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 Un nouveau départ [CLOS]

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Eadric Traben

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Date d'inscription : 09/10/2013
Messages : 22

MessageSujet: Un nouveau départ [CLOS]   Jeu 20 Fév - 2:51

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà. La petite était assise sur un tronc en face du feu que je venais de faire. Elle me regardait entretenir les flammes et stabiliser le bucher de fortune. Nous étions à la lisière d’une petite forêt sur la route de la Cité des Vents. Nous nous étions mis en chemin depuis Midtown car je tenais absolument à lui faire découvrir cette ville qui avait tant inspiré mes parents et qui avait bercé une partie de ma jeunesse. Se faisant, j’espérai pouvoir la faire sortir de la morosité des ruelles sales de la ville d’où nous venions.
Quelques jours s’étaient écoulés depuis notre départ mais la gamine restait muette. Il fallait bien avouer que je n’étais pas très loquace non plus, préférant planifier les endroits que je comptais lui faire découvrir. Cependant, plus le temps passait et plus je m’inquiétais qu’elle ne fut traumatisée par ce qu’il lui était arrivé à Midtown. A chaque fois qu’elle me souriait, que je voyais ses grands yeux se plisser d’une joie enfantine, je resongeais à cette après-midi. Je décidai donc de tenter une approche à la lumière de la lune et des flammes vivaces. Je sortis quelques couvertures et vins l’entourer avec.

- Il faut bien que tu t’enveloppes dedans pour ne pas avoir froid. Je ne sais pas où tu avais l’habitude de dormir à Midtown mais ici nous serons un peu moins protégés…

Je marquai une pause et pris un air réfléchi. Je levai le museau en l’air et sentis le vent frais de façon exagérée.

- Huuuum, non il ne risque pas de pleuvoir cette nuit ! Nous serons tranquilles.

Elle rigola légèrement de me voir faire le pitre et cela me mit en confiance. Je m’assurai donc qu’elle soit bien emmitouflée dans les couvertures, m’assis à ses cotés et la pris dans mes bras.

- Bien ! Maintenant que nous sommes installés, on pourrait se raconter des choses ? Qu’en dis-tu ? On n’a pas vraiment encore eu l’occasion de se connaitre et, même si on a encore beaucoup de temps devant nous, on pourrait commencer dès maintenant.

Elle me regarda avec attention pendant que j’essayais maladroitement d’en venir au fait. Voyant que j’attendais une quelconque réponse de sa part elle sourit, comme à son habitude, et acquiesça en guise d’approbation.
Cela ne m’aidait pas vraiment car je redoutais qu’elle ne puisse parler et de la gêner avec ça. Je ne savais décidément pas m’y prendre avec les enfants qui étaient pourtant les premiers à venir chercher leurs parents pour voir mes tours. Je me raclai la gorge et continuai :

- On va faire un jeu ! Tu me dis un truc, je te dis un truc et ainsi de suite. D’ac’ ? Tu me donnes ton nom et je te donne le mien ?

Elle effaça rapidement son sourire de sa bouille juvénile et leva les yeux au ciel comme hésitante. Je voulus lui laisser son temps pour juger la situation mais ne la voyant pas réussir à s’exprimer comme elle l’aurait souhaité, j’enchainai :

- Tu sais si tu n'as pas envie ou que tu n’as pas de nom ça n’est pas grave. On pourrait en trouver un ensemble un autre jour…

Elle secoua la tête, m’incitant à la laisser faire. Je me tus donc. Elle ouvrit la bouche, détourna son regard et la referma, puis la rouvrit, s’apprêtant à dire quelque chose mais rien ne sortit. Je sentais la gêne me parcourir l’échine et ne savais comment l’aider. Elle finit par faire une moue quelque peu embarrassée et regarda en direction de ses pieds blottis dans les couvertures.

- Moi, c’est Eadric.

Après avoir pris une grande inspiration, j’avais décidé de la mettre en confiance en me dévoilant d’abord. Ce qui, en fait, me paraissait logique que cela se passe dans ce sens. Je regardai distraitement les flammes, me laissant envahir par les souvenirs.

