le type d’en face exécrable et digne de finir sa vie parmi ses semblables les cloportes et les rats, mais son discours empirait sa condition. Elle restait néanmoins impassible, elle avait appris à ne pas réagir à la moindre remarque réduisant les femmes à leur croupe, au point qu’on l’avait même accusé un jour de misogynie car elle faisait si peu de cas des prostituées qui l’entouraient qu’on avait pris son indifférence pour du mépris. Le comble.

Donc celui-ci était là pour viol, celui qui lui avait répondu était là car il avait tué deux hommes dans un règlement de compte, elle l’avait entendu raconter cela l’autre jour. Au bout du couloir, il y avait un homme qui avait fait brûler trois maisons pour se débarrasser des corps de sa famille, c’était du moins ce que les gardes s’étaient murmurés. C’était dans ce genre de moment qu’elle se sentait loin de la misère humaine et qu’elle se disait que son éducation avait peut-être finalement porté ses fruits sans qu’elle s’en aperçoive. Certes elle avait tué et pillé, et détruit beaucoup, mais ça n’avait jamais été pour assouvir une pulsion malsaine.

Le dernier arrivé ne parlait pas beaucoup. Son manque de sympathie évident pour son camarade de cellule le présentait presque naturellement comme quelqu’un de correct aux yeux d’Ambre, s’il y avait quelques fous et grands criminels dans les prisons, il y avait surtout des ordures des bas-fonds et quelques pauvres bougres malchanceux.

L’homme termina enfin son histoire. Ce fut plus fort qu’elle, d’abord vint une légère vibration dans sa gorge, puis un tremblement dans les épaules, et elle éclata de rire. Il lui fallut au moins une longue minute pour calmer son hilarité qui visiblement en avait surpris plus d’un. Comme son rire s’éteignait, elle reprit soudainement un air calme.

- Je t’en prie, va donc dire aux gardes que tu exiges d’être libéré, je ne doute pas qu’ils se feront un plaisir d’écouter la petite raclure de violeur que tu es…

C’était la première fois ou presque qu’elle parlait ici, et quelque chose lui disait qu’elle allait encore se faire des ennemis… Non pas que le type constitue une menace effrayante, mais c’était parfois lassant.
Il garda un air interloqué pendant quelques secondes avant de lâcher un grognement.

- J’t’ai rien d’mandé l’nobliau. C’est sûr que toi, tu risques pas d’violenter une bonne femme hein ?

Il éclata d’un rire gras, quelques autres l’imitèrent. Ambre se retint de lui répondre qu’en effet, il y avait peu de risques, mais que cela ne la gênerait pas outre mesure de lui retailler l’entrejambe si ça le démangeait tant, mais à l’épée évidemment.
Elle se contenta de sourire vaguement. Et bien une chose était sûre : elle n’allait certainement pas moisir ici avec cette bande de malfrats minables longtemps. Une chose l’intriguait quand même : qu’est-ce que le type d’en face avait bien pu faire ? Car mériter la prison c’était une chose, mériter d’être enfermé avec un tel idiot en était une autre.
Ignorant totalement le lâche, elle tourna enfin la tête vers la cellule opposée, posant les yeux sur le bandit silencieux.

- Et toi, tu es là pour quelle raison ?

Le ton était sérieux, elle ne voulait pas qu’on pense qu’elle demandait cela pour se distraire, pour continuer la conversation. Elle-même ne savait pas trop sous quel chef d’inculpation elle se trouvait là.
Voyant que l’autre ouvrait la bouche pour faire un commentaire, elle le coupa :

- Toi la raclure, tu la fermes.


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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Mer 26 Fév - 15:10

Sophs avait presque fini son repas pendant que les autres prisonniers parlaient. Il mangeait, une hargne sombre dans ses mâchoires, une rage éternelle qu’il gardait toujours en son sein, et qui ressortait dans certains de ses gestes de la vie quotidienne. Il fallait être fin observateur pour remarquer que ses mouvements se soutenaient, s’accentuaient, d’une haine cachée et profonde, mais chaque être humain pouvait ressentir un certain mal-être en le regardant, c’est ce qui rendait le Crotale assez imposant.

- Et toi, tu es là pour quelle raison ?

Demanda le type de la cellule d’en face. Même si le bandit n’avait pas vraiment écouté la conversation précédente, il se souvenait vaguement que le poseur de question s’était moqué de son camarade de cellule, ce qui le glorifiait d’une estime relativement positive de la part de Sophs, mais sans plus. Crotale ne jugeait jamais vraiment les autres, il se contentait de les regarder, et de s’en énerver s’ils étaient bruyants.

