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 Escarbille ☾ La Neige et la Braise

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Escarbille Perce-Neige

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Date d'inscription : 02/04/2014
Messages : 9

MessageSujet: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Mer 2 Avr - 17:59



I- Informations essentielles

Nom : Perce-neige

Prénom : Escarbille

Surnom : Pique la Lune

Sexe : Fé donc plutôt masculin mais ça n'a guère de sens en l'occurrence.

Age : Il ne sait pas, certainement autour de 25 ans.

Espèce :

Groupe : Peuple d'Yla, je suppose.

Métier : Enfant sauvage.

Domaine : La Magie.

Rang : Fils de Lune.

Croyances : La Nature et le Prince des Pirates.

Équipement : Un genre de sabre volé dans un cale de bateau. Il ne sait pas s'en servir, ça le rassure simplement.

Capacités : Tout ce qu'est capable de faire un fé. Tout est brut, émotionnel, voire inconscient. Escarbille ressent chaque chose que la Nature éprouve. Il ne le contrôle ni ne le comprend. Un arbre coupé, un animal blessé, une plante piétinée, et c'est son cœur que vous meurtrissez. Il comprend les faunes et les flores sans avoir à leur parler, car sa pensée parle un langage que lui a oublié. Celui de la forêt, celui auquel les hommes n'accèdent pas. Sans savoir d'où ce pouvoir tient son origine, Escarbille sait deviner quelle fleur est fragile, dangereuse ou timide. A ses yeux, toute chose est vivante, unique et consciente. Il parle bien plus aux êtres animaux et végétaux qu'aux humains, qu'il ne parvient pas à atteindre, à saisir. Ses sens sont intensément acérés, compensant ainsi son manque de repère, de stabilité.
Comme tout fadet, il porte un lui un don d'enchantement. Il aime alors à visiter le sommeil des hommes, assombrissant les songes de ceux qui l'ont blessé, égayant les chimères de ceux qu'il affectionne. Les enfants, surtout. En somme, Escarbille ne sait rien de la magie théorique et intellectuelle qu'on su développer les humains. Il ne connait que la magie du cœur, de l'âme, celle qui l'a enfanté.

Faiblesse : Une confusion, une incompréhension profonde de la société. Une inconscience qui n'apprend rien de l'expérience en dehors d'un effarouchement tenace. Un mal-être indicible dans tout environnement urbain.

Particularité : Être un fé, vous savez, c'est déjà quelque chose.


II- Physionomie

Escarbille la brindille. Petit bout de rien surmonté d'un air lutin. Son apparence a toujours provoqué froncements de sourcils et expressions intriguées. On le prend toujours, presque toujours, pour un enfant. Lui-même ne se voit pas autrement. Ses cheveux broussailleux, revêches, sont d'un blanc d'argent, qu'il tente parfois de maculer de terre ou de suie afin d'en étouffer l'éclat. Il n'aime pas le regard des gens. Son visage est rond, presque poupon, mais il y flotte constamment un demi-air malicieux, curieux, un peu candide aussi. Comme un arrière-goût d'enfance dans l'aspect. On sent sans réellement le saisir que quelque chose de spécial émane de lui. Pas du fait de sa chevelure de neige ou de ses yeux rubescents, ni même ses oreilles ciselées, non. C'est encore derrière, quelque chose d'enfoui mais de palpable, invisible mais présent. Une aura. C'est son côté fé, qu'on voit sans le voir. Et comme rares sont ceux qui ont déjà croisé un fadet, les gens se contentent de le trouver étrange, de s'interroger sur ses origines. On le prend pour un fils de sorcière. Ils ignorent qu'Escarbille n'est le fils de personne. Et parfois, parfois, on lui demande s'il n'est pas apparenté au Prince des Pirates, qui selon les dires, partageraient ses caractéristiques physiques par un hasard peu ordinaire. Escarbille se gonfle alors d'orgueil et de prestance, empruntant une allure noble qu'on sait feinte, infantile et maladroite, même si lui y croit dur comme fer.