- Parfois les noms signifient des choses mais pas le mien. Ma maman me disait qu’ils m’avaient appelé d’un nom qui ne veut rien dire pour que j’y apporte le sens de ce que je serai devenu à la fin de ma vie. Un nom à mon image en somme.

Lorsque que je reposai mon regard sur elle, je la vis me fixer avec de grands yeux ronds comme si elle partageait la même mélancolie qui m’avait soudain drapé. Nous nous regardâmes quelques instants puis je lui tirai la langue. Elle retint un petit rire.
En fin de compte nous n’étions pas plus doués l’un que l’autre dans ce genre de relation et nous semblions nous compléter. Moi exagérant les traits de façons grotesques et elle, bonne publique, rigolant de mes bêtises. Nous nous mîmes l’un et l’autre en confiance peu à peu. Elle se tortilla pour mieux se caler et commença à respirer de plus en plus doucement. Ses yeux se fermaient et s’ouvraient lentement comme rouillés par la fatigue du voyage.

Je m’assurai une dernière fois d’avoir ce qu’il fallait sous la main avant de me laisser aller aussi. Bien que nous fussions en extérieur et que l’endroit fût calme, j’étais devenu un peu plus parano et me surprenais souvent à m’assurer que mon couteau ou l’arme du jeune forgeron était à portée. Sûrement était-ce d’avoir la responsabilité d’une vie en plus, d’une vie qui n’était pas la mienne et qui comptait sur moi qui me faisait agir ainsi.
Une fois mes nouvelles manies satisfaites, je me sentis serein et me laissai bercer par la douce chaleur des flammes, mêlée à la fraicheur de la brise. Je souhaitai une bonne nuit à la petite qui avait cessé de lutter et qui, les yeux définitivement clos, agrippait légèrement les couvertures tel une peluche de fortune. Je sentis également la fatigue me prendre et je ne comptais pas résister plus longtemps. Cependant, je sentis l’enfant remuer et se replacer bien que je l’eus crue endormie, avant d’entendre une petite voix aussi fluette que douce :

- Sythi.


Dernière édition par Eadric Traben le Dim 16 Mar - 17:18, édité 2 fois
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Eadric Traben

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MessageSujet: Re: Un nouveau départ [CLOS]   Mar 25 Fév - 19:46

Je me réveillai le lendemain par la lueur de l’aube. Il ne restait du feu que des cendres noires et froides. Sythi était toujours enfermée dans son cocon de couvertures chaudes. Je préparai le petit déjeuner avec ce que nous avions trouvé la veille sur la route : quelques baies, des fruits et du pain. Elle finit par se réveiller avant que j’eus fini de rassembler nos affaires. Elle mangea avec appétit sa part, les yeux encore gonflés de sommeil mais déjà souriante. Je la taquinai sur cette nuit, qu’elle avait ronflé comme un loir et que je songeais à faire chambre à part. Elle rentra vite dans mon jeu et nous reprîmes la route dans le charme d’une nouvelle journée ensoleillée.

Sur le chemin je lui racontai mon enfance, morceau par morceau. Elle écoutait, attentive et posait souvent des questions sur mes parents. Alors que j’entamai de parler de mon père, elle me prit instinctivement la main et ne la lâcha plus du trajet. Qui saurait décrire ce que l’on ressent à cet instant ? Devenir un être si important pour une chose aussi fragile. Je me sentais comme un jardinier protégeant la plus belle de ses roses et la regardant inlassablement fleurir chaque jour qui passe. Ce que m’avaient apporté mes parents, je voulais désormais le transmettre à cette petite. Rien ne nous liait si ce n’est une affection inexplicable. Je retrouvai dans ses yeux rieurs l’insouciance la plus pure et dans sa démarche, la naïveté dans sa forme la plus agréable. Mon quotidien n’était plus marqué par la perpétuelle lutte à la survie, la conquête d’un publique versatile ou les réflexions douteuses à propos d’un avenir incertain. Je prenais enfin part à ce monde autrement que comme une âme errante hantant les sentiers et les ruelles pour passer ce que beaucoup appellent une vie de misère. En réalité, qu’importe la misère lorsque l’on a le but.
Cependant, je la sentais ailleurs par moment. Quand nous ne parlions pas, elle sortait la petite bille de métal qui ne l’avait plus quittée depuis l’accident de Midtown. Elle la soupesait, la faisait miroiter au soleil, la faisait rouler entre ses petits doigts. Je l’observais, amusé, du coin de l’œil en me demandant quelles questions pouvaient bien faire bouillir cette petite cervelle curieuse. Quand nous parlions, elle perdait quelques fois son regard vers le lointain. L’espace d’un instant, elle semblait coupée du monde, sa poigne se desserrait, son allure ralentissait et son regard se portait sur des recoins du paysage où rien ne semblait étrange au premier abord. Un peu comme un chat qui aurait vu une chose que nous autres, pauvres Hommes, n’auraient pu percevoir. Elle ne répondait même plus à son nom. Puis, au bout de deux ou trois appels, elle tournait la tête vers moi d’un air interrogatif. Alors je lui souriais et je la charriais sur son absence. Elle s’en défendait, insistant sur le fait qu’elle n’avait rien entendu et que, par conséquent, je faisais exprès de l’appeler tout bas pour l’embêter par la suite. Cela nous amusa tout le long du chemin.