- Meurtres, je pense.

Siffla le questionné, ses pupilles noires plantées dans celles de son interlocuteur. Son intention n’était pas vraiment de l’être, mais sa façon de parler avait été violente : une autre démonstration de la colère qui l’habitait. Penser qu’il voulait du mal à la personne dans la cellule d’en face serait faux, mais facile à supposer. Sophs n’était en colère contre personne. Le gras puant et bruyant qui partageait son espace vital ne put s’empêcher de lâcher une remarque, malgré le fait qu’on lui avait demandé de se taire :

- Tu penses ? Comment ça tu penses, mon gars ? Si t’as buté un mec ou une donzelle c’est évidemment pour ça que t’es là, débile ! Pourquoi tu l’as tué ?

Le regard, froid et monstrueux, du Crotale, se leva lentement vers l’homme. Ce dernier déglutit et recula d’un pas. Un temps passa, pendant lequel plus personne ne leva la voix. Sophs ne bougeait pas, il laissait ses pupilles s’imprimer dans celles de son compagnon de cellule, pendant un moment suffisant pour lui faire comprendre tout ce qu’il avait à dire, sans parler. Puis, par respect pour la personne qui se trouvait de l’autre côté du couloir, il reprit la parole, pour donner quelques explications :

- J’étais chef d’une bande de mignons petits gamins, comme vous.

Il joignit ses mots d’un regard circulaire, incluant la plupart des prisonniers dans sa qualification de « mignon petits gamins », mais pas la personne d’en face. Il est d’ailleurs important de remarquer qu’utiliser deux qualificatifs pour un seul mot était, pour le Crotale, un effort incroyable, connotant d’un important besoin pour lui de remettre à leur place les pitres qui l’entouraient.  
Sophs reprit :

- On prenait la bouffe des gens qui passaient sur notre sentier, pour vivre. On tuait ceux qui posaient problème.

Personne ne l’interrompait, il avait, de toute évidence, réussi à faire renaitre son autorité naturelle.  Son repas était terminé, il reposa le bol à côté de lui et conclu son histoire :

- Mais on est resté trop longtemps au même endroit, les gardes sont venus.

- Ah d’accord ! Et tu t’es rendu c’est ça ? C’est pour ça que t’es ici maintenant ?

Le relança son voisin de cellule. Le Crotale soupira en répondant simplement :

- Non.

C’était clair. Et on voyait bien dans son regard qu’il ne mentait pas. Le regard du gras bruyant s’illumina, il leva un gros doigt victorieux tout en s’exclamant, un peu trop fort :

- Ah oui je vois ! J’ai saisi la situation, tu peux me faire confiance moi je connais bien comment ça marche ici. En fait ils t’ont gardé en vie parce que t’es le chef, ils ont certainement tué tous les autres. Ils veulent faire semblant de te donner un jugement équitable et tout et tout, après ils diront que t’es bon pour la peine de mort, et ils t’enverront, couic, te faire buter devant tout le monde. Comme ça, à la fois ils se font passer pour des gars gentils, et en même temps ils montrent à tout le monde comment ils traitent les mecs comme toi. C’est assez malin tu vois ? En gros parce que t’es le chef, t’es le symbole, et ils ont envie de tuer le symbole devant plein de gens. Les autres gars de ta bande ils les ont tués là-bas, parce que c’étaient pas des symboles.

- Un seul de mes hommes est mort.

Siffla brutalement le Crotale, coupant ainsi la parole. Un silence suivit cette révélation, et on entendit les gardes s’approcher, sans savoir vraiment ce qu’ils venaient faire.
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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Lun 19 Mai - 20:50


Le timbre de la voix résonna un instant sur les murs de la prison, et Ambre ne put s’empêcher de frissonner. Les mots avaient frappés, d’un coup ils étaient tombés, simples et menaçants. Elle n’était pourtant pas inquiète, mais elle se tut pour écouter la suite. Le bandit avait une étrange aura, elle ne se serait pas risquée à l’interrompre et de toute manière elle n’aurait pas voulu le faire.