Sa figure est le port-étendard de son âme. Il s'y reflète tous les ingrédients qui le composent, bien au-delà du côté férique indéniable mais, finalement, indécelable. On y voit aussi de la crainte, raturée grossièrement par un nez effrontée et une mâchoire serrée qui en dit long sur sa détermination farouche. Un air de petite teigne, mais qui s'adoucit dès lors que vous attiserez sa curiosité, son émerveillement, sa gourmandise aussi... Si l'on gratte, on discerne vite l'innocence quasi périlleuse qui se niche dans son regard embrasé.
Son corps est malingre, un peu osseux, les membres longs et grêles. Mal nourri, il a le ventre bombé des enfants contraints de bouffer ce qu'ils trouvent, une protubérance accrue par la chétivité de ses jambes et de ses bras. Sa peau est lisse, souple, mais elle ne possède pas la douceur propre aux véritables enfants qui n'ont pas eu le temps d'être abîmés par la vie. Il est enclin à de drôles de manies, comme sa façon de se tenir qui attire à nouveau moult regards aiguisés. Il se tient régulièrement à la manière d'une grenouille, ou bien d'un singe, accroupi sur le sol ou perché sur un toit. Sa posture est animale, sauvage. Il est d'une souplesse et d'une agilité qui n'ont rien d'humain, et qu'il a du adapter à la vie urbaine.

Escarbille ne prête guère attention aux vêtements qu'il porte. D'une part parce que quand bien même serait-il coquet, il n'aurait aucun moyen de se vêtir avec goût. D'autre part parce que son apparence compte pour lui à peu près autant qu'à un chien. En outre, il supporte extrêmement mal le port de souliers, et se plait à se promener pieds nus, quitte à se couvrir d'éraflures. Il est, tout de même, singulièrement attiré par les parures de couleur verte, sans qu'il ne puisse l'expliquer. Vous comprendrez vite qu'en définitive, il y a peu de choses qu'Escarbille sache expliquer.


III- Psychologie

Un mélange détonnant entre la petite teigne et l'insouciance incarnée. Escarbille n'est pas armé pour le monde complexe et faussé qu'est celui des Hommes. Il lutte pour y garder une place, pour rester en vie, pour ne pas se laisser labourer par les fourberies incessantes dont il est victime. Les pièges forgent son caractère mais pas sa conscience. C'est un être profondément gai, qui ne connait rien du mal et du bien. Il n'a pas de valeur, de principe, il n'entend rien à la morale ou l'éthique. Tout cela ne le concerne pas. Parce qu'il est l'enfant de la Nature, et que la Nature est au-delà de ces concepts à la fois flous et travaillés. Il est comme elle. Il est son ambassadeur. Ainsi, il est empreint d'une certaine cruauté, absolument instinctive, une cruauté indifférente et logique, tel que celle de sa Mère. Il n'aide pas aisément les êtres en détresse. Il n'est ni très empathique, ni très réactif à la souffrance. La mort ne l'émeut pas à outrance, elle fait partie du grand cycle. Il a coutume, toutefois, de recueillir les dépouilles des animaux trépassés et de leur creuser une sépulture de fortune. Les bêtes, des chats aux oiseaux en passant par les cafards, l'aiment et recherchent sa compagnie. Escarbille n'en a jamais été effrayé ni même surpris, il les considère comme des compagnons au même titre que tout autre être, bipède ou non. C'est un fadet plutôt songeur en comparaison de ses congénères, dont il ignore tout par ailleurs. En plus de ses cheveux givrés que l'on croirait embrassé d'un éclat de lune, un air rêveur, lointain, enrobe  souvent ses traits. On ne saurait dire à quoi il pense, tant ledit air est détaché de toute expression. Il se contente de fixer la Lune pour qui il semble vouer une admiration absolue, contemplant l'astre comme l'on contemplerait une déesse céleste.  Est-il mélancolique, serein, joyeux... Il est tout simplement ailleurs. Escarbille dégage un mystère qui l'enveloppe comme une brume tendre. C'est pour ça qu'à l'orphelinat, les gosses l'ont appelé Pique la Lune.