Le soir, je décidai de mettre en pratique l’idée que j’avais eu dans la journée. A force de la voir tourner et retourner cette bille d’acier, je voulus lui montrer un autre aspect des armes à feu. Je la chargeai de préparer de quoi faire un feu afin de lui montrer les bases de la survie hors des villes. Pendant ce temps, je m’affairai à mes tâches. Je me souvenais encore des petits artifices maisons de mon père pour rendre les shows plus attractifs. Je n’en utilisai que rarement, n’étant pas convaincu de l’intérêt de la chose sur les parents et sachant très bien qu’il n’y en avait nul besoin pour attirer la marmaille. J’avais donc encore en réserve les stocks inutilisés du paternel. J’assemblai rapidement les tubes en papier, la poudre colorante, la poudre noire que je prélevai sur quelques cartouches de pistolet. Il n’y avait là pas de quoi fouetter un chat mais l’effet était plutôt amusant compte tenu du peu de connaissance que cela demandait. Une fois fini, je disposai l’artifice dans un coin et attendis le retour de Sythi qui ne tarda pas.
Chose, d’ailleurs, qui me surprenait, était le sang froid que conservait cette petite fille dans l’obscurité. Aucun gamin à ma connaissance n’aimait se retrouver entouré par les ténèbres, encore moins en lisière de forêt mais elle, elle avait l’air de n’en avoir rien à faire. Comme si le jour n’était que la nuit mais en plus aveuglant. Elle était pour le moins étrange mais c’est ce que j’appréciais également chez elle. Elle ne ressemblait en rien aux habituels gamins qui courent et qui braillent à tout va.
Elle disposa les buches et les brindilles comme elle m’avait déjà vu faire auparavant. Je lui donnai quelques conseils pour une meilleure disposition et lui expliquer en quoi cela avançait les choses de faire de cette façon et pas autrement. Nous allumâmes ensuite le feu à l’aide d’amadou et d’un silex que je gardai avec moi partout où j’allais. La façon dont elle s’appliquait à faire démarrer le bucher était touchante. Elle y mettait tout son cœur de petite fille, voulant faire ses preuves coute que coute. Nous enchainâmes avec le repas qui se composait de nos restes. La Cité des Vents n’était plus très loin et nos vivres commençaient à le ressentir.

- Si tu es sage, je te montrerai quelque chose de… magique !

A entendre ce mot, elle me regarda avec de grands yeux pleins d’étoiles. Pendant tout le temps où je lui avais raconté ma vie passée, je la voyais avaler mes paroles dès que j’abordai la magie. Bien que ça ne fût pas de la véritable magie comme on pouvait en trouver chez les érudits ou parmi les créatures ayant d’avantage d’affinités avec elle, elle ne semblait pas s’en soucier et considérait ça avec le même enthousiasme. Plus encore car cette forme de magie était accessible à tous.
Elle trépigna sur son siège de fortune.

- Mais je suis sage ! Hein que je suis sage ! Regarde !