Elle ne savait si elle comprenait ou si ses propres souvenirs venaient pallier à son ignorance de la condition d’autrui pour imaginer le combat. Des images se succédaient devant ses yeux, en quelques mots il avait déclenché un véritable tourbillon dans son esprit et elle voyait les gardes se rassembler, les brigands s’éparpiller. Et lui qu’avait-il fait, pourquoi était-il en vie ? Pourquoi un seul homme était mort ? Son voisin était toujours aussi bavard et insupportable, la bêtise faite homme. Hélas elle s’était séparée en trop de corps, et il n’en était qu’une enveloppe parmi d’autres. Toutefois, elle ne pouvait le contredire, c’était effectivement ainsi que les choses se passaient. Ce serait la même chose pour elle.

Ces pensées l’occupaient tandis que les gardes approchaient. L’heure du repas n’était pourtant pas encore venue. Si heure de repas il y avait… Trois silhouettes apparurent dans le cadre de la porte, supportant une masse inerte. Les gardes s’arrêtèrent, balayant du regard les cellules avant de se diriger vers celle d’Ambre. L’un deux, dont la protubérance nasale semblait si rouge que la pirate se demanda un instant s’il ne s’agissait pas de quelque boursouflure, ouvrit la porte à l’aide d’un trousseau qu’il portait à la ceinture. Il poussa durement la masse immobile qui s’avéra être un petit corps recroquevillé. Celui-ci tomba à terre, sans donner signe de vie. Il referma la grille de sa main grasse et laissa retomber les clefs sous son ventre imposant.
Elle n’avait pas bougé et fixait le coin opposé de la cellule d’un air morne et fatigué. Autant qu’elle paraisse inoffensive et résignée. Elle n’annonçait pas ses attaques comme les serpents à sonnette, elle restait silencieuse. Mais elle ne tenterait rien maintenant. Il faudrait réfléchir un peu, ou simplement attendre le moment opportun… Les soldats repartirent sans un mot, mais tandis qu’ils fermaient la lourde porte qui gardait l’accès aux cellules, on entendit l’écho d’un rire rebondir sur les parois humides. Sans doute une moquerie mesquine.

Tous étaient restés cois, et Ambre s’aperçut que la plupart des regards convergeaient vers le nouveau venu. Des traînées rougeâtres déchiraient son dos, c’était tout ce qu’elle en apercevait. La forme ne bougeait pas, pas un seul tremblement, ni même une respiration ne l’animait. Doucement, elle s’approcha, le contourna pour lui faire face et apercevoir son visage. Son cœur se serra. Un gosse. Il ne pouvait pas avoir plus d’une douzaine d’année. Ses yeux étaient clos, l’un d’eux était violacé. Il avait visiblement été battu. Un chapardeur téméraire ? Un mousse un peu trop enthousiaste parmi les flibustiers ? La raison importait peu.

Sa mâchoire se contracta et elle pinça les lèvres, sans rien ajouter, sans détourner le regard. Lentement, elle tourna le frêle corps pour qu’il s’étende un peu et elle lui tapota l’épaule. Elle parla du plus bas qu’elle put, elle ne voulait pas qu’on l’entende des autres cellules. L’espace était cependant suffisamment restreint pour que sa voix atteigne tout de même ses voisins les plus proches.  

- Eh gamin. Ça va ?

Elle n’avait pas d’eau, rien. La compassion n’était habituellement pas son fort, mais la scène ressemblait trop aux histoires qui la pétrissaient de haine pour la Marine, pour les hommes, pour les femmes, et pour leur indifférence et leur cruauté naguère. Depuis trop longtemps elle errait sur cette terre sans plus d’autre but que d’être, depuis trop longtemps elle avait oublié le goût de la vengeance, et depuis trop longtemps le monde ne l’étonnait plus, la harassant tant et si bien de sa violence qu’elle n’y prêtait plus attention.

La vision du garçon étendu et balafré ravivait en elle les braises éteintes de sa fureur. Qu’était-elle devenue ? Un pirate sans navire ? Un vengeur arrogant ? Que signifiait tout cela ? Elle s’était laissé aveuglée, trompée par les apparences, elle n’était pas libre, il n’y avait qu’une liberté, celles des flots, et elle l’avait délaissé. Par faiblesse, par oubli, et par indifférence. Et cette indifférence aujourd’hui la transperçait, lui faisait mal. Elle ne se laisserait plus oublier.
Le gosse eut un mouvement, ou plutôt, il émit un son. Un vague râle s’échappa d’entre ses lèvres blafardes. Aussitôt, elle s’écarta un peu pour lui laisser de l’air, mais elle se mit à lui parler à voix basse pour qu’il reprenne conscience. Elle murmurait ce qui lui passait par la tête, lui disant d’ouvrir les yeux, qu’il était en vie, qu’il ne fallait pas sombrer. Peu importait à vrai dire, ce n’était pas les mots qui comptaient, mais c’était de parler.