Lorsqu'il n'est point engouffré dans ces rêveries abyssales, Escarbille est un petit animal sauvage voire féroce, qui ne peut que confirmer les sales expériences qu'on le devine avoir subi, au même titre que tout enfant des rues. Il ne prend pas soin de lui, ne sait rien de la santé et de la bienséance. Il vit au jour le jour et n'est point enclin aux soucis. Ce n'est pas dans sa nature. Il se nourrit comme il peut, souvent salement, et boit jusque dans les flaques d'eau. Il n'a jamais compris pourquoi il n'était pas en droit de chiper des pommes dans les cageots et des fraises dans les bosquets d'un jardin, cela n'évoque aucune logique en son esprit. Il n'entend rien non plus à l'argent, à la valeur matérielle, aux convenances...
Les villes l'épuisent profondément. Elles l'énervent, le brusquent. Leur agitation, leur brutalité, leur absence de verdure, tout cela n'est pas seulement irritant à son cœur, c'est une douleur ancrée, une douleur de l'âme. Il en perd ses couleurs, sa santé. Son sourire aussi. Sa respiration se fait sifflante et laborieuse, son teint se vide de nuances, ses yeux carmin se ternissent. Il devient malade, tousse, tremble, traine. Il survit comme on survit en prison. Dès qu'il le peut, il rejoint champ ou forêt, s'enivrant des fragrances qu'il reconnait sans pouvoir – jamais – l'expliquer. Il se roule dans la boue, dans l'herbe, se frotte aux arbres et se plonge dans ses ruisseaux glacés. Tous ses sens se décuplent et s’égaient. Toutefois, il demeure perdu, confus, et passé l'euphorie, il ne sait plus quoi faire de lui. C'est là toute la terrible contradiction qui habite Escarbille. Il est né de la forêt mais en a été arraché trop tôt. Il ne reconnait plus sa mère et ne sait plus s'abreuver de son sein. Il se contraint donc toujours à revenir sur ses pas, retrouvant la ville honnie, souillée des pas des hommes, puisque c'est là qu'il a grandi. Pas tellement grandi, je vous l'accorde. C'est là qu'il a vécu, alors.

Il est plutôt violent, comme petit. Il mord, griffe, bondit sur les gens avec son adresse surnaturelle. Il craint les gestes brusques et les voix fortes. Il se débat, grogne, se hérisse comme ses copains les chats. Il est très vite impressionné, alarmé. C'est un solitaire, facilement rejeté à cause de son aspect singulier ou de ses manières incongrues. Il ne s'en formalise pas, il renonce et se débrouille. Oui, c'est un débrouillard.
Il reste naïf, crédule, car les pièges de la Nature n'ont rien de ceux des Hommes. Il fonce la tête la première, incapable de réflexion, de déduction. Sa méfiance est semblable à celle des animaux, elle est instinctive, pas réfléchie. Si on sait l'amadouer, il se perdra bien vite. Il est facilement amusé, joueur et taquin aussi, il aime le jeu et la distraction en général. Il aime les spectacles, passionné et émotif qu'il est. Il aime les bateaux, qui le fascinent par leur taille imposante et les voiles brandies qu'il croit magiques. Il adore les histoires, les contes et les légendes, il fait difficilement la distinction entre le réel et le fictif. Sa pensée n'est pas formée aux frontières qui barricadent la notion d'imaginaire. Il parle mais a de grandes difficultés à écrire ou dessiner, de même qu'il accumule les erreurs de vocabulaire. Il comprend mal les expressions, surtout les plus abstraites. Il est plutôt expansif et impulsif, comme le veut son espèce, et possède un tempérament du genre enflammé. Il dit ce qu'il pense, sans se soucier de réaction, de conséquence, de portée. Il ne se rend pas compte de ces choses-là.