Je rigolai de ce comportement à la fois si enfantin et pourtant si normal de la part d'une petite fille comme elle. Elle avait de l’esprit, à n’en pas douter, à tel point que j’en venais à la pousser à avoir des réactions d’enfants pour m’en rendre compte. Le sort ne faisait pas toujours mal les choses.

Nous eûmes à peine fini le repas qu’elle se précipita à mes cotés et attendit avec une impatience difficilement maitrisée. Je mis en place le dispositif un peu plus loin devant nous, plaça une mèche de poudre noir afin de l’allumer depuis notre siège. J’allumai donc la poudre et constatai avec fierté mon travail. La poudre pétilla et brilla dans sa course vers le tube de papier. La flamme plongea dans le récipient artisanal et disparut. Je pus voir Sythi retenir son souffle pendant les quelques millièmes de secondes où la flamme se porta pour morte avant de jaillir en lucioles multicolores. La base de l’artifice grésillait en une volée d’étincelles fébriles tandis que ça et là quelques morceaux incandescents prenaient leur envol aux multiples couleurs flamboyantes avant de se laisser retomber, portés par la brise et s’éteignant avant de toucher le sol. Les plus vivaces jaillissaient à un bon mètre du sol, ce qui n’était en rien impressionnant mais ce petit spectacle sembla émerveiller Sythi qui ne clignait même plus des yeux pour ne pas perdre un instant de cette valse fantaisie. La combustion ne dura pas plus d’une minute et quand elle fut finie, la gamine courut vers les restes fumants de l’artifice. Elle regarda dedans, autour, en dessous, avec toujours cette même curiosité. Une fois inspecté sous toutes les coutures, elle reposa le tube brulé et sauta dans mes bras.
Elle me parla en détails de ce tour tout le reste de la soirée, ne cessant d’imaginer comment ça pouvait marcher et de répéter à quel point c’était magnifique. Je me sentais empli d’une fierté indescriptible et je remerciai intérieurement mes parents d’avoir réussi à mettre le rêve des enfants en bouteille.
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Eadric Traben

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MessageSujet: Re: Un nouveau départ [CLOS]   Jeu 27 Fév - 23:10

Le lendemain et les autres jours se déroulèrent presque de la même façon. Nous étions de plus en plus à l’aise l’un l’autre et il commençait à y avoir déjà une coordination instinctive dans nos actions. Elle m’avait observé ranger les affaires, débarrasser le camp proprement, le préparer de nouveau efficacement et avait décidé de mettre tout cela en pratique. Elle le fit cependant avec une facilité déconcertante, imitant le moindre de mes gestes, le reproduisant avec exactitude bien qu’avec une évidente maladresse d’enfant. J’eus beau tenté de lui expliquer qu’elle n’était pas obligée de mettre la main à la pâte avec autant d’ardeur étant donné son âge mais l’unique réaction que j’en tirai était une mine fâchée : elle fronça les sourcils et gonfla les joues avant de se remettre à la tâche avec encore plus d’enthousiasmes. Parfois, lorsque je la voyais fatiguée, j’en profitai pour l’entrainer dans un chahut. Cela l’obligeait à répliquer et, une fois étendue et essoufflée par les rires, je n’avais plus qu’à finir discrètement les tâches. J’estimai qu’elle en faisait déjà bien assez pour son âge et me demander parfois où elle pouvait stocker toute cette énergie.
Dès que je pouvais lui apprendre quelque chose à propos de ce que l’on croisait au long de notre périple, je le faisais. Et dès qu’elle avait une question a posé, elle la posait. Et elle avait beaucoup de questions ! Malheureusement je n’arrivai pas à répondre à tout et je me retrouvai nombre de fois collé, rougissant même de mon ignorance lors des questions qui me semblaient pourtant simples. Dans ces moments, je tentais de détourner son attention par quelques tours de passe-passe. Alors elle s’impressionnait, puis elle me demandait de le refaire encore et encore. Je la soupçonnai d’étudier mes mouvements pour comprendre de quoi il en retournait, je changeai alors légèrement ma façon de procéder afin de la troubler. Elle finissait donc par râler qu’elle n’arrivait pas à comprendre et que je me devais de lui expliquer.