Les autres lui étaient sortis de l’esprit, mais la voix de l’idiot les rappela à son souvenir.

- Il est clamsé ?

Elle ne répondit pas et elle se contenta de poser ses prunelles rouge sang sur l’homme, le dévisageant avec tout le mépris dont elle était capable.

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Sophs Crotale

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Date d'inscription : 04/05/2012
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MessageSujet: Re: Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]   Lun 26 Mai - 19:17

Sophs n’avait relevé qu’une fois les yeux, à l’arrivée du garçon dans la cellule d’en face. Ayant pris connaissance des faits, il les avait baissé à nouveau, comme s’il s’en désintéressait.
Le jeune homme qui partageait son espace vital avec le nouvel arrivant semblait se préoccuper de son état. Quant au voisin du Crotale, il était toujours aussi loquace.

- Il est clamsé ?

En même temps que la personne d’en face, Sophs leva sur l’intervenant des yeux de meurtriers. Puis il les ramena brièvement sur le gamin, pour constater que ce dernier semblait conscient. Conscient, mais faible, incapable de réelle parole, incapable de mouvement. Le voisin bavard raviva son monologue, les poings serrés sur les barreaux de sa cellule, la tête collée contre.

- Oh il ouvre les yeux regardez ! Eh le môme ! Pourquoi ils t’ont fouetté ? Eh ? Tu me réponds petit ? Qu’est-ce que t’a fait comme connerie ?

L’enfant tourna lentement ses yeux vers son interlocuteur, puis ses pupilles revinrent vers le jeune homme qui se penchait sur lui, avant que ses paupières ne se referment.

- Eh non ! Attend le môme ! Répond à ma question s’il te plait ! Et putain. Il a crevé comme une merde. Ha ! Ha !

Le voisin du Crotale parlait sans connaitre, bien entendu, le petit nouveau n’avait pas encore lâché son dernier souffle, et les gardes étaient suffisamment compétents pour ne pas l’avoir tué. L’enfant avait besoin de repos, et il ne reviendrait pas à lui avant un petit moment.

- Je me demande quand même ce qu’il avait pu faire. Enfin, au moins, il aura appris la vie avant de mourir. Faut pas faire chier ceux qui sont plus forts que toi ! Ha ! Ha ! Première règle ! Quel petit débile.

La main de Sophs s’écrasa soudainement sur la tête du parleur, et sa poigne serra ses cheveux gras, il s’était levé et approché de lui sans un bruit. Il utilisa sa prise pour presser avec force le visage du gros voisin contre le barreau, à tel point que la peau devenait blanche, et que la main et la tête tremblaient à l’unisson. Les lèvres du bandit vinrent tout près de l’oreille de l’homme. Elles sifflèrent.

- Encore un mot et je frappe ton crâne contre ce barreau jusqu’à ce qu’il se sépare en deux.

Sophs resta ainsi quelques instants, pour être sûr que le message passe. Laissant son voisin se taire complètement, le laissant faire taire chaque once de son organisme. Puis il lâcha ses cheveux, se retourna, marcha, et se rassit.

Par la suite, plus un bruit ne fut émis d’une quelconque bouche. Le couloir silencieux, pendant un long moment.

***

Le soir semblait approcher, et, après la période de silence – qui fit la plus grande joie du Crotale –, vinrent les gardes, toujours aussi peu discrets. Ce furent eux, en apportant le repas du soir, qui relancèrent les bavardages, et les bruits.

A peine les gardes avaient-ils traversé la moitié de l’espace qui les séparait des prisonniers, que déjà, le voisin de Sophs ouvrit à nouveau sa bouche.

- Eh ! Gardes ! Je veux être changé de cellule ! Mon voisin est barré !

Un des représentants de la loi, qui semblait être le chef du groupe, avec un nez énorme, rouge, répondit :

- La ferme toi, personne ne te demande ton avis.

- Vous avez pas le droit de m’ignorer ! Clama le bavard. Il m’a menacé de mort, je suis en danger !

Le garde au nez rouge soupira. Il tourna sa tête vers les autres cellules, tout en continuant d’avancer.

- Et merde. C’est vrai ce qu’il dit ?

Un des prisonniers prit la parole.