Il s'entend particulièrement avec les chats de gouttière qui le suivent à la trace et lui réchauffent l'intérieur lors des nuits d'hiver. Dans les forêts, ce sont les loups qu'il approche, sensible à leur noblesse, leur crainte des hommes et leur lien à la forêt. Il lui arrive de rester quelques jours parmi eux. Il vomit la viande crue qu'ils lui offrent et frissonne dans le froid mordant de leur caverne, mais Escarbille est résistant. Il est pas si solide, pas si vaillant, mais il résiste. Il n'a même pas l'idée d'abandonner et de se laisser choir sur un bout de chemin. Ce n'est pas, certainement pas, dans sa nature.

Toutefois... Un homme, parmi tous les autres, fascine Escarbille. Le Prince des Pirates. Depuis qu'il a aperçu son portrait sur une affichette placardée dans une ville, le fadet nourri une obsession croissante pour James Bellamy. Pirate. Le mot lui fait un effet monstre, gorgé d'aventure et de puissance. Mais c'est surtout depuis que quelques commentaires timides, certainement goguenards mais de cela, Escarbille n'a jamais conscience, qui laissèrent entendre qu'il pouvait être lié par le sang au Prince, que le fé s'est passionné pour ledit Prince. Lui qui n'a ni attache, ni mère, ni père, aucun berceau auquel se raccrocher, aucun foyer vers lequel revenir, aucune poitrine où y enfouir son visage mouillé... Il a fixé sur le Prince ses espérances vacillantes, son désir d'appartenance, sa quête d'identité. Il rêve d'être lié à lui. Aussi ne dément-il jamais ces pseudo suppositions, il s'en nourrit au contraire. Il laisse les autres se faire leurs idées, encouragé par leurs propres déductions. Leur faire croire l'aide, lui, à y croire.

Depuis qu'il a compris, vaguement certes, qu'il est lié à la forêt, qu'il y a vu le jour, Escarbille n'a de cesse de rechercher le bois en question. Celui qui l'a vu naitre. A force de questions, de recherches décousues, il est parvenu à la conclusion que la plupart des fées étant vraisemblablement enfantés dans la Forêt des Lucioles, son propre cocon devrait s'y trouver. L'un de ses buts et non des moindres, noyé par une armada d'autres quêtes plus ou moins sensées, est de retrouver cette forêt. Cette poursuite incessante est celle d'un sentiment. Escarbille a besoin de ressentir quelque chose qui ne vient pas. Il en éprouve les ébauches, les prémices, mais la chose ne provoque pas l'absolu désiré. Chaque forêt lui fait du bien, le ravit, le remplit, mais ne le comble pas. Il a encore froid, il est encore vide. Le fé s'est mis dans la tête, et dans l'idée-même il n'est pas en tort, que c'est seulement en s'unissant à nouveau à sa génitrice boisée qu'il pourra enfin atteindre cet état. Il doit retourner sur les Terres d'Yla, fouler le sol qui l'a procréé, fusionner avec le bois soûlé de magie. Son intelligence bancale n'a pas eu le temps d'évoquer la possibilité, aussi infime fût-elle, que la Forêt des Lucioles ne fût pas celle qui l'eût accouchée.

Une crevasse strie donc son cœur infantile, qui pulse en partie pour la forêt mère et son air de vie, en partie pour cet espoir tenace et insensé qui le lie au Prince des Pirates. Une crevasse qui fait d'Escarbille un être plus tourmenté que ne le voudrait sa condition. Mais c'est avant tout un genre d'enfant perdu, un louveteau calfeutré dans un cirque gigantesque, une petite bête ni très bonne ni très mauvaise qui cherche à tenir debout. C'est dans sa nature. C'est dans sa nature.
Même si, en vérité, Escarbille ne sait rien de cette nature. Il ne sait même pas vraiment ce qu'il est. Un fé, d'accord, mais qu'est-ce que c'est ?




IV- Histoire

– Alors, docteur ? Alors ?

L'homme soupira et reposa le corps malingre de l'enfant. La petite bonne femme au visage bouffi, les traits crispées par l'angoisse, se pressait derrière lui en serrant ses doigts contre son bras.

–  C'est la tuberculose ? La peste ? Il tousse beaucoup mais n'a aucun furoncle et peu de fièvre, docteur.