- Un magicien ne révèle jamais ses secrets…

Je ne saurais décrire à quel point cette phrase la faisait bouder. C’était la seule chose que je n’acceptais pas de lui dire pour la pousser à trouver par elle-même. Ses bouderies ne duraient jamais très longtemps et rapidement, elle en venait à autre chose.
Plus le temps passait et plus je me surprenais à être avec elle différemment que mes parents l’étaient avec moi. En un rien de temps j’avais supplanté la base que m’avaient léguée ma mère et mon père pour adopter ma propre façon d’être. Ce qui n’était pas plus mal au fond car nous n’étions pas liés par le sang elle et moi. A situation unique, relation unique. L’idée de m’appeler « papa » ne lui venait pas non plus à l’esprit et, quelque part, j’en étais rassuré. J’y pensais souvent et j’ignorai toujours comment m’y prendre si le cas se présentait.
Au fil d’une de nos nombreuses discussions, nous vînmes à parler de notre rencontre :

- Il n’empêche, je me demande vraiment ce qui a pu conduire ces brutes à te vouloir du mal… Te gronder, passe encore, il y a des gens capables de passer leur colère et leur frustration sur n’importe qui et n’importe quoi de nos jours. Mais là…

Sythi parut réfléchir, se remémorant sûrement la scène afin de trouver avec moi une explication à leur geste insensé.

- J’sais pas. Je me souviens juste qu’ils sont arrivés tout méchant et qu’ils m’ont demandé d’arrêter. Après ils m’ont insultée. Et ensuite ils ont voulu me frapper mais t’es arrivé.

Sa frimousse s’illuminait en disant cela.

- Tss… Tomber sur une enfant solitaire et vouloir la passer à tabac. Cette brute n’a eu que ce qu’il méritait !

Elle me regarda d’un air intrigué mais n’ajouta rien.

- Et puis à te traiter de monstre comme si tu sortais tout droit de l’enfer. Pauvre fanatique superstitieux… Qu’est-ce qui tourne pas rond dans leur tête de débi… de sauvages.

Elle ne sembla pas faire attention aux mots que je sortais. C’était si vilain dans la bouche d’une petite fille que l’idée qu’elle puisse mal parler me révolter avant même qu’elle ne se concrétise. Je crois bien que je commençai à devenir trop protecteur. Mais l’est-on véritablement assez ?

- Et alors ? T’étais toujours toute seule sinon ? Tu n’as jamais rencontré de copains pour jouer ?

- Pour jouer… oui. Les autres enfants disaient que je faisais peur. Au début j’allais quand même les voir mais à force ils me jetèrent des cailloux pour pas que j’approche alors je jouais toute seule. Mais je crois qu’en fin de compte, je préférai.

- Ah bon ? Pourquoi dis-tu ça ?

- Parce que les garçons sont tous bêtes et sales ! Les petits ils nous tirent les cheveux quand on veut pas jouer à ce qu’ils veulent et les plus grands, ils nous frappent pour s’amuser.

- Hum, c’est vrai que c’est pas très gentil… Et moi je suis quoi alors ?

Je la fixai en souriant pour observer sa réaction. Elle sourit également en haussant les épaules comme si cela paraissait évident :

- Toi c’est pas pareil.

- Et les autres filles alors ?

- Eh bien… Il n’y en avait pas beaucoup. Celles qui jouaient toutes seules se tenaient à l’écart des garçons, comme moi. Et les autres qui arrivaient à jouer ensemble, elles étaient aussi méchantes que les garçons sauf qu’elles, elles ne s’amusaient qu’en faisant du mal aux autres. J’imagine que c’était pour pas que les garçons les embêtent.

Je l’écoutais attentivement et restais étonné par le recul qu’elle avait. Dans sa voix, pas une once de reproche, de simples constats. Un peu de rancœur sûrement, mais aucune pointe d’une haine refoulée débouchant sur une volonté de vengeance. Elle semblait déjà avoir compris qu’à ce niveau là, il ne s’agissait plus de bien ou de mal. Juste de survie. Et que l’éthique, même pour des gamins comme eux, laissait rapidement place à l’instinct.


- Et t’avais pas de doudou pour te tenir compagnie ?