- Ouais. Il a dit qu’il allait lui matraquer la tête contre le barreau. Et il avait l’air de dire qu’il le ferait jusqu’à ce que l’autre crève.

Sophs, assit contre le mur, n’écoutait que d’une oreille. Que l’on parle de lui ne l’intéressait pas plus qu’autre discussion. Ainsi, même lorsque le garde lui demanda :

- ‘Chier. Pourquoi t’as dit ça toi ?

Le Crotale ne leva même pas les yeux pour répondre.

- Il parle trop.

Le nez rouge rit en premier, suivit de ses deux voisins. Non pas par moquerie, presque par compassion pour Sophs. Le voisin du Crotale devait être un sujet de conversation pour les gardes.

- Ouais, ça c’est clair qu’il parle beaucoup ce con.

Pendant que l’un d’eux distribuait des bols, le chef des gardes ouvrit la cellule de Sophs, et prit le loquace par le bras.

- Aller, vient par-là femmelette.  Bon, où on le met ce gros tas ?

Il posait la question tout en refermant la porte, et en considérant les autres cellules d’un œil désintéressé. On voyait dans sa façon de faire qu’il voulait simplement que ça soit vite fini, pour pouvoir tranquillement retourner boire.

- La cellule qui pue est vide. Fit remarquer un autre garde.

- Ouais mais elle sent la fiente, la gerbe et le moisi. Tu préfères être dans celle qui pue, ou alors être avec le petit et l’imberbe, sire gros tas ?

Le désigné haussa les épaules, avant d’affirmer.

- Si on me donne le choix, moi je préfère quand ça pue pas.

- Vendu.

Et le chef des gardes ouvrit à nouveau la cellule en face de celle de Sophs, pour y jeter avec force son ex-voisin. Le Crotale ne pouvait s’empêcher d’en être désolé pour le jeune homme d’en face, ainsi que pour le garçon.  Un garde parla.

- Attend, c’est quand même un violeur ce gars. T’es sûr que ça soit une bonne idée de le mettre dans la cellule d’un enfant ?

- J’aime les dames moi, je suis pas un détraqué. Fit observer le concerné.

Et, comme le nez rouge était, visiblement, trop paresseux pour s’en préoccuper, il referma, convaincu par les propos du prisonnier.

- Ah et ! Reprit le chef des gardes, profitant d’avoir encore les clés dans les mains pour rouvrir la cellule de Sophs, et y rentrer à nouveau.

- Au fait toi ! Qu’on soit bien clair, tous les deux, c’est pas parce que t’es prisonnier et que tu vas certainement prendre la peine de mort que tu dois te comporter comme un crétin.

Il menaçait le Crotale d’un doigt accusateur, s’approchant de lui physiquement pour donner une impression de puissance.

- On peut parfaitement faire en sorte que ton jugement soit bâclé, qu’on le fasse ce soir même, vite fait, et qu’on t’exécute immédiatement. Alors fais pas le malin. Tu préfères mettre tes petites colères de côté et vivre quelques jours de plus, ou crever tout de suite, hein ?

Le Crotale leva ses yeux sur le garde, celui-ci fit un pas en arrière. Sophs se mit debout, et s’avança, de quelques pas, vers son interlocuteur.
Ce dernier recula et ferma la porte de la cellule avec rapidité.

- Tu crois faire quoi là hein ? C’est toi qu’est dans cette cage, petit con, pas moi.

Le bandit s’approcha jusqu’aux barreaux, fixant l’homme au nez rouge dans les yeux. Puis il répondit à son ancienne question.

- Je préfère être libre un jour qu’esclave mille ans.

- Ha ! Ha ! Ouais. Mais t’es pas libre, t’es en prison. Débile.

Le Crotale ne comprit pas cette phrase, si bien qu’il ne répliqua rien. Les gardes s’en allèrent en riant, puis refermèrent la porte, Sophs les suivit des yeux pendant toute leur traversée. Après leur départ, le silence était retombé. Et, à la surprise générale, ce fut le Crotale qui le rompit, par une remarque brève.

- Pour donner des coups de fouets à un gosse, ils sont les premiers, mais si un seul homme leur fait face, ils se pissent dessus. La loi n’honore que les fiottes.

Suite à cela, il fit volte-face pour retourner près de son mur, puis il s’arrêta en chemin, pour apporter une nuance à ses propos. Tournant la tête vers son ex-voisin de cellule :

- Pas toutes, évidemment.
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Ceux qui suivent chemins de plaies et barreaux [PV Ambre]
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