Le pseudo médecin frôla le thorax agité de l'enfant, s'attardant sur quelques zones, appuyant, tâtant, fronçant les sourcils.

– D'où tient-il cette chevelure aux nuances si singulières ?
– Nous l'ignorons, docteur. Il a toujours été un peu spécial.

Au fil de l'examen, l'homme dévisageait l'enfant avec de plus en plus d'insistance. Il semblait pressentir quelque chose de louche, de curieux émanant de l'être infime qu'il étudiait méticuleusement. La chose n'était pas de l'ordre du mal ou d'une quelconque singularité physique. Il s'agissait d'une chose profondément encrée, essentielle, que diffusait l'aura invisible de l'enfant.

– Quel âge a-t-il ?

Un trouble palpable passa sur le visage de la bonne femme.

– Une dizaine d'années, docteur.

L'homme la considéra derrière ses lunettes en demi-lune, avant de se tourner à nouveau vers le petit. Il lui examina la mâchoire (trop étoite), les paumettes (trop hautes), les yeux (trop oblongues), les pieds et les mains (trop longs), les oreilles (vraiment trop pointues), et à mesure qu'il progressait dans son examen, le doute s'insinuait de plus en plus nettement en sa pensée. Mais allons, ce n'était pas possible... Pas ici... Pas ainsi...
Délicatement, il entreprit de placer l'enfant en position assise afin de découvrir son dos. Une expression bouleversée étira ses traits, tandis qu'il contemplait les deux énormes ratures blanchâtres qui striaient le dos en question. Un peu plus brusquement, il reposa le garçon et recula de quelques pas, passant sa paume sur son visage moite.

– Ce... Ceci n'est pas un enfant.
– Qu...
– C'est un fé. C'est un fé. J'ai vu les traces de ses ailes. Il en a toutes les caractéristiques. Par les dieux... Depuis combien de temps vit-il à l'orphelinat ? Où sont ses parents ?
– Je. Il. Cela fait plus de vingt ans, monsieur. Il... Il ne grandit pas. C'est une sorcière qui l'a trouvé dans une forêt. Il était de cette taille, monsieur, mais plus mort que vif.
– Quelle forêt ? La Forêt des Lucioles ?

La bonne femme scruta les paupières closes de l'enfant, avant de lâcher dans un souffle :

– La Forêt de l'Obscur, monsieur. C'est là que le petit est né.


~


Si elle avait connu toute l'histoire, la femme aurait pu ajouter que le petit Escarbille Perce-Neige, nommé ainsi grâce à la fantaisie de celle qui le recueillit, était né d'un rayon de lune pleine, porté par le chant des loups et incarné par le souffle d'un vent nocturne.
Elle aurait pu raconter comme il avait passé l'aube de sa vie dans un état sauvage et solitaire, ignorant des coutumes humaines, de leur langage et de leur fourberie. De loin, on aurait pu le prendre pour un spectre d'enfant, une nymphe asexuée au grain de givre, car Escarbille parcourait sa forêt mère affranchi de toute pudeur. Sa chevelure, blême et éclatante, était si longue qu'elle noyait son corps tout entier. Il n'était guère curieux mais guère méfiant, sa vie s'apparentait à celle de toute bestiole magique résidant dans l'Obscur. Il était proche des loups et aimé du vent, fasciné par la clarté lunaire et en symbiose avec tous les êtres qui habitaient son immense foyer sylvestre. Il ne vit jamais un autre fé que lui-même et n'avait aucune conscience du monde au-delà des frontières de son berceau.