Elle me dévisagea avec ses yeux interrogateurs.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Eh bien, un doudou ça peut être plein de choses ! Un bout de tissu, une peluche, un jouet quelconque. C’est ton ami et il t’accompagne partout.

Elle plissa les yeux en regardant ses pieds, puis releva la tête d’un seul coup.

- Nan, y’en a qui en avait mais pas moi. Le plus souvent, les autres te le piquer pour le casser ou le jeter et en plus, ça sert à rien. C’est juste un objet, c’est pas vivant.

A ces mots, je sentis mon cœur se serrer. Je ne savais pas si elle y croyait vraiment ou si c’était ça manière à elle de trouver une raison au fait qu’elle ne pouvait en avoir. Néanmoins, je me sentais véritablement triste pour elle de s’éloigner à ce point de tout ce qui fait qu’un enfant est ce qu’il est. Pouvoir créer un monde à partir de rien, s’inventer un meilleur ami qui sera le confident et le protecteur immatériel de l’âme de son propriétaire. Lorsque la flamme d’une enfance s’éteint, c’est le monde qui s’assombrit.

- C’est vraiment triste que tu sois restée toute seule si longtemps mais ne t’inquiètes pas, maintenant tu m’as moi et on est pas près de se séparer !

Elle replongea ses yeux étonnés dans les miens.

- Mais je n’étais pas toute seule, pourquoi tu dis ça ?

Je haussai un sourcil de surprise. Je ne pensai pas avoir loupé un passage et pourtant…

- Ah ? Mais alors raconte moi voyons ! Comment s’appelle cette personne ?

Elle recommença à réfléchir, pensive. L’espace d’un instant, on aurait dit que les rôles furent échangés. J’étais l’innocent qui ne comprenait pas et elle, celle qui cherchait les explications les plus simples et adaptées afin que je puisse comprendre au mieux.

- Eh bien je sais pas trop. Je connais pas son nom, il chuchote presque tout le temps, je comprends rien. Et quand il parle suffisamment fort, je comprends pas tout ce qu’il dit.

Plus elle parlait et plus je me sentais perdu. Moi non plus je ne comprenais pas tout ce qu’elle disait. Son discours était cohérent mais… étrange aussi.

- Mais… Il était avec toi à Midtown ? Quand est-ce que tu l’as connu ?

- Depuis toujours. Je crois. Je me souviens plus trop bien. Mais oui, il était à Midtown avec nous, tu ne l’as pas vu ?

Je frémis un instant. Avais-je été si distrait que je sois passé à coté d’un homme qui accompagnait Sythi ? C’était impossible, il m’aurait interpelé, arrêté ou quelque chose. Et pourquoi m’en parlait-elle que maintenant ?
Je m’arrêtai et m’assis devant elle.

- Comment ça ? Il était avec nous ? Non, je n’ai rien vu… Tu m’inquiètes ! C’est un parent à toi ? Un ami ?

Elle rigola légèrement et secoua la tête vivement.

- Non ! Non ! Je sais pas trop qui il est. Il s’approche pas souvent et comme je te l’ai dit, je comprends pas ce qu’il dit, sauf deux-trois mots, quelques fois. Pourtant il était avec les deux méchants monsieurs dans la ruelle où tu m’as trouvé. Et il était là aussi quand ils nous ont courus après. D’ailleurs, c’est pas souvent qu’il s’approche aussi près ! Il t’aime sûrement bien.

J’avais beau me repasser la scène, réfléchir, réfléchir encore, je ne voyais absolument pas de qui elle parlait. Pourtant, je m’en serais souvenu, j’ai toujours fait attention à ce genre de chose et puis… Elle ne le considérerait pas aussi bien s’il avait fait partie des agresseurs mais, il ne nous est pas venu en aide non plus… Pourquoi ?
Les questions se bousculaient dans ma tête sans que je puisse y répondre quand soudain, j’eus un élan de clarté. C’était de toutes évidences un ami imaginaire qu’elle s’était créée à défaut de ne pouvoir conserver un doudou en sa compagnie. Ce qui expliquait que je ne pouvais le voir et qu’il n’était pas intervenu pour nous aider.
Je soupirai longuement de soulagement et continuai afin de confirmer mon idée :

- Et dis-moi ? A quoi il ressemble ? Peut-être que je m’en rappellerais si tu me le décrivais.

- Il est plutôt grand et… Heu… Je sais pas très bien ce qu’il a. Je pense qu’il a plein de vêtements sur lui parce qu’il est un peu biscornu. Enfin… Il est pas comme toi par exemple, il est plus large et il flotte avec l’air. J’aimerais bien savoir faire pareil !

Je souris, amusé et surtout soulagé.

- J’avoue ! Ca doit être génial !

- Et puis sinon il aime pas le soleil. Dès qu’il vient il fait plus sombre et il préfère la nuit quand même. Et puis il aime pas trop qu’on le regarde, j’ai l’impression que ça le gêne. Moi je peux, je sais pas pourquoi mais il se met jamais en colère quand c’est moi. Du coup pour pas qu’on le regarde il reste loin, ou derrière les gens. Il était derrière le monsieur qui m’a étranglé. Il s’approche jamais aussi près mais là, il a du le regarder parce qu’il était très en colère, ça faisait un peu peur.

- Ahah, il ne devait pas être aussi horrible que ces méchantes brutes quand même ?

Elle prit soudain un air sérieux et gêné.

- Quand il est en colère, il me fait peur quand même. Plus que les méchants. Mais je sais qu’il me fera pas de mal, il me l’a dit. C’est lui aussi qui m’a toujours appelé Sythi.
Quand j’étais à Midtown je le croisais que quelques fois. Mais c’est marrant, depuis que t’es arrivé, il est souvent là ! C’est pour ça que je pense qu’il t’aime bien.


- Eh bien moi aussi ! Je crois que je l’aime bien ! En plus il a de très bons gouts car Sythi est vraiment un joli nom. Aller, continuons, il commence à se faire tard. Nous arriverons demain dans la soirée.
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Eadric Traben

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MessageSujet: Re: Un nouveau départ [CLOS]   Sam 15 Mar - 22:50

Cette fois nous y étions. Je pouvais apercevoir les contreforts Est de la fabuleuse Cité des Vents, capitale des artistes et berceau des rêves des Hommes. Le soleil couchant plongeait la ville dans un halo doré, comme une auréole de lumière chaude et douce. Les hauts murs de pierre s’assombrissaient au devant, dos au crépuscule.
Sythi était sur mon dos et dormait. Ce voyage avait été long et éprouvant même s’il s’était passé dans de très bonnes conditions et cette dernière après-midi avait eu raison de toute la bonne volonté de cette petite fille. Je l’avais donc prise sur mon dos afin d’achever malgré tout ce périple avant la nuit. Je décidai de contourner les quartiers Est et Sud-Est pour entrer par la porte Sud. J’espérai ainsi que le soleil éblouisse encore suffisamment la ville pour faire profiter Sythi du spectacle. Car l’architecture et les nombreuses gravures habillant les remparts étaient aussi atypiques et fascinants que la ville en elle-même.

Arrivé sur le sentier menant à l’entrée Sud, je m’accroupis doucement et remuai pour tenter de réveiller la gamine. Elle frissonna et se frotta la tête contre mon dos comme pour résister à cet appel au réveil mais finit par céder. Je la posai délicatement par terre en m’assurant que ses jambes endormies la porteraient bel et bien. Elle s’essuya les yeux embués de petites larmes précédant un bâillement certain. Ses yeux encore gonflés de sommeil avait du mal à s’habituer à la luminosité bien que descendante. Je ne pouvais m’empêcher de sourire en la regardant sortir de sa torpeur. Il y avait tellement de naturel dans ces gestes que le monde semblait être à l’aube de son histoire, comme si le premier être s’était réveillé afin de commencer à foulée les terres encore immaculées.

- On est arrivé ?