Escarbille ne garde aucun souvenir de cette existence. S'il se revoyait aujourd'hui, il n'y verrait que la manifestation d'un songe. Il ne se souvient pas de l'attaque, de la capture, de la violence. N'en reste qu'une défiance vague et instinctive à l'égard des Hommes, cendres amères succédant au brasier féroce.
C'était des Hommes, oui. Attirés par cet éclat lunaire incarné, attiré par son pouvoir essentiel, par ce condensé de magie pure qui, trop bête, trop diminué, ne prenait même pas conscience de son étendue. Ils avaient ouï dire de la légende urbaine qui voulait que le vieux Salomon, le sorcier, avait su capturer un fé par un sortilège ayant volé son nom. Le fé n'avait eu d'autre choix que de le suivre, courber son échine farouche, se plier à la loi des Hommes qui sauraient prendre avantage de sa condition. Les Hommes avaient autre chose à faire que de gambader dans la forêt, eux. Pourtant, Salomon avait failli. Le fé était retourné à sa nature, à son chaos, et lui-même avait trépassé. Mais les Hommes ne savent admettre l'échec. Alors d'autres Hommes, au coeur aussi sombre que les bois qu'ils foulaient, d'autres Hommes se mirent en quête du fé lunaire, le fé opalescent qu'on disait parcourir la forêt ténébreuse d'Yla.

Escarbille ne s'appelait pas Escarbille. Pas encore.
Il caressait les pétales d'une pensée lorsqu'il fut pris en embuscade. La scène avait un côté plutôt risible, d'ailleurs, à voir ces Hommes lourdement armés, un air résolu plaqué sur la figure, tandis qu'ils avançaient en cercle vers le petit être transit d'effroi. La Forêt, ressentant la détresse de son fils, réagit en retour, mais rien n'empêche les Hommes d'arriver à leurs fins, les Hommes ont le coeur aussi tenace que corrompu, aussi téméraire que cupide. Le fé hurla, hurla, son cri résonna dans la forêt entière, mais tandis que ses premières larmes perlaient à ses yeux vermeil, il croyait ses cris vains. Ils ne l'étaient pas.
Les Phobiannes ressentirent l'écho du cri jusque dans leur chair. Au même titre qu'un fé, elles appartenaient à la forêt. Elles en étaient le prolongement, la progéniture, l'incarnation. Le fé était comme elles. Le fé était elles.
Les Hommes eurent le temps de blesser le fadet à la peau d'ivoire. Hébété par ces offenses inédites à son âme, ce dernier ne sut même pas réagir. Empêtré dans sa toison infinie, tremblant comme une feuille couverte de givre, le petit être larmoyant fut jeté dans une cage sans plus de manière. On ne prit pas la peine de le vêtir. La procession se mit en route, sous les yeux dissimulés des loups qui contemplaient, impuissants, l'éloignement dramatique de leur protégé. Plus le fé s'éloignait du cœur de la forêt, plus le froid pénétrait ses chairs et plus sa respiration se faisait laborieuse, encombrée. Il se consumait en récitations étranges, langage imprononçable pour le commun des mortels, prières de désespoir adressées à sa forêt mère. Ses cheveux interminables se collaient contre son visage ruisselant. Et puis.

La Phobianne avait brisé les barreaux de la cage. Laissant déflagrer sa colère, colère sourde et digne. Escarbille ne sait plus comment. Tout est décousu, dissolu. Même après. Une effervescence affolée, imprécise et brutale, succéda au calme résigné. Le fé se sentit agrippé, tiraillé, emporté, sous les cris rageurs et les pas hâtifs. Les yeux mi-clos, il voyait les arbres défiler devant lui comme autant d'ombres insaisissables. Peut-être qu'au fond de lui, il savait déjà qu'il était sur le point de les quitter à jamais.

Et pourtant... Pourtant la Phobianne s'était assurée qu'il ne pût éprouver de remords. Certainement par le biais d'une potion ou quelque autre remède dont son peuple avait le secret, elle provoqua une brèche dans la mémoire du fé. Remplaçant toute trace de souvenir par une brume opaque, un gouffre pélagique qui lui ferait oublier jusqu'à sa condition. C'est ainsi qu'Escarbille oublia tout, vraiment tout, jusqu'à son nom. Pourtant, on ne brise pas si aisément l'essence d'un enfant de la magie. Aussi le nom imprononçable est resté agrippé à sa conscience, et Escarbille n'a jamais cessé de le souffler à lui-même. Il le fait souvent au creux d'un lit, lorsqu'il a mal ou peur, lorsqu'il admire la Lune. Il ignore que c'est son nom. Il sait juste que le son lui évoque quelque chose d'intime, de profond.
Sa venue dans un orphelinat humain demeure un mystère. Y compris pour lui.