Sa petite voix fluette me fit sortir de mes songes. J’hochai la tête et la pris par la main afin de lui montrer les ornements de l’entrée de la cité. Ca et là on pouvait admirait, en bas-reliefs et gravures, des éléments référant à l’art musical. Je n’y connaissais pas grand-chose en musique mais mon père m’avait déjà montré à quoi ressemblaient des partitions et c’étaient de semblables qui décoraient la façade de cette partie des contreforts. Les dessins ressortaient d’avantage avec leur ombre projetée par le soleil qui avait bientôt fini sa course vers l’horizon, s’étalant langoureusement sur la pierre grise.
Sythi restée bouche-bée devant le spectacle. Il était certain que cette ville n’avait rien de comparable niveau taille à Midtown, encore moins culturellement parlant. De ces murs, avant même de pénétrer dans l’enceinte de la cité, émanait toute la prestance et la beauté de cette dernière. Tout est plus grand, plus beau, mieux agencé, plus fier, plus imposant. Un sentiment de joie et de sécurité ne pouvait qu’envahir toutes personnes s’approchant de cet endroit.
Au fur et à mesure que l’on approchait, le brouhaha interne nous parvenait. Il y avait des rires, des applaudissements parfois, des cris d’encouragements ou hués, des sons clairs solitaires ou des orchestres harmonieux. Je n’avais aucune notion des époques et encore moins des aléas des fêtes animant la Cité des Vents mais quelque chose me disait que cette fois, nous tombions au bon moment.

Soudain je sentis Sythi ralentir. Je tournai ma tête vers elle et l’observai perdre son regard en direction de l’immense porte gardée. La herse était relevée mais deux gardes y étaient postés. Elle ne parut plus pouvoir avancer, comme immobilisée par ce qu’elle fixait. Je m’accroupis pour être à sa hauteur et regardai dans la même direction. Il n’y avait définitivement rien d’autres que ces deux gardes, impassibles, attendant certainement d’être relevés. Puis je me souvins de notre discussion à propos de son ami imaginaire. Il était vraie que nous n’avions pas rentamé le débat car elle ne semblait plus le voir mais voilà qu’il était sûrement réapparu.

- Alors ? Il est arrivé avant nous on dirait ! Ahah. Il faudra qu’on lui trouve aussi un nom s’il n’en a pas, qu’en dis-tu ?

Elle ne me répondit pas, restant statique, figée. Je restai quelque peu dubitatif quand à ce qu’elle pouvait bien voir ou imaginer. Mais après tout, j’avais eu la chance d’avoir des parents, une protection. Je ne pouvais en aucun cas connaitre les choses qu’elle aurait pu déjà vivre et pour cela, je n’étais pas en droit d’y porter un quelconque jugement. Elle finit par murmurer quelques mots, presque inaudibles. Je tendis l’oreille pour comprendre ce qu’elle disait mais à peine je pus me concentrer suffisamment qu’elle stoppa et commença à prendre des inspirations saccadées. Son buste se soulevait et retombait presque aussitôt comme si quelque chose voulait sortir de sa poitrine ou de sa gorge pour s’échapper par sa bouche. Elle hoqueta deux ou trois fois et s’arrêta, ne s’arrêtant pas pour autant de fixer l’entrée de la ville. J’alternais mon regard à la fois sur elle, pour être sûr que tout aille et à la fois sur l’endroit dont elle ne pouvait détacher les yeux. Je vis la relève qui, comme je le pensais, venait remplacer les gardes déjà présents et qui s’en allaient désormais rejoindre la caserne, puis leur famille respective. Lorsque je me retournai vers Sythi, elle me regarda avec son habituel regard interrogateur qui suivait toujours ce genre de petites absences passagères.

- Qui a-t-il ? Tu m’as demandé quelque chose ?

Je secouai la tête, amusé par tant d’innocence. Je lui repris la main afin de continuer notre route et lui répétai ma dernière phrase à son encontre. Elle sembla étonnée, réfléchit et confirma qu’il n’avait en réalité aucun nom propre et qu’il serait gentil de lui en trouver un, un jour. L’idée l’enchanta en définitive car elle commença dès ce moment à trouver des noms qui auraient pu correspondre à cet être si mystérieux. Elle m’autorisait à donner mon avis sur ces choix mais insistait pour que ça soit elle qui le nomme. J’étais d’accord et nous continuâmes le jeu jusque dans la ville où souffle l’Art.
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Un nouveau départ [CLOS]
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