~



Ainsi, le fé fut nommé Escarbille, le fé devint un enfant d'homme, le fé devint un orphelin. Oh, chacun des autres enfants savait voir, sans toutefois en comprendre l'origine ou le sens, que quelque chose de furieusement anormal se diffusait de leur camarade. Ses jeux n'étaient pas aussi élaborés que les leurs, il mangeait salement, attirait les insectes et les rats, il murmurait tout seul, grimpait jusque sur les toits et se tenait très mal. Son comportement indocile lui valut des châtiments de toutes sortes, entre douleur charnelle et humiliation cuisante. C'est ainsi qu'on éduquait alors les enfants délaissés, et c'est ainsi qu'on tenta de l'éduquer lui. Sans succès. La première fois qu'Escarbille hurla dans l'orphelinat, ce fut lorsqu'on lui rasa la tête, amputant avec hargne sa tignasse blanche.
C'est dans l'orphelinat, où régnait la famine, la maladie, la violence et le bruit, qu'Escarbille apprit le plus des Hommes. Lui avait tout oublié de son agression. Tout oublié de tout. Il apprit à imiter, maladroitement, lentement, les autres. Il apprit à attendre de grandir, pour travailler, puisqu'à son âge l'espoir d'être adopté par une famille outrageusement aisée était quasiment nul. Il apprit à fantasmer des aventures épiques sous les traits d'un pirate redoutable, même qu'on disait qu'il était le Prince à cause de ses cheveux, de ses yeux, et que le petit fé ingénu eut tôt fait de l'admirer. Son existence ne lui parut pas si longue, et certains seront étonnés de savoir qu'il se posa finalement peu de questions quant à sa propre infirmité. Figé dans une enveloppe juvénile et atypique, il se demandait davantage pourquoi les autres changeaient, non pourquoi lui demeurait.

Et puis, il y avait Ancolie. Avec son regard d'ambre et ses cheveux de miel. Son truc à elle, c'était les fleurs. Elle en disposait partout dans les chambres, et allait vendre les autres sur les marchés ou les chemins, dans son petit panier d'osier. Elle rompait légèrement la dureté immuable qui sévissait dans l'institut miséreux, avec sa douceur gracieuse proche de celle des mères. C'était elle qui avait trouvé le nom de Perce-Neige à Escarbille, lorsqu'il devint nécessaire qu'il fût affublé d'un patronyme décent. Elle avait tenté le Lys, la Campanule et le Bleuet, mais l'enfant n'avait réagi qu'au dernier. Les mots neige, loup, lune et danse avaient un impact curieux sur lui.
Ancolie préserva Escarbille de bien des choses. Son instinct quasi mystique lui avait permis de déceler l'anormalité de cet orphelin trop pâle et trop bestial. Elle avait même quelques hypothèses, secrètes toujours, sur sa provenance. Elle tâchait ainsi de persuader les responsables de l'institution – ainsi que l'intéressé lui-même – que cette jeunesse immuable n'était autre que le produit d'un sort. Lancé par une sorcière, forcément. Ainsi Escarbille se prit d'un effroi glacé à l'égard des sorcières, inconscient du fait qu'il devait à l'une d'elle son salut. C'était un enfant farouche mais tendre, un être lunaire balloté entre ses rêves intimes et ses accès de rage, être jugé déficient par beaucoup de bien pensants, mais qui savait survivre. Car personne autour de lui ne se rendait compte qu'Escarbille s'épuisait à survivre, ainsi arraché à son environnement. Pour eux, il était juste fragile. Sacrément fragile. Les enfants surnommèrent Escarbille : Pique la Lune.


~


La visite du médecin, anodine en apparence, signa le commencement d'une existence bouleversée et décousue pour Escarbille. Affaibli et souffreteux, le fé n'avait rien entendu de la conversation de l'intendante et du docteur. Peut-être en était-il mieux ainsi. Ancolie, elle, s'empressa de faire parler sa supérieure potelée – qui ne l'était, assurément, que de grade – et apprenant tout des révélations tragiques de la bonne femme, elle se rua au chevet d'Escarbille. Il jurait à peine dans les draps blancs. On aurait presque dit qu'il était... Ancolie secoua la tête et vint extraire son protégé de son sommeil maladif. Les fleurs posées sur la table semblaient avoir tempéré son mal.

Escarbille, à nouveau, ne se souvient pas de tout ce qui lui fut dit à cet instant. Il sait qu'Ancolie se laissa aller aux larmes, ce qui n'arrivait jamais. Il sait qu'elle lui confessa qu'il était un être magique comme il en existe peu, si peu que beaucoup n'y croient pas, ou plus. Un fé. Tu es un fé, un fé, un fé. Même si tu ne sais même pas ce que c'est. Des gens vont venir te chercher. Le docteur aura tôt fait de parler. Certains gens sont mal-intentionnés. Fuis, fuis, Escarbille, laisse-toi guider par la clarté de la lune et ne dévoile jamais ton secret.





V- En dehors du jeu

Prénom/pseudo : Pan

Age : Oublié.

Comment avez-vous découvert le forum ? : C'est mon berceau RP (je fus Zéphyr, mais je décide de le laisser avec ses loups). Sinon, à l'origine, par le Prince des Pirates en personne.

Une remarque sur le forum ? Il est encore plus beau qu'avant.




Dernière édition par Escarbille Perce-Neige le Ven 11 Avr - 15:42, édité 3 fois
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Metis Adhbreith
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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Mer 2 Avr - 18:14

Oh Zephyr, ou plutôt Escarbille, comme cela fait plaisir de te revoir avec un nouveau perso tout beau tout propre.
Une jolie petit frimousse à ce que je vois.
Rebienvenu donc, je te laisse finir ta fiche tranquillement mais j'attend de voir ce que tu nous prépare.

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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Mer 2 Avr - 19:16

Metis, je ne pensais pas te remercier un jour de t'avoir déjà donné mon âme, parce que sans ça, avec un début de fiche pareil, j'aurai été obligée de la donner à Zéphyr/Escarbille... Il me prend par les sentiments !

Enfin plus sérieusement rebienvenue ici et puis j'ai hâte de voir la suite.
Rha un vrai petit fé, et pourtant plus du tout Zéphyr, c'est magique.

*repart, bouffie d'orgueil. "JE SUIS UN MODÈLE"*

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Escarbille Perce-Neige

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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Ven 11 Avr - 15:47

Merci à vous Impératrice ! Et merci aussi, idole princière.
Je crois avoir terminé, je m'étais juré de faire une fiche pas trop longue et... j'ai failli. Pardon. Il y a peut-être des cafouillages dans l'histoire donc dites-moi si ça manque de cohérence ou autre. Et sinon pour les rangs/domaines etc, j'ai mis un peu n'importe quoi, j'avais pas beaucoup d'idées. J'espère que ça ira !

  
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Metis Adhbreith
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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Ven 11 Avr - 23:21

En effet, quelle fiche ! C'était néanmoins très agréable à lire =)
Je n'ai pas remarqué d'incohérences, pour moi tout est bon. Donc tu as ma validation. Je laisse à Ambre le soin de glisser un mot et de finir de te valider.

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Ambre Bellamy
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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   Sam 12 Avr - 16:16

Tout me va aussi !
J'aime beaucoup cette référence à Zéphyr et Salomon, ça fait un lien, ça crée des logiques, ça tisse le monde ! C'est super. Le fait qu'il murmure son nom aussi.

Bref re-bienvenue à toi, j'espère qu'Escarbille saura s'en tirer dans le vaste monde.

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MessageSujet: Re: Escarbille ☾ La Neige et la Braise   

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Escarbille ☾ La Neige et la Braise
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